Écla Aquitaine
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Les œuvres de l'esprit

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La notation musicale

Les neumes : la notation du chant

Dès le IVe siècle avant notre ère, les Grecs se préoccupent de noter les hauteurs de sons. Pour autant, c’est assez tardivement qu’est apparue la nécessité pour l’Eglise d’Occident de noter la musique ou plus exactement le chant liturgique, seule expression musicale savante pendant une grande partie du Moyen Âge. La notation de la voix chantée, dite neumatique, fut inventée au IXe siècle, dans le contexte de réforme et d’unification de l’Eglise, impulsées par Charlemagne. Instrument de propagation de la foi, transmis oralement jusqu’alors, le chant allait désormais pouvoir s’adosser à une notation écrite pour assurer sa diffusion et reproduire sans défaillance une liturgie précise.

Mais, la notation et l’établissement de ses principes fondamentaux furent aussi l’occasion pour les moines bénédictins d’intenses réflexions théoriques, fondées sur celles des Pères de l’Eglise, elles-mêmes héritières des travaux entrepris dans l’Antiquité. Les principes d’ordre, de nombre et de mesure y présidèrent, de même que la volonté de donner la primauté au sens des textes religieux sur l’expression musicale à proprement parler ; en d’autres termes, la musique devait servir le texte, la forme éclairer le fond.

Les neumes primitifs figurent donc comme un simple accompagnement du texte, généralement placés sous ce dernier. Il s’agit d’abord d’une sorte d’aide-mémoire composé uniquement d’accents graves et aigus, précisant les inflexions de la voix : l’accent aigu indique une note élevée, l’accent grave une note basse. Les neumes sont écrits d’un mouvement de plume qui suit donc le mouvement de la voix et figure les mouvements de main du maître de chant (chironomie). Avec le temps, les accents se muent en points et en bâtonnets.

Puis, le système se perfectionne avec la création des ligatures. Ces regroupements de neumes, rendent compte graphiquement les groupes de sons successifs des modulations du plain-chant. Apparaissent également des lettres adjointes aux neumes, dans le but de préciser les hauteurs, tandis que d’autres lettres, suscrites, indiquent les variations rythmiques. De ces signes, qui s’homogénéisent et se stabilisent au cours des siècles, émerge la notation classique, qui s’émancipe de la tradition orale et rend le chanteur autonome, libéré de l’aide d’un maître.
Au XIIe siècle, la plume d’oie remplace le roseau taillé et son usage transforme les neumes en des carrés noirs. À la fin du Moyen Âge, à partir du XVe siècle, la généralisation de l’usage du papier aux dépens de celui du parchemin, entraîne une transformation graphique de la notation. Les notes noires et compactes, dont l’encre traverse facilement la feuille, s’évident pour devenir des losanges blancs. Enfin, l’imprimerie favorise la diffusion de la notation ronde que nous connaissons de nos jours.

La ligne

D’un point de vue technique, l’invention de la ligne, au Xe siècle, fut une avancée fondamentale. Constituant un axe horizontal portant la musique, elle soumet désormais le texte au temps linéaire. Les lignes ne cesseront dès lors de s’étager au gré des besoins de désignation visuelle des hauteurs sonores : les notes y prennent place de façon à figurer précisément leur hauteur. La portée de cinq lignes que nous connaissons aujourd’hui s’imposera seulement à l’époque moderne.

Noter la musique instrumentale

Au Moyen Âge, la notation de la musique instrumentale reprend la forme dévolue au chant. Dans un concert instrumental, les instruments jouent presque toujours une fidèle transcription de la musique vocale. C’est seulement à partir du XVe siècle que l’instrument s’émancipe du seul rôle d’accompagnement pour s’emparer de celui de soliste. Dès lors, naît et se développe la tablature, notation propre à toutes sortes d’instruments pouvant faire entendre simultanément plusieurs sons : luth, guitare, cistre, orgue, clavecin…

Il s’agit d’une notation « directe » qui indique au musicien où placer ses doigts sur le manche de l’instrument. Elle comprend cinq ou six lignes représentant chacune une corde de l’instrument ; la ligne inférieure correspond à la corde la plus grave. Sur ces systèmes de lignes, des figures, des lettres et des chiffres donnent des indications précises sur l’emplacement où doit être posé chaque doigt sur chaque corde.

Notices

Graduel à l'usage de l'Eglise de Bayonne
Notice manuscrit
Ms 0075 Bordeaux - F°14v et 15 : Lettrines
Notice iconographique
Ms 0078 Bordeaux - F°9 : Lettrines
Notice iconographique
Ms 0079 Bordeaux - F°88v et 89 : Lettrines
Notice iconographique
Ms 0080 Bordeaux - F°6v et 7 : Lettrine
Notice iconographique
Ms 0102 Bordeaux - F°1 : Lettrines
Notice iconographique
Marcadé 98 - Pentecôte
Notice iconographique
Fonds Marcadé

Albums

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Bibliographie

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CULLIN Olivier, Laborintus : Essais sur la musique au Moyen Âge, Paris, Fayard, Les chemins de la musique, 2004

CULLIN Olivier (Dir.), La place de la musique dans la culture médiévale, Colloque organisé à la Fondation Singer-Polignac le mercredi 25 octobre 2006, Turnhout, Brepols, Rencontres Médiévales Européennes, 7, 2007

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GAGNEPAIN Bernard, La musique française du Moyen Âge et de la Renaissance, Paris, P. U. F., Que sais-je ?, 1984

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VIRET Jacques, B.A.-BA musique médiévale, Grez-sur-Loing, Pardès, 2005