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La société

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Composition et évolution de l’équipement militaire

De la fin du XIe au milieu du XIIIe siècle

L’évolution de l’équipement militaire entre la fin du XIe siècle et le milieu du XIIIe siècle avait rendu les combattants méconnaissables, sous le capuchon de maille de leur haubert (cotte de maille) ou derrière le nasal de leur casque. Malheureusement, aucune image du catalogue ne témoigne de cette réalité, qui avait conduit au développement de l’héraldique. Les combattants avaient pris, en effet, l’habitude de faire peindre sur leur bouclier des figures géométriques, animales ou florales de couleurs vives, qui leur serviraient de signes de reconnaissance au cœur de la mêlée.

La seconde moitié du XIIIe siècle

Les F°15v et 82v du Livre des statuts et des coutumes de la ville d'Agen (Ms 0042 Agen) illustrent parfaitement l’état de l’équipement militaire à la fin du XIIIe siècle. Pour le départ pour l’host comme dans le duel ici représentés, tous les combattants portent le haubert, accompagné du collet, de gantelets et de chausses de mailles. Leur corps est ainsi entièrement protégé, mais aussi préservé du frottement des mailles par une doublure d’étoffe ou le port d’une cotte sous le haubert. Nombreux sont coiffés d’un simple casque sans visière ni couvre-nuque (la cervelière) et quelques uns, les chefs militaires, le sont d’un heaume dont le timbre est plat. Très efficace du point de vue défensif, le heaume présente l’inconvénient d’être lourd et incommode de sorte qu’au XIIIe siècle il est abandonné pour les combats, son usage se limitant aux tournois et aux cérémonies, comme ici au F°15v. Dans cette même image, plusieurs soldats ont passé une cotte d’armes (sorte de surcot sans manches) en toile de couleur vive, ceinte à la taille. La tête de la monture d’un des cavaliers est équipée également d’une sorte de cotte de maille.

Armés de lances et d’épées, ils sont pourvus d’un écu (bouclier) portant leurs armoiries ; ces derniers leurs servent à la fois à parer les coups de l’ennemi et à se faire reconnaître des leurs, au cœur de la bataille. L’écu a la forme d’un triangle allongé, de grandes dimensions, parfois légèrement courbé le long de l’axe vertical afin de mieux couvrir le corps.

Ces images traduisent une part seulement de la réalité de l’équipement des hommes d’armes. Coûteux, celui-ci variait en fonction des moyens du combattant d’une part, mais aussi selon sa fonction au sein de la troupe. Cavaliers et hommes de pied ne pouvaient être armés de la même façon, qui plus est au sein de formations composées tant de professionnels de la guerre que de simples recrues levées à l’occasion d’un conflit. Ainsi, les gens de pied, portaient plus souvent comme casque un chapel de fer ou de cuir bouilli et, couvrant leur torse, un gambison (vêtement rembourré d’étoupe ou de filasse) ou une cotte de cuir.

Le XIVe siècle

Les Décades de Tite-Live, traduites par Pierre Bersuire (Ms 0730 Bordeaux), qui relatent les hauts faits de l’histoire de Rome et parmi eux nombre d’épisodes guerriers, témoignent des vêtements défensifs en usage dans le dernier quart du XIVe siècle. Les événements du passé antique y sont transposés dans des costumes, des équipements et des paysages du XIVe siècle.
Désormais, bien que toujours utilisée, la cervelière laisse la place à des casques plus complets. Le chapel de fer se généralise, mais plus encore les protections se multiplient, à l’image de ce que l’on observe aux F°79 et 84 par exemple, où une visière mobile est fixée sur le bacinet (casque) de plusieurs combattants.
Au F°427v, le harnois (armure de la monture) est bien visible. Sous le long caparaçon du destrier de chacun des deux cavaliers se lançant dans la bataille, apparaît une housse, sorte de cotte de maille. Les cavaliers, deux princes, identifiables comme tels à la couronne au cimier de leur bacinet, sont efficacement équipés. Sous une longue et ample cotte d’armes, ils sont protégés par un haubert complété par des plates d’armures, pièces de défense métalliques, façonnées pour s’adapter aux différentes parties du corps et former une carapace pour celles les plus exposées. Ces éléments sont apparus à la fin du XIIIe siècle et, petit à petit, par accumulation, ont fini par recouvrir l’ensemble du corps et aboutir ainsi aux armures complètes du XVe siècle. La majorité des combattants figurés dans ce manuscrit sont équipés de ces plates ; les termes les désignant correspondent à leur emplacement sur le corps : coudières, genouillères, cuissots, collet, gantelets, etc. Les ailettes protègent les épaules, les sollerets les pieds.

Le XVe siècle

Avec la naissance de l’artillerie à poudre au XIVe siècle et la généralisation de son emploi au siècle suivant, l’équipement individuel du combattant devint moins efficace. Pourtant, l’armure continua à se perfectionner, par l’adjonction de pièces défensives et d’articulations qui finirent de lui donner l’aspect d’une carapace d’acier, comme en témoignent le personnage de la marge du F°58v d’un livre d’heures de la fin du XVe siècle (Ms 0094 Bordeaux) ou les anges au F°1 du pontifical à l’usage de Périgueux (Ms 0171 Pe´rigueux, seconde moitié du XVe siècle). Les plastrons bombés protègent désormais le buste. La salade, équipée ou non d’une visière amovible, protège efficacement la nuque et complète la protection de la tête. L’usage du chapel perdure, combiné au gorgerin, pièce métallique protégeant la gorge. Mais une fois encore, les panoplies les plus complètes reviennent aux hommes du commandement, à une époque où les grandes troupes se composent pour l’essentiel d’hommes de pied.

Notices

Ms 0730 Bordeaux - F°15 : Bataille entre les Horaces et les Curiaces
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°30v : Horatius Coclès
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°31 : Caius Mucius Scaevola
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°79 : L'armée de Cornelius Cossus et le roi Tolomnius
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°84 : Combat entre les Romains et les Volsques
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°99 : Prise de Véies
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°107v : Le Capitole sauvé par les oies
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°120v : Le siège de Rome
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°134v : Duel entre Maximus Valerius et un Gaulois
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°427v : Défaite d'Antiochus
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0042 Agen - F°82v : Lettrine ; Duel
Notice iconographique

Albums

ms0042_Agen
ms0730_Bordeaux

Bibliographie

AUBRY Viviane, Costumes : sculptures de l’éphémère (1340-1670), Paris, REMPART / Desclée de Brouwer, Patrimoine vivant, 1998 

DURAND Philippe, L’armement au Moyen Âge : Armes offensives individuelles, machines de guerre, t. 1, Bordeaux, Confluences, Les petits vocabulaires de l’Histoire de l’art, 2012 

FAGNEN Claude, Armement médiéval. Un métal pour la guerre, Paris, REMPART / Desclée de Brouwer, Patrimoine vivant, 2005 

PIPONNIER Françoise et MANE Perrine, Se vêtir au Moyen Âge, Paris, Adam Biro, Essais, 1995 

PISANA Delphine, Costumes : modes et manières d’être, Paris, REMPART / Desclée de Brouwer, Patrimoine vivant, 1995 

RENAUDIN Florent, L’homme d’armes au Moyen Âge, à la fin du XVe siècle, Paris, Editions Errance, Histoire Vivante, 2006 

Denis MUZERELLE, Vocabulaire codicologique, version hypertextuelle, Paris, IRHT, 2002 (Edilis, Publications scientifiques, 2) : http://vocabulaire.irht.cnrs.fr 

VÉNIEL Florent, Les hommes du Moyen Âge : Paysans, bourgeois et seigneurs à la fin du Moyen Âge, Paris, Editions Errance, Histoire Vivante, 2008