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L’occitan dans les manuscrits aquitains

A A A

Une référence pour l’écrit occitan contemporain

La graphie occitane normalisée ou « classique » est issue de la codification et de l’adaptation à la langue moderne des usages graphiques médiévaux. De ce fait, elle revêt un aspect archaïsant et étymologisant. Mais, d’un point de vue fonctionnel, elle se caractérise essentiellement par son caractère englobant : un même graphème peut donner lieu à des prononciations différentes suivant les parlers ; c’est l’un de ses atouts majeurs. Ainsi, -a final post-tonique peut être prononcé [e] ou [a] voire [o] avec des degrés divers d’aperture.

Pour chaque variété les correspondances graphie/phonie sont, en principe, régulières et le système reste cohérent. De plus, le caractère englobant de cette graphie n’interdit pas les exceptions pour les variantes dites « irréductibles ». C’est le cas, par exemple, des mots contenant un groupe consonantique hérité du latin [ct], évoluant ou non, suivant l’aire linguistique, vers une chuintante : nocte(m), « nuit » et factu(m), « fait » donnent ainsi les binômes nuèch / nuèit et fach / fait, bien différenciés dans la scripta. Il en est de même, bien sûr, de l’évolution du f- initial latin en h- aspiré, en gascon : focu(m) donne fuèc en languedocien et huèc en gascon, noté par deux graphèmes distincts.

Dans une graphie de ce type, le lien graphie/phonie n’est pas explicite : il n’y a pas de lisibilité universelle. Chacun peut lire le texte à haute voix, avec sa prononciation propre, sans connaître quelle était la prononciation de son auteur. En revanche, elle rend possible une lecture cursive des textes sur l’ensemble de l’espace occitan alors qu’une transcription phonétique ne permet qu’un simple déchiffrage dès lors que le parler de l’auteur s’éloigne quelque peu de celui du lecteur.

Peu de modifications ont été apportées par l’Institut d’Estudis Occitans, fondé en 1945, au code graphique mis en place dès le XIe siècle. Seules des précisions concernant les degrés d’aperture sont intervenues par la mise en place d’un système de signes diacritiques, en particulier des accents.

Plus que de longues explications, la simple retranscription en graphie normalisée d’extraits choisis au hasard dans un texte languedocien (coutumes d’Agen) et un document gascon (obituaire de Sainte-Croix de Bordeaux) rend compte, ici, de la pérennité - et de la pertinence - du modèle médiéval qui avait établi un système d’intercompréhension dans un monde qui bougeait déjà beaucoup...
Lo XIX Capitol de las costumas d’Agen (version du XIIIe siècle)
D’ome e de femma pres en adulteri es aitals costuma a Agen. So es assaber que devo corre la vila nut, ligat ambedui d’una corda…e devon estre pres aquilh adultre, si son trobat ensemps l’us sobre l’autre, e si son nut e nut en un legh, e que l’om aia las bragas trachas, e no en autra manera ; e si l’om pot escapar avant que sia pres, o apres, es quitis…aquel hom no deu passar neguna pena

Lo XIX Capitol de las costumas d’Agen (version en graphie moderne)
D’òme e de femna pres en adultèri es aital costuma a Agen. Çò es a saber que deven córrer la vila nuts, ligats ambedui d’una còrda…e deven estre pres aquels adultres, si son trobats ensems l’us subre l’autre, e si son nut e nut en un lèit, e que l’òm aja las bragas trachas, e non en autra manèra ; e si l’òme pòt escapar avant que sia pres, o apres, es quitis…aquel òme ne deu passar neguna pena.

La différence se résume bien à l’accentuation.
Extrait de l’obituaire de Sainte-Croix de Bordeaux (version du XIVe siècle)
Item plus diu far lodeyt priu de la claustra un anniversari de L. soulz per l’arma de mossenh Ramont de Faugueyras, abat qui fo deudeyt monestey, losquaus son assignats sobre tot aquet hostau que es en la rua de Port, en la parropia Senta-Crotz de Bordeu…

Extrait de l’obituaire de Sainte-Croix de Bordeaux
(version en graphie moderne)
Item plus diu far lodeit prior de la claustra un aniversari de L. sòls per l’arma de monsenh Ramond de Fauguèiras, abat qui fó deudeit monestèir, losquaus son assignats sobre tot aqueth ostau que es en la rua deu Pòrt, en la parròpia Senta-Crotz de Bordèu…

Paradoxalement, l’écriture du XIVe siècle est un peu plus éloignée de la graphie moderne en raison de l’apparition du y dans les diphtongues. À ceci près, les écritures se superposent presque, une fois l’accentuation établie.

Albums

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