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La société

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L’Inquisition dans le Midi de la France

L’Inquisition en France

Née au XIIIe siècle, l’Inquisition ou « Saint-Office » était un tribunal d’Eglise, une juridiction d’exception exercée par des délégués du pape, aux pouvoirs étendus : les inquisiteurs. Son objectif était de réprimer une catégorie particulière de délits, l’hérésie (toute déviation volontaire de la sainte doctrine). Les inquisiteurs jugeaient les hérétiques exclusivement au nom du Souverain Pontife et selon le droit canon.

La procédure inquisitoriale reposait sur des dispositions réglementaires anciennes, instaurées avec le Décret de Gratien au XIIe siècle et ayant progressivement évolué vers des principes juridiques nouveaux : augmentation régulière du pouvoir d’initiative du juge pour lancer une accusation et réglementation plus rigoureuse des pratiques de l’accusation (ordalies, aveu de l’accusé, témoignages fiables).
L’Inquisition s’intégrait au sein d’une Eglise d’Occident réformée qui, depuis le XIIe siècle, avait pris la mesure des déviances de son peuple vis-à-vis du dogme et avait ainsi découvert en son sein une hérésie massive. Avec le grossissement des villes, le développement des universités et des écoles, l’alphabétisation des laïcs, le clergé avait perdu le monopole de la connaissance et les masses laïques s’étaient appropriées une considérable autonomie religieuse, désirant vivre leur foi et allant la chercher parfois dans des doctrines déviantes aux yeux du clergé (manichéisme, valdéisme, etc.). Le XIIe siècle, vit donc un long débat au sein de l’Eglise au sujet de la conduite à tenir pour lutter contre ces doctrines, hésitant entre la prédication et la punition. Dans le nord de l’Europe, les autorités civiles mirent en œuvre la seconde solution, tandis que dans le Midi de la France une ligne plus pacifique fut adoptée vis-à-vis du catharisme.

À partir des années 1180 et jusque dans la seconde moitié du XIIIe siècle, une série de dispositions juridiques furent mises en place visant à punir les hérétiques par le feu, par confiscation des biens et par la torture et à encourager la délation par la confidentialité du nom des témoins. En complément de ces instruments, la procédure judiciaire inquisitoriale se voulait simple, rapide, efficace. Les juges se trouvaient chez les évêques, les légats du Souverain Pontife et au sein des pouvoirs séculiers, certainement les plus violents et dont les choix des victimes relevaient tout autant de considérations politiques que religieuses. À partir du début du XIIIe siècle, le bras séculier, à qui l’Eglise abandonne l’exécution des peines contres les hérétiques condamnés à mort, constitue un appui décisif dans ce dispositif. Entre 1231 et 1232, le pape, chef de la Chrétienté, fit naître l’Inquisition, installant cette juridiction d’exception sous son seul pouvoir souverain et lui assurant efficacité et régularité en nommant des juges permanents, indépendants des droits et usages laïcs et également indépendants des évêques.

L’Inquisition dans le Midi

Dans le Midi de la France (Languedoc et Provence), l’Inquisition s’installa en terres fraîchement conquises par les puissances séculières du nord. Les barons du nord et le roi de France s’étaient croisés pour y mâter les hérétiques, que ni le clergé local ni les légats du pape ne parvenaient à réduire. L’assassinat d’un d’entre eux, Pierre de Castelnau, en 1208, par les hommes du comte Raymond VI de Toulouse, en représailles de sa récente excommunication, fut le déclencheur de la Croisade dite des Albigeois. À partir de 1212, venus combattre l’hérésie, les croisés en profitèrent pour mettre à genoux les grands féodaux du sud, qui jusqu’ici étaient parvenus à se maintenir indépendants. Le Traité de Paris vint pacifier la situation en 1229.

Dès 1234, l’Inquisition se partagea le territoire en trois tribunaux (Toulouse, Carcassonne, Provence) qui, passant outre les arrangements et protections particulières qui avaient jusqu’ici permis aux hérétiques (cathares et vaudois), présents dans l’ensemble des couches de la société, de pratiquer leurs cultes sereinement, les placèrent désormais dans une insécurité permanente. Malgré des procédures qui font aujourd’hui frémir (cadavres d’hérétiques exhumés et brûlés), dans la seconde moitié du XIIIe siècle, rares furent les condamnations à mort et les peines lourdes sur l’ensemble des sentences des tribunaux inquisitoriaux de cette région. Les juges séculiers furent, en revanche, les responsables des plus importants bûchers de l’époque, avec tout de même une baisse notable dans cette seconde moitié de siècle (140 exécutions à Minerve, 300 à Lavaur, 60 à Casses, entre 1210 et 1211 ; 90 exécutions à Berlaigues, près d’Agen, en 1249, sur ordre de Raimond VII, comte de Toulouse).

L’Inquisition avait été logiquement confiée aux dominicains par le pape, ordre spécialement créé pour ramener le Midi dans le sein de l’Eglise. Si sa présence était mal vécue par ceux qui les premiers devaient en redouter l’action, l’ensemble de la population témoignait plus largement d’une défiance particulière à l’encontre d’une institution symbolisant une occupation mal supportée. Malgré des soulèvements, émeutes et attentats contre l’Inquisition durant toute la seconde moitié du XIIIe siècle, celle-ci finit par réduire à la clandestinité l’hérésie qui, vers 1300, disparut pratiquement des villes. On conserve toutefois dans notre catalogue, sous la plume de Bernard Gui, le souvenir du soulèvement des Albigeois contre les inquisiteurs et l’évêque Bernard de Castanet de 1301 à 1305. Conduits par le franciscain Bernard Délicieux, ils s’étaient alliés les représentants d’autres villes languedociennes engagées dans la même lutte. Ayant d’abord acquis le soutien royal, ils ne furent ensuite que partiellement entendus par le pape, qui orienta son action sur l’examen du comportement de l’évêque.
Les dernières exécutions eurent lieu à la fin du premier quart du XIVe siècle, époque à partir de laquelle l’Inquisition devint un rouage de l’administration ecclésiale. Son tribunal se bureaucratisa. On mit en place des questionnaires stéréotypés pour l’interrogatoire des accusés, on multiplia les manuels, de plus en plus précis : à celui de Raymond Penafort (XIIIe siècle) succèdent ceux de Bernard Gui (début du XIVe siècle) puis de Nicolas Eymerich (XVe siècle). Mais, son action déclina à propos de ses prérogatives fondamentales. Réduite à ne poursuivre que de petites hérésies, de petits groupes, l’Inquisition étendit sa juridiction à d’autres domaines, intégrant désormais le blasphème, la bigamie et la sorcellerie aux manifestations de l’hérésie.
Elle participa ainsi à la naissance du mythe du sabbat, réunion périodique des sorciers et sorcières tenue sous la présidence du diable, pour l’adorer et manger la chair de bébés assassinés par eux. Ce mythe né au XVe siècle vécut jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Les Ms 1184-18 et 1174-38 (Bibliothèque/Médiathèque, Bordeaux) témoignent justement d’un procès conduit par les administrateurs fiscaux de l’Inquisition à l’encontre d’une certaine Anne Marco pour sorcellerie.

Par ailleurs, instrument d’Etat, elle participa à la chute de l’ordre des Templiers, en conduisant l’interrogatoire de ses membres en 1307, puis elle fut chargée notamment du jugement de Jeanne d’Arc, qui aboutit à sa condamnation et son exécution, brûlée comme hérétique « relapse » en 1431.

Notices

De camara y officio… contra Anna Marco Procès contre Anne Marco
Notice manuscrit
Processus procuratoris fiscalis officii sancte Inquisitionis Procès mené par les administrateurs fiscaux de la sainte Inquisition
Notice manuscrit
Ms 0003 Agen : Lettrines ornées bleues et rouges
Notice iconographique
Gui, Bernard (126.-1331)

Albums

ms0003_Agen

Bibliographie

BENNASSAR Bartolomé (Dir.), L’inquisition espagnole : XVe-XIXe siècles, Paris, Hachette, Pluriel, 1979

DEDIEU Jean-Pierre, L’inquisition, Paris, Les éditions du Cerf, Bref, n°2, 1987

LEROY Béatrice, L’Espagne des Torquemada : catholiques, juifs et convertis au XVe siècle, Paris, Maisonneuve et Larose, 1995