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La société

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Composition et évolution du costume religieux

Tradition et règlementation

Au F°260 de la Bible de la Sauve-Majeure (Ms 0001-2 Bordeaux, dernier quart du XIe siècle), l’image de saint Jérôme témoigne de la réalité du costume sacerdotal en Occident jusqu’à cette époque. Le Père de l’Eglise est ici vêtu d’une aube, d’une dalmatique, d’une étole et d’une chasuble ovale. Vêtement de dessus porté à l’origine par les laïcs, la chasuble avait intégré le costume religieux dès le VIe siècle. La dalmatique est une sorte de longue tunique ; initialement commune aux deux sexes et appartenant aux habits civils, elle était devenue depuis le VIIe siècle le vêtement réservé aux diacres et sous-diacres, avant de devenir également une pièce de l’habillement des évêques.
Du moins, cette image nous montre-t-elle ce que l’Eglise reconnaît alors comme étant le vêtement sacerdotal, mais on sait qu’au XIIe siècle les vêtements du clergé ne diffèrent guère des habits longs que portent les laïcs de condition comparable. Il semble fréquent, par ailleurs, que des clercs se comportent et s’habillent alors comme des laïcs. Ces abus vestimentaires sont connus par les règlements et les réprobations qui se multiplient à l’époque contre les clercs ; on leur reproche de se conduire et de se vêtir comme des guerriers et de développer et mettre en œuvre un goût du luxe prononcé.
Le phénomène est suffisamment important pour justifier une réaction de l’Eglise. Fondant son argumentation sur la tradition et la morale, elle développe au cours du XIIe siècle une législation visant à réduire les excentricités vestimentaires de ses membres, en stigmatisant principalement l’usage de riches étoffes et l’emploi de couleurs voyantes. Ces mesures réglementaires touchant au costume permettent aussi à l’Eglise de renforcer la visibilité de sa hiérarchie interne et l’expression du pouvoir en son sein.
Des moines aux évêques, nul n’est épargné par les vigoureuses remontrances de saint Bernard (1090 ?-1153) et les références de Gratien (11 ?-1160 ?) au droit canonique (Ms 0171 Bordeaux, Ms 0397 Bordeaux, fragment Ms 0037, Bordeaux). Mais, malgré l’instauration de sanctions contre les contrevenants, les mauvaises pratiques persistent.

Motivés par la décrétale du pape Grégoire VIII, à partir de 1187 et jusqu’en 1220, se multiplient synodes, conciles et de nombreuses prescriptions visant à préciser les règles générales de la discipline vestimentaire des clercs. Désormais, de façon générale, ces derniers doivent porter des habits fermés et longs et leur sont interdites les étoffes rouges ou vertes, alors jugées luxueuses du fait du coût de leur teinture. Ces caractéristiques générales n’évolueront guère jusqu’à la Renaissance. Mais, au-delà de ces règles et de leur relatif respect dans le cadre strict de la liturgie, il semble que dès le XIIIe siècle le souci de l’apparence et du raffinement ait continué de guider la confection de nombre d’habits cléricaux, par l’emploi de riches étoffes et la multiplication des ornements.


Composition du costume liturgique

Fixé dans ses formes et ses fonctions, le costume liturgique comprend l’aube (long vêtement blanc de dessous), la dalmatique (vêtement long, orné de bandes verticales et d’un galon brodé et dont les manches s’allongent au XIVe siècle) et la chasuble de forme ovale. La chape (manteau), généralement richement ornée, complète le costume des dignitaires (Ms 1859 Bordeaux, F°5, XVIe siècle). Divers accessoires (gants, chaussures, anneau, crosse, tau, manipule, coiffes, etc.) accompagnent ces habits (Marcadé 102). Certains participent à la liturgie tandis que d’autres sont les attributs de certaines fonctions, d’un pouvoir particulier, d’une place précise au sein de la hiérarchie de l’Eglise. Il est difficile de suivre l’évolution précise des innombrables sophistications des accessoires du costume liturgique et ces éléments sont trop nombreux pour être détaillés ici, mais de nombreuses initiales du Pontifical à l’usage de Périgueux (Ms 0171 Périgueux) illustrent parfaitement cette variété ainsi que les usages vestimentaires pendant la seconde moitié du XVe siècle.

Evolution de la mitre

Toutefois, par certains détails, de couleur ou de forme par exemple, ces accessoires témoignent d’une évolution générale du costume du clergé séculier. À ce titre la mitre est particulièrement intéressante. En effet, cette coiffe se transforme totalement au cours du temps, tant dans sa forme que dans la façon de s’en coiffer. Tout d’abord portée indifféremment par les abbés et les évêques, mais aussi par le pape et les cardinaux jusqu’au début du XIIIe siècle, elle devient ensuite plus spécifiquement l’insigne de la dignité épiscopale. Elle n’est pas un accessoire liturgique mais uniquement un symbole de pouvoir, qu’évêques et archevêques portent au cours de leurs interventions, essentiellement dans le monde laïc.
Les mitres à pointes latérales apparaissent vers 1140 et sont attestées jusqu’à la fin du siècle, même si leur emploi semble diminuer à partir de 1175. Encore employées dans les premières années du XIIIe siècle, surtout dans le Midi de la France, elles sont remplacées vers 1225 par la mitre triangulaire classique, dont les pointes (faces) sont placées au-dessus du front et de la nuque. Plusieurs types de mitres triangulaires voient alors le jour et leur emploi varie selon les images qui y sont brodées. Au XIIIe siècle, les faces sont encore relativement droites, peu hautes et triangulaires (Ms 0025 Bordeaux, F°1r, premier quart du XIVe siècle). Au XIVe siècle, les faces ont tendance à devenir plus hautes et à se bomber en s’écartant l’une de l’autre (Ms 0730 Bordeaux, F°192, dernier quart du XIVe siècle). Au XVe et au début du siècle suivant, hautes et bombées, elles prennent une forme pentagonale et leurs sommets ont tendance à se réunir, joints par un bouton d’orfèvrerie (Imp 0509 Pau, F22v, XVIe siècle ; Marcadé 102, XVIe siècle).
Au début du XVe siècle, dans certaines cours, le luxe des vêtements civils s’étend aux ornements liturgiques et particulièrement aux mitres. Dans une richesse extraordinaire, perles et pierres précieuses sont employées à profusion pour l’ornement, mais aussi pour rehausser l’iconographie des mitres historiées.

Le costume monastique

Les nombreux ordres monastiques créés à mesure de la propagation du christianisme ont adopté des règles différentes, imposant à leurs membres une vie et des habits propres à leur ordre. Les bénédictins portent à même la peau une tunique à longues manches (la gonelle), sous une longue robe fendue sur le côté (le froc ou scapulaire) et enfin la chape (Marcadé 83, deuxième quart du XVe siècle). Les cisterciens portent, quant à eux, une robe blanche à larges manches et capuchon (la coule) et le froc pour les travaux ; leurs vêtements ne sont pas teints.
Parmi les ordres mendiants, les franciscains (frères mineurs, cordeliers) se reconnaissent à leur cotte brune ou grise à capuchon, serrée à la taille par une corde (Ms 0025 Bordeaux, F°1r, premier quart du XIVe siècle), tandis que, sous leur chape noire, les dominicains (frères prêcheurs) superposent deux robes de laine blanche.
Les couleurs de l’habit des religieuses rejoignent celles des hommes du même ordre. L’habit féminin se compose de deux tuniques longues et d’une chape. La coiffure est dissimulée sous un voile ou sous un couvre-chef enroulé autour de la tête et retombant sur le cou et la poitrine (la guimpe) (Marcadé 94b, vers 1500).

Notices

Ms 0730 Bordeaux - F°409 : Antiochus épouse la fille d'un citoyen de Calcide
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0171 Périgueux - F°14 : Décor végétal ; Lettrine, la tonsure
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°18v : Décor végétal ; Lettrine, étape du portier
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°21 : Décor végétal ; Lettrine, étape du lecteur
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°23 : Décor végétal ; Lettrine, étape de l'exorciste
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°25 : Décor végétal ; Lettrines, étape de l'acolytat
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°28v : Décor végétal ; Lettrine, étape du sous-diaconat
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°30v : Décor végétal ; Lettrine, étape du diaconat
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°31 : Décor végétal ; Lettrine, étape du presbytérat
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°38v : Décor végétal ; Lettrine, don de l'étole
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°45v : Décor végétal ; Lettrine, prêtres devant un évêque
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°56v : Décor végétal ; Lettrine, célébration de l'Eucharistie
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°61 : Décor végétal ; Lettrine, bénédiction
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°62v : Décor végétal ; Lettrine, célébration
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°68 : Décor végétal ; Lettrine, bénédiction de la Vierge
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°72 : Décor végétal ; Lettrines, bénédiction de l'ostensoir et bénédiction de reliquaires
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°81 : Décor végétal ; Lettrine, bénédiction de l'huile des malades
Notice iconographique

Albums

ms0171_Périgueux
ms0730_Bordeaux

Bibliographie

AUBRY Viviane, Costumes : sculptures de l’éphémère (1340-1670), Paris, REMPART / Desclée de Brouwer, Patrimoine vivant, 1998 

DURAND Philippe, L’armement au Moyen Âge : Armes offensives individuelles, machines de guerre, t. 1, Bordeaux, Confluences, Les petits vocabulaires de l’Histoire de l’art, 2012 

FAGNEN Claude, Armement médiéval. Un métal pour la guerre, Paris, REMPART / Desclée de Brouwer, Patrimoine vivant, 2005 

PIPONNIER Françoise et MANE Perrine, Se vêtir au Moyen Âge, Paris, Adam Biro, Essais, 1995 

PISANA Delphine, Costumes : modes et manières d’être, Paris, REMPART / Desclée de Brouwer, Patrimoine vivant, 1995 

RENAUDIN Florent, L’homme d’armes au Moyen Âge, à la fin du XVe siècle, Paris, Editions Errance, Histoire Vivante, 2006 

Denis MUZERELLE, Vocabulaire codicologique, version hypertextuelle, Paris, IRHT, 2002 (Edilis, Publications scientifiques, 2) : http://vocabulaire.irht.cnrs.fr 

VÉNIEL Florent, Les hommes du Moyen Âge : Paysans, bourgeois et seigneurs à la fin du Moyen Âge, Paris, Editions Errance, Histoire Vivante, 2008