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La société

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Les animaux fantastiques et les êtres hybrides

Moins encore que les animaux exotiques, les animaux fantastiques et les êtres hybrides ne purent être observés dans la nature par ceux qui les ont représentés. Ils ne purent être vus ailleurs que dans les bestiaires ou dans l’imagination de leurs créateurs. Pourtant, il ne faisait alors aucun doute que ces créatures mythiques étaient bien réelles. Leur existence et leur nature avaient été décrites et transmises par les récits des spiritualités occidentale et orientale. Aussi, les considérait-on moins comme des bêtes mythiques que comme des êtres exotiques, appartenant à des peuples ou à des espèces relégués aux confins du monde connu.

À l’instar des animaux communs et exotiques, une part de ces créatures fabuleuses était donc décrite dans le bestiaire hérité de l’Antiquité, mais nombre d’entre elles naquirent au Moyen Âge. Les lettrines bien sûr, mais surtout les marges des manuscrits, à partir du XIIIe siècle, en furent peuplées. La créativité des peintres y trouva des espaces favorables à l’invention et à l’épanouissement d’êtres hybrides, de figures animales et d’anthropomorphes.

Pour les chrétiens, les hybrides mi-homme mi-animal incarnaient la dualité de la nature humaine. Dès lors, ce furent des foules de nouvelles créatures qui prirent forme dans des combinaisons délirantes : des parties animales, végétales et humaines sont jointes dans des assemblages invraisemblables et des mues contre-nature. Les métamorphoses successives finissent par faire s’accorder dans ces chimères des portions d’êtres fabuleux. D’infinis arrangements sont ainsi créés, censés synthétiser des tempéraments et des comportements légendaires, tant est si bien qu’il semble difficile d’en établir le catalogue, la taxinomie et les natures.
Toujours est-il qu’à côté des centaures, basilics, sirènes, harpies, griffons et autres animaux fantastiques « traditionnels », on y retrouve un certain de nombre de grylles sans tronc, formés d’une tête directement fixée sur des pattes ou des jambes. Chasseurs pour une part, les hybrides sont aussi musiciens et, en cela, sont jugés comme des ministri satanae par les moralistes.

La licorne (unicorne)

Originellement, la licorne est un animal violent, seul à oser s’attaquer à l’éléphant. À partir du XIIe siècle, elle acquiert une dimension positive et devient un animal pur, paisible et doux. Pour autant, sa force oblige les veneurs qui souhaitent s’emparer d’elle et de sa corne aux vertus médicinales et aphrodisiaques, à la piéger par la ruse. Ils doivent ainsi profiter de sa propension à s’endormir sur le sein des jeunes vierges.
Partant, la dame accueillant la licorne en son sein est devenu un motif iconographique très apprécié et recouvrant plusieurs sens. Pour la symbolique religieuse, elle est l’Incarnation du Christ accueillant le pécheur. Filant la métaphore, la chasse et la mise à mort de la licorne symbolisent la Passion du Christ. La licorne figure ainsi parmi les animaux du bestiaire, rassemblés pour édifier les chrétiens. Dans la littérature courtoise, la licorne symbolise l’homme endormi dans le sein de la femme, pris ainsi au piège de l’amour. La licorne est également un emblème de la chasteté.

Le dragon

Représentant du Bien tout autant que du Mal, le dragon synthétise les quatre éléments : il vit aussi bien sur terre que dans l’eau et dans les cieux et crache le feu. Selon le bestiaire, natif d’Ethiopie, il est le plus grand des animaux rampants. « Il a la gueule petite, le corps grand et reluisant comme or fin et la queue longue. C’est l’ennemi de l’éléphant ; par les jambes il l’abat ; c’est avec sa queue qu’il triomphe de lui ; là est, en effet, le principe de sa force ; sa gueule ne porte point de venin. ». Les détails de sa physionomie sont fluctuants, mais il présente généralement l’allure d’un reptile ailé et armé de dents tranchantes, d’une carapace et de griffes acérées.
Dans la mythologie héritée de l’Antiquité comme dans la littérature produite au Moyen Âge ainsi que dans les récits hagiographiques, il constitue l’obstacle traditionnel d’une épreuve initiatique : il est la créature emblématique en charge de garder un objet, un lieu ou une personne, que le héros est en charge de libérer. Ici, il incarne le Mal, l’hérésie, Satan, etc. selon le contexte. Dans la quête du Graal, Perceval libère un lionceau de son emprise. Saint Georges comme saint Michel le transpercent de leur lance. Sainte Marguerite, après avoir été avalée par lui, le transperce de sa croix. Dans le récit de l’Apocalypse, il incarne Satan lui-même, vaincu par la cohorte céleste.

Le phénix

Le phénix est un oiseau au plumage pourpre - à l’exception des plumes dorées de son cou et de sa queue blanche - de la taille d’un aigle et coiffé d’une huppe écarlate. Il tire son nom (phénicée) de la couleur de son plumage.
Il trouve son origine dans Benu, oiseau sacré d’Egypte, incarnation du soleil, qui apparaissait seulement tous les 500 ans. Le phénix se nourrissait de rosée. Sentant sa mort approcher, après avoir édifié son nid d’herbes odorantes sur l’autel d’Héliopolis, il s’y installait, s’exposant à la lumière du soleil qui l’embrasait. Trois jours plus tard, il renaissait de ses cendres.

Associé au cycle du soleil, il symbolise ainsi la force à la fois destructrice et féconde du feu qui, tour à tour, consume, purifie et régénère la vie. Cette nature particulière qui en fait l’unique oiseau de son espèce, en fait aussi, tout au long du Moyen Âge, une figure christologique, un symbole de la Résurrection du Christ et de l’immortalité de l’âme.

Le griffon

Le griffon est un être mythologique hérité de la tradition antique. Dans l’Antiquité, il était chargé de protéger les trésors d’Apollon et ce sont des griffons qui portèrent Alexandre le Grand dans son ascension vers le soleil.
Le griffon est une créature hybride mi-aigle (pattes avant, ailes et tête), mi-lion (corps et pattes arrière). Il est ainsi la synthèse de ces deux animaux qui règnent l’un dans le ciel, l’autre sur la terre. Cette particularité lui valut de passer, au Moyen Âge, du statut d’être démoniaque à celui de symbole christologique.

Le centaure

Le centaure est un être hybride composé d’un buste humain sur un corps de cheval. Vivant en horde dans les montagnes de Thessalie (Nord de la Grèce), selon la mythologie antique, il est cruel et brutal et se nourrit de chair crue. On le représente armé de différentes façons mais il est majoritairement identifié à un archer. L’épisode victorieux des Lapithes sur les centaures, de même que celui des Grecs sur eux devant Troie, symbolisent le triomphe de la civilisation sur la barbarie. Cette tradition homérique parvint jusqu’au Moyen Âge, prenant alors forme dans le Roman de Troie.

Parmi ces créatures bestiales, Chiron, sage, accueillant et charitable, fait figure d’exception. Mais, il se différencie aussi des autres centaures par sa nature divine, puisque c’est un Titan, fils de Chronos. Il enseigne ainsi l’art de la médecine à de nombreux héros, parmi lesquels Héraclès, qui le blesse accidentellement d’une flèche empoisonnée. Souhaitant être libéré de la souffrance de cette blessure incurable, Chiron décide de mourir et de céder son immortalité à Prométhée, le délivrant ainsi de son supplice. Zeus place alors Chiron dans le ciel où il forme la constellation du Sagittaire, en référence aux sagittarii (archers de l’armée romaine). C’est sous cette forme qu’il devient une figure familière aux hommes du Moyen Âge, apparaissant comme motif décoratif récurrent dans nombre de marges de manuscrits.
Mais, les bestiaires médiévaux retiennent essentiellement la part sombre du centaure. Pendant masculin de la sirène, il y est présenté abâtardi en créature mi-homme mi-âne, aux prises à la violence des ses instincts bestiaux et incarnant la tentation.

Notices

Justinianus, Institutes ; Digesta, cum gloss. Institutes, Digesta cum glossa tome II
Notice manuscrit
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0039 Bordeaux - F°1 : Lettrine ; Dragon
Notice iconographique
Holkot, Robertus (1290?-1349)
Ms 0987 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Sancto Concordio, Barthélémy de (1260-1347)
Ms 0094 Bordeaux - F°36 : Décor végétal, humain et fantastique ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 1130 Bordeaux : Mythologie et croyances
Notice iconographique
Qazwīnī, Zakariyyā ibn Muḥammad ibn Maḥmūd al- (1203-1283)

Albums

ms0042_Agen
ms0001-1_Bordeaux
ms0001-2_Bordeaux
ms0094_Bordeaux
ms0355-2_Bordeaux
ms0730_Bordeaux
ms1130_Bordeaux

Bibliographie

Exposition BnF « Bestiaire » : http://expositions.bnf.fr/bestiaire/index.htm

BALTRUSAITIS Jurgis, Le Moyen Âge fantastique, Paris, 1955

BALTRUSAITIS Jurgis, Réveils et prodiges, Paris, 1960

BEAUVAIS Pierre de et BAKER Craig (dir.), Le Bestiaire, Paris, H. Champion, Classiques français du Moyen Âge, 163, 2010

ALEXANDRE-BIDON Danièle, L'animal au Moyen Âge, Paris, Association des Amis de la tour Jean sans Peur, 2005

CHARBONNEAU-LASSAY Louis, Le Bestiaire du Christ, Paris, A. Michel, 2006

DELORT Robert, Les animaux ont une histoire, Le Seuil, Points/Histoire, H174, 1984

PASTOUREAU Michel, Les animaux célèbres, Paris, Arléa, Arléa-Poche, 131, 2008

PASTOUREAU Michel, L’ours : histoire d’un roi déchu, Paris, Le Seuil, La Librairie du XXIe siècle, 2007

TESNIERE Marie-Hélène, Bestiaire médiéval : enluminures, Paris, BnF, 2005

VOISENET Jacques, Bêtes et Hommes dans le monde médiéval : Le bestiaire des clercs du Ve au XIIe siècle, Turnhout, Brepols, 2000