Écla Aquitaine
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Quelques repères stylistiques

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Les lettres ornées

Sur les territoires de l’actuelle France, l’enluminure subit un déclin entre la fin du IXe siècle et la fin du Xe siècle, en comparaison de la somptuosité des manuscrits qui y avaient été produits à l’époque carolingienne. Avec la fin du Xe siècle, s’amorce une période plus favorable et propice à la création, qui s’accompagne d’une généralisation de la pratique de l’enluminure au sein des monastères. Nombreux et dispersés, ils favorisent l’apparition d’une grande diversité de styles locaux, qui s’inspirent des modèles anciens et contemporains.


Les enluminures carolingiennes et anglo-saxonnes inspirent les ateliers des régions du Nord et de Normandie notamment, celles du Saint-Empire les régions de l’Est et la Bourgogne, celles de la Péninsule ibérique inspirent les scriptoria du Sud-Ouest, influence dont témoigne le Beatus de Saint-Sever, conservé à la BnF. L’influence italo-byzantine marque, quant à elle, de façon profonde l’enluminure bourguignonne, dès la fin du XIe siècle à Cluny. Le temps passant, ces styles locaux se consolident, prennent leur autonomie vis-à-vis de leurs sources d’inspiration, pour aboutir à des formules bien caractérisées, qui se diffusent à leur tour comme modèles d’inspiration en France et outre-Manche, à la faveur de la conquête normande, puis de l’expansion du royaume Plantagenêt au XIIe siècle.

La période romane est l’âge d’or de la lettre ornée, un des phénomènes les plus caractéristiques de l’enluminure de ce temps, résidant dans la confrontation de l’écriture, de la décoration et de l’image. L’initiale est née de cette confrontation dès l’Antiquité, mais c’est au Moyen Âge qu’elle s’épanouit pour devenir un thème fécond, un domaine autonome entre l’écriture et l’image. Elle devient alors un des lieux privilégiés où s’exprime l’imagination médiévale.

Des considérations pratiques…

L’habitude graphique dans l’Antiquité classique était de présenter les textes de façon continue, sans ponctuation et structurés visuellement par des césures relativement discrètes. Au cours de l’Antiquité tardive, les subdivisions du texte commencèrent à être mises en évidence, avec le rejet en marge de la première lettre de la ligne et bientôt sa distinction vis-à-vis des autres lettres par un format plus grand et des ornementations. Quant à lui, le titre était placé à la fin du texte, en explicit.

 

Puis, rapidement, l’usage changea au profit de la valorisation du début du texte (incipit) : le titre fut alors placé en tête. C’est alors que les premières initiales zoomorphes apparurent, combinaisons de lettres et de formes inspirées du monde naturel (poissons et oiseaux). Désormais, le motif de l’initiale autonome, inventé pour accroître la lisibilité du texte, se retournait contre sa raison d’être, ouvrant la voie à une infinité de métamorphoses de la lettre, compliquant son identification donc sa lecture. Dès lors, tout l’art de l’enlumineur résida dans la maîtrise de cette union contre-nature d’un signe graphique et d’un ou de plusieurs motifs du monde sensible.


… Aux considérations esthétiques

L’enluminure carolingienne, s’inspirant de la norme classique, donne une part prépondérante aux feuillages d’acanthe, qui habitent dès lors les espaces laissés libres dans les jambages, les articulations et les extrémités d’initiales redevenues sages, claires et géométriques.
À l’époque romane, les enlumineurs reprennent à profit les recherches conduites à l’époque précarolingienne ainsi que les apports végétaux de l’enluminure carolingienne. Ce double emprunt conduit à la création et à la profusion d’une production d’initiales combinant animaux, végétaux et humains, dans des imbrications extrêmement harmonieuses, qui mêlent dans un juste équilibre naturalisme et effets décoratifs.
Au tournant du XIe et du XIIe siècle, les enlumineurs développent des initiales anthropomorphes, dans lesquelles les parties constituantes de la lettre jouent de véritables scénettes. Les formes des lettres sont animées en allant parfois jusqu’à se muer en un paysage. Alors renaît le goût des entrelacs de figures animales et humaines qui s’entredévorent, mêlés avec densité dans un espace réduit. L’étroitesse des jambages devient le prétexte à un enchevêtrement animé de corps, occupant tout espace disponible. Dans cette lutte, chaque être vivant est à la fois vainqueur et vaincu. L’initiale figurée fantastique de l’époque romane a rapidement disparu pour renaître dans les documents officiels à partir du XIVe siècle, avec certainement la volonté de souligner le caractère solennel du texte en recourant à des initiales archaïsantes.

D’autres formes d’initiales ornées apparaissent à l’époque romane, sur un substrat carolingien. On les identifie d’abord au XIe siècle dans les scriptoria normands et anglo-saxons, avant qu’elles ne s’imposent et triomphent, dès la première moitié du XIIe siècle, dans tous les centres de production de manuscrits en Occident. Il s’agit des initiales historiées et des initiales habitées.

 

Les lettres dont le corps comporte des espaces libres (O, P, Q…), qui peuvent accueillir des personnages ou des scènes entières, sont plus adaptées à ces compositions. Dans le cas des initiales historiées, le corps des lettres, généralement enserré de rinceaux végétaux grimpants, sert de cadre à des représentations figurées autonomes.
Dans les initiales habitées, le corps des lettres lui-même est fait d’un assemblage de rinceaux dont l’enchevêtrement et les enroulements labyrinthiques participent à la composition des scènes qu’ils abritent.

Au cours du temps, les enlumineurs favorisent les initiales historiées aux dépens des initiales habitées. En dépit d’un certain assèchement, en regard de la végétation luxuriante qui animait les initiales habitées au début de la période romane, les initiales historiées offrent une plus grande clarté des scènes auxquelles elles servent de cadres. La végétation regagne le corps même des lettres (entrelacs en ruban aux articulations, têtes d’animaux aux extrémités et aux jonctions) et déserte les espaces libres à l’intérieur de l’initiale. Le XIIIe siècle marque un tournant de ce point de vue. La décoration prend alors son indépendance vis-à-vis de la lettrine à laquelle elle reste attachée par des ligatures et des antennes pour une part. Elle gagne alors les marges, où elle s’épanouit dans les drôleries, ou les cadres des miniatures de toutes dimensions, tandis que les initiales se font plus sobres et stéréotypées.

 

L’emploi des initiales simplement ornées, en usage depuis le haut Moyen Âge, se perpétue jusqu’au XVIe siècle. On parle alors davantage de lettrines. Elles contribuent à structurer le texte et favorisent ainsi sa lisibilité.

 

Le XVe siècle marque un renouveau de l’activité créatrice autour des lettrines ornées. Certaines, nues, évidées ou émanchées, restent sobres ; simplement tracées à la plume, peintes, voire rehaussées d’or ou filigranées, elles se contiennent dans leur module. Mais, d’autres s’agrémentent au contraire de fioritures souvent extravagantes qui les font s’épanouir sur une part considérable des marges laissées libres. Les filigranes tentent de timides expansions, tandis que les cadeaux forment de luxuriants panaches. Les plus exubérants s’épanouissent jusqu’à donner aux initiales qui les portent des allures animales ou de grotesques (masques).

Notices

Livre de la Chasse
Notice manuscrit
Gaston III (comte de Foix ; 1331-1391)
Ms 0060 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Odonis, Gérald (1285?-1348)
Ms 0417 Bordeaux - F°1 : Lettrines
Notice iconographique
Ms 0695 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Caviceo, Giacomo (1443-1511)
Ms 0991 Bordeaux - F°1 : Lettrine ; Décors végétal
Notice iconographique
Cicéron (0106-0043 av. J.-C.)
Ms AA01 Oloron-Sainte-Marie : Lettrines à grotesques
Notice iconographique
Ms AA01 Oloron-Sainte-Marie : Lettrine nue
Notice iconographique
Ms AA01 Libourne : Lettrines à cadeaux
Notice iconographique
Ms AA01 Libourne : Lettrines filigranées
Notice iconographique
Ms AA01 Libourne : Lettrines émanchées
Notice iconographique
Ms 0001-1 Bordeaux - F°88v : Lettrine
Notice iconographique
Ms 0001-2 Bordeaux - F°244 : Lettrine ; Aggée
Notice iconographique
Ms 0094 Bordeaux - F°19 : Décor végétal, animalier et fantastique ; Lettrine
Notice iconographique

Albums

ms0042_Agen
msAA01_Libourne
ms1AA1_Oloron-Sainte-Marie
ms6529_Pau
ms0001-1_Bordeaux
ms0001-2_Bordeaux
ms0094_Bordeaux
ms0095_Bordeaux
ms0730_Bordeaux
ms1780_Bordeaux

Bibliographie

Exposition BnF, « L’aventure des écritures » : http://classes.bnf.fr/ecritures/index.htm 

AUDISIO Gabriel et BONNOT-RAMBAUD Isabelle, Lire le français d’hier : Manuel de paléographie moderne (XVe-XVIIIe siècle), Paris, A. Colin, Collection U, série Histoire moderne, 1991 

BISCHOFF Bernhard, Paléographie de l’Antiquité romaine et du Moyen Âge occidental, Paris, Picard, Grands Manuels, 1985 

STIENNON Jacques, Paléographie du Moyen Âge, Paris, A. Colin, Collection U, série Histoire médiévale, 1991