Écla Aquitaine
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La société

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Les animaux sauvages

La faune occidentale

Le renard

Le goupil est jugé fourbe depuis l’Antiquité. Au Moyen Âge, il incarne la ruse, la perfidie, l’hypocrisie, comme en témoigne le Roman de Renart, ensemble de récits superposés, dans lequel Renart incarne la ruse dans le monde des hommes. Ce texte donna son nom à l’animal.
Contrairement au cerf, qui appartient à la catégorie des « bêtes rouges » et dont la chasse à courre est noble, le renard est catalogué par les manuels de vènerie parmi les « bêtes noires et puantes », comme le loup et le sanglier.

L’ours

Roi des animaux jusque vers le XIIe siècle, l’ours occupait alors une place prépondérante dans les récits mythologiques et dans le calendrier. L’Eglise fit de cette figure païenne un animal négatif, dont la nature le désignait dès lors comme le symbole même de certains vices et de péchés capitaux : la Lubricité, la Gloutonnerie et la Colère.
Au quotidien, l’ours devient un animal exhibé par les forains. Ainsi muselé et entravé, l’ancien héros détrôné voit sa force et sa bestialité réduites en une ridicule docilité, emprunte de maladresse et entachée de gourmandise. Il reste toutefois une proie appréciée des chasseurs.

Le cerf

Le cerf apparaît dans les récits mythologiques de l’Antiquité gréco-romaine (métamorphose d’Actéon) et des traditions celtes et germaniques. Bien qu’apprécié par la déesse chasseresse Diane, il semble qu’il fut jugé par les veneurs de l’Antiquité trop craintif pour constituer un gibier intéressant. Selon le Physiologus, il est pourtant puissant et dévore les serpents pour reprendre des forces.

Au Moyen Âge, cet animal pur et vertueux devient un symbole christologique, par analogie avec le Christ vainqueur du démon, mais aussi notamment par un jeu de mots entre servus (le Sauveur) et cervus (le cerf). Sa puissance et la régénérescence annuelle de ses bois en font un motif évocateur de résurrection et de fécondité, incarnation du baptême.
De façon plus prosaïque, il est un symbole de virilité, de force sexuelle, de puissance. À la fin du Moyen Âge, il est perçu par les veneurs comme le gibier le plus noble qui puisse être chassé. La thématique de la chasse alimente d’ailleurs bon nombre des récits mettant en scène le cerf, comme celle du cerf blanc dans les romans de la Table ronde. Elle est aussi présente dans les récits hagiographiques (légendes de saint Hubert et de saint Eustache) et figure fréquemment dans les marges de manuscrits. À partir du XVe siècle, le cerf entre dans le catalogue des figures emblématiques des rois de France et d’Angleterre.

L’aigle

Selon une tradition ancienne, l’aigle se régénère périodiquement. En cela, il est le symbole du rajeunissement perpétuel offert au fidèle qui se nourrit de la parole divine. Le bestiaire précise que, devenu vieux, l’aigle cherche une source d’eau pure et vole vers le soleil pour brûler à sa lumière ses vieilles ailes et son aveuglement, avant de fondre vers la source et d’y plonger par trois fois pour se régénérer et devenir jeune. Ainsi, le fidèle, à son imitation, est invité à chercher la source intelligible, le Verbe de Dieu et à voler vers Jésus-Christ, pour se débarrasser de son ancien être, pour renaître.
Les auteurs du Moyen Âge développent la dimension christologique de l’aigle. Tous deux, descendus sur terre par leur vol, peuvent sans clignement contempler le soleil les yeux ouverts. Comme l’aigle qui enlève les êtres depuis un lieu élevé, le Christ est monté sur la Croix pour vaincre le démon et emporter aux cieux les saints qu’il a saisis. Comme lui, il veille sur son nid avec affection. Ainsi, rapide par son vol et haut par sa vue, l’aigle conserve dans les écrits chrétiens la nature supérieure que lui conféraient les mythes antiques. L’oiseau de Jupiter est devenu celui de l’Evangéliste Jean. Maître du ciel, il symbolise la nature divine du Christ.

Les animaux exotiques

Ces animaux, sauf exceptions, ne furent pas représentés d’après nature, mais à partir d’images et de modèles transmis depuis l’Antiquité et actualisés. Le réalisme naturaliste des représentations ne peut que pâtir de cette situation, au contraire toutefois de la réalité culturelle qu’elles traduisent. Cette réalité culturelle était certainement d’autant plus forte d’ailleurs qu’elle reposait sur une longue tradition moralisée et qu’elle n’avait pas à se confronter à la réalité des faits. En d’autres termes, la réalité du tigre reposait sur l’idée que l’on s’en faisait, elle-même fondée sur les images de tigre que l’on pouvait avoir vues, elles-mêmes issues pour beaucoup de l’idée que l’on s’était faite du tigre par le passé…
Ainsi, les qualités tant physiques que comportementales des animaux exotiques étaient-elles fantasmées et, pour les secondes, moralisées, pour l’essentiel.

Le lion

Au Moyen Âge, le moins exotique des animaux exotiques est certainement le lion. Présent dans nombre de ménageries, il l’est aussi dans de très nombreuses images. Il est ainsi, par exemple, fréquemment employé dans les armoiries.
Selon le bestiaire, le lion est de nature bienveillante, qui n’attaque l’homme que par nécessité et craint le coq blanc et le grincement des roues de charrette. C’est vers le XIIe siècle qu’il remplace l’ours comme roi des animaux. Le bestiaire précise que les lionceaux viennent au monde mort-nés et que, passés trois jours, leur père les ranime de son souffle. Ce récit rattache le lion à l’épisode de la Résurrection du Christ, le troisième jour après sa mort.
Selon la Bible et la tradition religieuse, le lion est une figure alternativement positive (les lions du trône de Salomon, le lion de saint Marc, le lion de saint Jérôme) et négative (combats de Samson, David et Daniel contre lui, le lion de l’Orgueil). Il est souvent représenté, dans les lettrines par exemple, en combinaison avec l’aigle. Il s’agit d’un couple contradictoire dans lequel le lion figure la part physique de l’homme, l’aigle sa part spirituelle.

L’éléphant

L’éléphant est source de nombreuses légendes, traduites dans les récits naturalistes antiques et dans les textes des Pères de l’Eglise. Il est calmé par les parfums et la musique. Il aime les fleurs, craint le feu, s’accouple en secret, possède une grande mémoire et vénère les anciens du troupeau. Il exprime de la pitié pour ses morts. Il perd ses forces en buvant du vin…
Nombre de ces comportements et qualités lui ont donné le statut d’animal le plus proche de l’homme. Il a ainsi servi de modèle pour l’édification des chrétiens. Sa probité et sa prudence sont louées, de même que sa fidélité, sa chasteté et sa pudeur. Selon le Physiologus, le mâle n’ayant aucun désir d’union sexuelle, la femelle l’enivre à cet effet en lui faisant goûter le fruit de mandragore. Ce thème, induit des comparaisons avec le Péché originel, faisant du couple d’éléphants, des représentations d’Adam et Eve. Cela d’autant plus, peut-être, que l’éléphant, par la suite, protège la femelle et sa progéniture du serpent, leur ennemi.

Notices

Ms 0094 Bordeaux - F°64 : Décor végétal, animal, humain et être fantastique ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 0730 Bordeaux - F°277 : Couronnement de Scipion l'Africain comme empereur
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)

Albums

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Bibliographie

Exposition BnF « Bestiaire » : http://expositions.bnf.fr/bestiaire/index.htm

BALTRUSAITIS Jurgis, Le Moyen Âge fantastique, Paris, 1955

BALTRUSAITIS Jurgis, Réveils et prodiges, Paris, 1960

BEAUVAIS Pierre de et BAKER Craig (dir.), Le Bestiaire, Paris, H. Champion, Classiques français du Moyen Âge, 163, 2010

ALEXANDRE-BIDON Danièle, L'animal au Moyen Âge, Paris, Association des Amis de la tour Jean sans Peur, 2005

CHARBONNEAU-LASSAY Louis, Le Bestiaire du Christ, Paris, A. Michel, 2006

DELORT Robert, Les animaux ont une histoire, Le Seuil, Points/Histoire, H174, 1984

PASTOUREAU Michel, Les animaux célèbres, Paris, Arléa, Arléa-Poche, 131, 2008

PASTOUREAU Michel, L’ours : histoire d’un roi déchu, Paris, Le Seuil, La Librairie du XXIe siècle, 2007

TESNIERE Marie-Hélène, Bestiaire médiéval : enluminures, Paris, BnF, 2005

VOISENET Jacques, Bêtes et Hommes dans le monde médiéval : Le bestiaire des clercs du Ve au XIIe siècle, Turnhout, Brepols, 2000