Écla Aquitaine
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Les œuvres de l'esprit

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De la liturgie à la dévotion privée

Introduction

Hormis dans les bibliothèques des grands collectionneurs et dans celles des laïcs qui fréquentent l’Université, les textes saints sont peu nombreux dans les mains des laïcs au début de l’époque gothique. La méconnaissance du latin, langue de la Bible, par une large part de l’aristocratie explique en partie cette faible diffusion.

Toutefois, au XIIe siècle et surtout à partir de la fin du XIIIe siècle, fleurissent des traductions partielles de la Bible en langue vulgaire, à destination des lecteurs laïcs. Ces versions présentent plus particulièrement certains livres de la Bible (Psaumes, Evangiles, etc.) et participent à rythmer la journée et l’année selon le temps de l’Eglise.

Ainsi, outre les nombreux livres liturgiques permettant aux communautés religieuses d’assurer l’office quotidiennement, se diffusent hors du cloître des livres de dévotion destinés aux laïcs (bréviaire, psautier et livre d’Heures). De petit format, maniables, transportables et richement illustrés, ils deviennent de véritables best-sellers, succès dont témoigne le nombre d’exemplaires encore conservés dans les collections publiques.


Le psautier

Le psautier, dont l’utilisation est définie dans les différentes règles monastiques, est le plus ancien livre liturgique de l’office. Détaché de la Bible, il se charge de nombreuses foncions. Il devient le manuscrit de prédilection du chantre, pour la direction du chœur des moines, et le livre fondamental du moine pour suivre la liturgie des heures (matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres, complies). Il constitue aussi le support privilégié de l’apprentissage de la lecture.

Au XIIIe siècle, son évidente commodité favorise son exportation hors de l’enceinte monacale, pour gagner les bibliothèques laïques. Ici également, le psautier devient un livre de méditation et un livre d’apprentissage de la lecture, alors que grandit, dans les familles de la noblesse, un double engouement pour la lecture et pour la dévotion privée.

Le psautier est composite. Son agencement varie au cours des siècles, selon la liturgie en usage et selon les besoins de ses usagers. Ainsi, il ne cesse de se perfectionner depuis les Ve-VIe siècles. Fondamentalement, il s’agit d’un recueil de psaumes, textes poétiques religieux rassemblés dans l’Ancien Testament. Sur cette base, le psautier liturgique signale les sept subdivisions de la semaine et, pour chaque psaume, sa place dans l’office. Le livre se conclue systématiquement par des cantiques, le Te Deum, le Gloria et une litanie. D’autres textes et chants, par exemple un calendrier ou des hymnes pour les jours de la semaine, complètent cet ensemble selon les besoins particuliers. Au XIe siècle, la création du bréviaire vient compléter ce recueil.
L’illustration du psautier varie aussi selon les époques et ses usages. Une miniature pleine-page figurant David, peut débuter le manuscrit, mais, en général, l’essentiel des miniatures viennent mettre en image le texte, voire le développer, le commenter, dans des initiales. Plusieurs systèmes d’illustration sont employés, choisissant de mettre en image chaque psaume ou au contraire de se concentrer sur le premier ou les premiers psaumes de chaque groupe, lorsque le psautier est divisé en trois ou cinq groupes de psaumes. Enfin, les psautiers de dévotion privée offrent parfois la particularité d’être de très petites dimensions. Ici, l’illustration se résume souvent au décor ornemental et la représentation de David.


Le bréviaire

Le bréviaire apparaît tardivement, au XIe siècle. Il s’agit, avant tout, d’un recueil liturgique destiné aux moines, rassemblant l’ensemble des textes de l’office divin. On y trouve rassemblés les psaumes et les hymnes ainsi qu’un antiphonaire (recueil de chants sacrés), un collectaire et un lectionnaire. Sorte d’aide-mémoire, recueil des lectures essentielles de l’office, le bréviaire devient ainsi rapidement le livre liturgique privilégié des moines, en complément du psautier.
Il est le premier livre liturgique à quitter le cloître pour gagner le monde profane (XIIe siècle). Il est alors de petites dimensions et réunit les textes essentiels à la prière des laïcs. Psaumes, hymnes, lectures, cantiques, offices de l’ensemble de la journée s’y succèdent. Les offices présentent les prières à réciter quotidiennement selon les heures liturgiques (matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres, complies). Ils sont complétés par le Propre des saints et un Petit office de la Vierge. Bréviaire et psautiers constituent les prémices du livre d’Heures, qui connut un immense succès auprès des membres de la société laïque à partir du XIVe siècle et que les commanditaires les plus aisés firent richement illustrer.


Le livre d’Heures

Au XIIIe siècle, alors que l’usage du psautier est à son apogée dans société laïque, le Petit office de la Vierge contenu dans le bréviaire devient autonome, témoin de l’essor du culte marial depuis le XIIe siècle. Dès lors, il constitue rapidement le cœur d’un nouvel ouvrage de dévotion, le livre d’Heures, qui gagne la faveur des laïcs et supplante l’usage du psautier dès le XIVe siècle. Plus exactement, si l’engouement pour le psautier perdure, le livre d’Heures est, parmi les manuscrits de la fin du Moyen Âge, le plus copié et le plus enluminé et, du reste, celui conservé en plus grand nombre aujourd’hui dans les collections publiques.
Son nom provient des heures liturgiques, qui ponctuent la journée des moines et du chrétien, au rythme de trois de nos heures actuelles, de minuit à vingt-et-une heures (matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres, complies). Tandis que les cloches des églises scandent ces heures, les moines se réunissent pour prier. Les laïcs, quant à eux, peuvent quotidiennement faire de même, seuls ou en famille, la lecture de leur livre d’Heures.
Ce livre, cet objet précieux se charge d’annotations en marges, de portraits, d’écus armoriés, d’emblèmes dynastiques et de devises. Offert notamment à l’occasion des mariages, il se transmet ensuite dans la lignée familiale et conserve ainsi le souvenir des événements marquants de chacun de ses propriétaires successifs. Il est donc tout à la fois le support privilégié d’une dévotion qui relève de la sphère intime et un objet de prestige social et de mémoire familiale.

Autour du Petit office de la Vierge, s’organisent divers textes déjà présents dans le bréviaire et dans le psautier. Certains d’entre eux sont réputés essentiels et présents dans la majeure partie des exemplaires connus. Outre l’office de la Vierge, il s’agit du calendrier, des psaumes de David, des litanies et de l’office des morts.
Généralement, le calendrier débute le manuscrit. Il présente les fêtes principales en usage dans le diocèse de son commanditaire et celles des saints locaux. Toutefois, à la fin du Moyen Âge, se généralise en France l’emploi des calendriers à l’usage de Rome ou de Paris. Quoi qu’il en soit, l’organisation du calendrier est stable : quand il est illustré, à chaque double feuillet consacré à un mois, correspond une illustration des travaux du mois ainsi que des signes zodiacaux.
Suivent les Heures de la Vierge, office composé, pour chaque heure liturgique, d’un verset et d’un répons d’introduction, du Gloria, d’une antienne, de psaumes, de capitules et de courts extraits de psaumes. Ces offices sont des louanges chantées de la Vierge et du Christ. Les plus importants sont ceux du matin et du soir. Cette partie du livre d’Heures est généralement la plus abondamment illustrée, par un cycle consacré à l’Enfance du Christ : l’Annonciation (matines), la Visitation (laudes), la Nativité (prime), l’Annonce aux bergers (tierce), l’Adoration des Mages (sexte), la Présentation au Temple (none), la Fuite en Egypte ou le Massacre des Innocents (vêpres), le Couronnement de la Vierge (complies). Le cycle peint peut aussi intégrer d’autres épisodes de la vie de la Vierge (Enfance, Mariage, Crucifixion, Pentecôte, Dormition, etc.).
Le psautier du livre d’Heures contient sept supplications (psaumes 6, 31, 37, 50, 101, 129) et généralement une miniature, celle du roi David en prière, sa harpe posée près de lui. Cette image fait référence à David auteur des psaumes, inspiré par sa foi.
Les litanies sont des prières adressées, par ordre de préséance, à la Trinité, à la Vierge, aux archanges, à saint Jean-Baptiste, aux apôtres, aux saints du calendrier universel et aux saints locaux. Elles peuvent être accompagnées de miniatures représentant les personnages saints invoqués.
L’office des morts se compose de prières pour le salut de l’âme, destinées à être lues en priorité aux veillées funèbres. Mais, elles peuvent aussi être récitées par le propriétaire du livre, hors de tout contexte funéraire, pour son propre salut. Elles participent alors de préoccupations grandissantes à la fin du Moyen Âge pour l’art de bien mourir. Les thèmes iconographiques les plus fréquemment représentés dans les miniatures qui accompagnent l’office des morts sont les inhumations, les cimetières, la Mort, le Dit des trois morts et des trois vifs, Job sur son tas de fumier et la résurrection de Lazare.

Ces textes essentiels sont parfois accompagnés de textes secondaires (extraits des Evangiles, Heures de la Croix et du Saint Esprit, prières à la Vierge, invocations adressées aux saints) et de textes accessoires (extraits de la Passion selon saint Jean, les Quinze joies de la Vierge, diverses prières). Le choix de leur présence revient à l’exigence et aux sensibilités des commanditaires.

Notices

Horae, cum calendario Heures à l'usage d'Amiens
Notice manuscrit
Horae, cum calendario Heures à l'usage de Poitiers
Notice manuscrit
Horae Heures à l'usage d'Evreux
Notice manuscrit
Heures à l'usage de Rome
Notice manuscrit
Ms 1780 Bordeaux - F°19 : Présentation de Marie au Temple
Notice iconographique
Ms 0094 Bordeaux - F°35v : Visitation
Notice iconographique
Ms 0509 Pau - F°25r : La Fuite en Egypte
Notice iconographique
Ms 0509 Pau - F°22v : La Présentation au temple
Notice iconographique
Ms 0077 Bordeaux - F° 6v et 7 : Lettrines ; Décor végétal
Notice iconographique
Ms 0085 Bordeax - F°206v et 207 : Lettrines
Notice iconographique
Ms 0086 Bordeaux - F°4v et 5 : Lettrines
Notice iconographique
Ms 0087 Bordeaux - F°2 : Lettrines
Notice iconographique
Ms 0088 Bordeaux - F°2 : Lettrine ; Décor végétal
Notice iconographique
Ms 0090 Bordeaux - F°25v et 26 : Lettrines
Notice iconographique
Ms 0091 Bordeaux - F°43v et 44 : Annonce aux bergers ; Décor végétal ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 0091 Bordeaux - F°59v et 60 : David ; Décor végétal ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 0092 Bordeaux - F°24 : Annonciation ; Décor végétal
Notice iconographique
Ms 0093 Bordeaux - F°46v et 47 : Lettrines ; Décor végétal
Notice iconographique
Ms 1631 Bordeaux - F°2 : Christ de la Passion
Notice iconographique
Ms 0007 Bordeaux - F°8 : Lettrine ; David et Goliath ; Décor ; Scène de chasse
Notice iconographique
Ms 0094 Bordeaux - F°44v : Nativité
Notice iconographique
Ms 0094 Bordeaux - F°49v : Annonce aux bergers
Notice iconographique
Ms 0094 Bordeaux - F°52v : Adoration des Mages
Notice iconographique
Ms 0094 Bordeaux - F°55v : Présentation au Temple
Notice iconographique
Ms 0094 Bordeaux - F°58v : Fuite en Egypte
Notice iconographique
Ms 0094 Bordeaux - F°63v : Couronnement de la Vierge
Notice iconographique
Ms 0094 Bordeaux - F°67v : Dieu apparaît à David
Notice iconographique
Ms 0094 Bordeaux - F°83v : Danse macabre
Notice iconographique
Ms 0094 Bordeaux - F°56 : Décor végétal, animal, humain et fantastique ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 0094 Bordeaux - F°59 : Décor végétal, animal, humain et fantastique ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 0095 Bordeaux - F° 8 : Annonciation ; Lettrine ; Décor végétal
Notice iconographique
Ms 0095 Bordeaux - F° 40 : Dieu apparaît à David ; Lettrine ; Décor architectural
Notice iconographique
Ms 0095 Bordeaux - F° 53 : Job dans le fumier ; Lettrine ; Décor végétal
Notice iconographique
Ms 1780 Bordeaux - F°40v : Mariage de la Vierge
Notice iconographique
Ms 1780 Bordeaux - F°51v : Circoncision de Jésus
Notice iconographique
Ms 1780 Bordeaux - F°55 : Présentation au Temple
Notice iconographique
Ms 1780 Bordeaux - F°77 : Dieu apparaissant à David
Notice iconographique
Ms 1780 Bordeaux - F°111 : Inhumation dans un cloître
Notice iconographique
Ms 1780 Bordeaux : Lettrines à décor végétal
Notice iconographique
Enluminures de la Collection Marcadé
Notice manuscrit
Fonds Marcadé
Marcadé 65a - Annonce aux bergers
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé 65b - Nativité
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé 65c - Adoration des Mages
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé 65d - Massacre des Innocents
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé 65e - Fuite en Egypte
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé 65f - Couronnement de la Vierge
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé 77 - Crucifixion
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé 82 - La Mort
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé 84 - Inhumation
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé 85 - Destinataire laïc devant la Vierge à l’Enfant
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé 86 - Jugement dernier avec Résurrection des morts
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé 87 - David en prière
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé 90 - Inhumation
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé 16 - Adoration des Mages
Notice iconographique
Fonds Marcadé

Albums

ms0509_Pau
ms0094_Bordeaux
ms0095_Bordeaux
ms1780_Bordeaux

Bibliographie

Exposition BnF « Torah, Bible, Coran : Livres de parole » : http://expositions.bnf.fr/parole/index.htm

CASSAGNES-BROUQUET Sophie, Le livre au Moyen Âge, Rennes, Ouest-France, Poche Histoire, 2009

PALAZZO Eric, Histoire des livres liturgiques : Le Moyen Âge. Des origines au XIIIe siècle, Paris, Beauchesne, 1993