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La société

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Composition et évolution du costume civil

Jusque vers 1140

Le costume civil du personnage accompagnant saint Jérôme au F°260 de la Bible de la Sauve-Majeure (Ms 0001-2 Bordeaux, dernier quart du XIe siècle), est caractéristique du costume civil masculin depuis l’époque mérovingienne et jusque vers 1140. Il s’agit d’une tunique mi longue à jupe ample (le bliaud), portée sur un caleçon long (les braies) et complétée par un manteau.

Du milieu du XIIe siècle à celui du XIVe siècle

Puis, à partir du milieu du XIIe siècle, les habits longs, jusqu’ici réservés à la cour royale et aux personnes aisées, s’étendirent à l’ensemble de la population laïque. Le Livre des statuts et des coutumes de la ville d’Agen (Ms 0042 Agen, troisième quart du XIIIe siècle) illustre parfaitement ce phénomène mais aussi la simplicité et la sobriété, malgré des couleurs souvent vives, qui caractérisent le costume au XIIIe siècle.
La différenciation entre les sexes est peu flagrante, seulement signalée par la longueur de l’habit féminin, plus importante que chez l’homme. Hommes et femmes portent la cotte, longue tunique aux manches très étroites, passée sur la chemise de dessus. Le surcot, plus ample, se porte sur la cotte. Ses larges emmanchures laissent apparaître les manches étroites de la cotte ; ses manches pendantes soulignent l’importance du personnage par leur amplitude et leurs ornements. Dans cette fin du XIIIe siècle, les manteaux à capuchon (housses) viennent enrichir la garde-robe tant masculine que féminine. On retrouve ces pièces vestimentaires au F°110 de la Glose des Décrets de Gratien (Ms 0397 Bordeaux, XIIIe siècle), où un enfant porte une tenue comparable à celle de l’adulte qui l’accompagne. Cette miniature est aussi l’occasion d’observer la coiffure masculine si particulière aux images des XIIIe et XIVe siècles : une frange bouclée et des cheveux roulés et tombant sur les oreilles encadrent un visage imberbe et délicat.

Le milieu du XIVe siècle : l’habit court

Peu après 1340, cette coupe presque unisexe du costume laisse place à une nouvelle, plus genrée, qui montre et individualise davantage le corps et ainsi la personne. La silhouette est désormais élancée et composée de courbes mises en valeur, comme on peut le voir dans les Décades de Tite-Live, traduites par Pierre Bersuire et abondamment illustrées dans le dernier quart du XIVe siècle (Ms 0730 Bordeaux).
Les femmes portent une robe cousue sur elles, très ajustée sur le buste et au large décolleté. La longue jupe s’évase vers le bas tandis que les manches très étroites s’achèvent par des manchettes débordantes. Par dessus la chemise, les hommes portent désormais un vêtement de dessus, le pourpoint, tombant au niveau des hanches, boutonné sur toute la hauteur et ouvert sur un col haut qui oblige au port d’une coiffure plus courte. Il est cintré à la taille par une lourde et large ceinture. Les chausses, semblables à nos collants actuels, laissent les jambes entièrement visibles. Les chaussures sont très pointues.

Pour autant, le costume long du XIIIe siècle continue d’être porté jusqu’à la fin du XIVe siècle par les hommes d’âge mur de la noblesse et de la bourgeoisie. Mais, au-delà, son usage et son image se perpétuent aussi hors de la norme vestimentaire, par exemple dans les représentations du pouvoir royal. Chacune de ces illustrations inscrit la figure du roi dans une tradition, dans un temps long, et fige en quelque sorte son image, participant ainsi chaque fois à actualiser sa légitimité.
L’habit long est également attaché à certaines professions (gens de « robe »), liées au pouvoir et à son administration ou plus largement à l’autorité (administrative, juridique, professionnelle ou intellectuelle). Les uniformes distinctifs de chacune de ces professions ne se démarquent pas toujours clairement les uns des autres. Certains attributs ou compléments à la garde-robe, tels que des coiffes ou des couleurs particulières, complètent un habit parfois commun à plusieurs professions. C’est ce que permet de voir la miniature du F°79 d’un code Justinien (Ms 0355-3 Bordeaux), où figurent un greffier, un juge et un avocat. Ailleurs dans ce même manuscrit, on aperçoit également des cols et des manteaux doublés d’une fourrure d’écureuil, le vair, représentée par de petits écus blancs et d’usage fréquent dans ce type de costume, à côté de l’hermine.
Un autre type de costume échappe plus largement à la mode, pour d’autres raisons : celui des classes moyennes et pauvres. Il va de soi que le costume populaire, celui du travailleur, qu’il soit masculin ou féminin, répond avant tout à des préoccupations d’ordre pratique. Il doit être solide, permettre une grande aisance de mouvements et doit pouvoir s’adapter à la variété des tâches et des activités, tant au cours d’une même journée qu’au cours des saisons. L’habit court resta donc de mise pour les hommes qui, au-dessus de chausses retenues aux braies et par dessus leur chemise, portaient une cotte serrée à la taille par une ceinture à laquelle pendaient leurs outils. Les femmes portaient une cotte longue, protégée par un tablier en toile.

De la fin du XIVe siècle à celle du XVe siècle

Passée cette véritable révolution de la coupe vestimentaire, c’est le faste, la somptuosité des couleurs, des formes et des matières qui l’emportent dès la fin du XIVe siècle et tout au long du siècle suivant. L’introduction de la houppelande constitue la transformation principale de l’habit du premier tiers du XVe siècle et marque la réapparition d’un vêtement de dessus ample, porté long puis court par les hommes. Trois longueurs de robes se démarquent nettement : longue ou au-dessus du genou (pour l’ensemble de la gente masculine) et courte (réservée aux jeunes hommes) (Marcadé 16). L’actualisation constante et la sophistication des détails font naître des formes diversifiées et extravagantes (manches traînantes, galons crénelés, couvre-chefs, etc.).
À partir des années 1430-1440, le vêtement de dessus, long et ample, est remplacé par la robe, que des plis « en tuyaux d’orgue » participent à rendre proche du corps. Sa longueur allant en diminuant au cours du siècle, les jambes des hommes réapparaissent, gainées de chausses moulantes et les pieds chaussés de poulaines. Les épaules sont élargies par des manches bouffantes, tandis que la coiffe (haut bonnet de feutre ou chaperon) accentue la verticalité de la silhouette. Pour les femmes, la robe est très serrante sur le buste et les bras. Le décolleté en V est barré horizontalement par une pièce de tissu (le tassel). La jupe très ample est prolongée par une traîne, tandis que le hennin (haute coiffe agrémentée de voiles fins), porté au-dessus d’un front dégagé, prolonge vers le haut cette silhouette déjà marquée par la verticalité.
Au cours de la dernière décennie du XVe siècle, les coiffes féminines perdent en hauteur, les manches de la robe s’élargissent. Il en va de même des bonnets masculins qui, en revanche, s’agrémentent d’un spectaculaire panache. Les chaussures s’épaississent, plus larges et arrondies. Ces transformations ainsi que l’apparition des manteaux courts à col large et plat pour les hommes et les robes à décolleté carré pour les deux sexes contribuent à élargir et raccourcir la silhouette.

Notices

Opuscula Choix de textes
Notice manuscrit
Hilaire (saint ; 0315?-0367?)
Justinianus, Institutes ; Digesta, cum gloss. Institutes, Digesta cum glossa tome I
Notice manuscrit
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0094 Bordeaux - F°68 : Décor végétal, animalier, humain et fantastique ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 0355-1 Bordeaux - F°77 : Tribunal de l'Empereur ; Hommes et femme ; Lettrine
Notice iconographique
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0355-1 Bordeaux - F°205 : Empereur présidant la redevance des impôts ; Arbres et rochers ; Lettrine
Notice iconographique
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0355-1 Bordeaux - F°275 : Scène de jugement
Notice iconographique
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0355-3 Bordeaux - F°79 : Un greffier, un juge et un avocat ; Décor ornemental ; Lettrine
Notice iconographique
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0730 Bordeaux - F°18v : Arrivée de Lucumas à Rome
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°26 : Viol de Lucrèce
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°34v : Séparation entre la plèbe et les patriciens
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°192 : Décor végétal et animal ; Lettrines ; Couronnement d'un chef par les évêques ; Ambassade de trois évêques ; Prise d'une ville ; Message remis à un chef
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°257 : Lettre écrite de Sicile par les soldats vaincus à la bataille de Cannes
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°258 : Reddition de Tarente à Hannibal
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°378 : Discours de Caton sur la loi
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°435v : Le consul Fulvius fait miner Ambracie
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0042 Agen - F°22 : Interpellation ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 0042 Agen - F°27 : Prud'hommes d'Agen ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 0042 Agen - F°33v : Lettrine, Mesure de l'huile
Notice iconographique
Ms 0042 Agen - F°50v : Lettrine ; Location des maisons
Notice iconographique
Marcadé 78 - Semeur
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé s.n. - Couronnement de la Vierge
Notice iconographique
Fonds Marcadé

Albums

ms0042_Agen
ms0094_Bordeaux
ms0355-1_Bordeaux
ms0355-2_Bordeaux
ms0355-3_Bordeaux
ms0730_Bordeaux

Bibliographie

AUBRY Viviane, Costumes : sculptures de l’éphémère (1340-1670), Paris, REMPART / Desclée de Brouwer, Patrimoine vivant, 1998 

DURAND Philippe, L’armement au Moyen Âge : Armes offensives individuelles, machines de guerre, t. 1, Bordeaux, Confluences, Les petits vocabulaires de l’Histoire de l’art, 2012 

FAGNEN Claude, Armement médiéval. Un métal pour la guerre, Paris, REMPART / Desclée de Brouwer, Patrimoine vivant, 2005 

PIPONNIER Françoise et MANE Perrine, Se vêtir au Moyen Âge, Paris, Adam Biro, Essais, 1995 

PISANA Delphine, Costumes : modes et manières d’être, Paris, REMPART / Desclée de Brouwer, Patrimoine vivant, 1995 

RENAUDIN Florent, L’homme d’armes au Moyen Âge, à la fin du XVe siècle, Paris, Editions Errance, Histoire Vivante, 2006 

Denis MUZERELLE, Vocabulaire codicologique, version hypertextuelle, Paris, IRHT, 2002 (Edilis, Publications scientifiques, 2) : http://vocabulaire.irht.cnrs.fr 

VÉNIEL Florent, Les hommes du Moyen Âge : Paysans, bourgeois et seigneurs à la fin du Moyen Âge, Paris, Editions Errance, Histoire Vivante, 2008