Écla Aquitaine
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La société

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Les animaux familiers

Les oiseaux

De façon générale, l’oiseau, capable de s’élever dans les cieux, est perçu comme l’animal le plus proche du monde spirituel. Il invite l’homme à la contemplation du monde et, pour cette raison, figure dans nombre de livres d’Heures, dont les marges deviennent parfois de véritables volières.
La littérature courtoise fait du binôme chien-oiseau un véritable couple et traite du thème de la chasse comme d’une métaphore des rapports homme-femme. L’homme y est associé tantôt au faucon, tantôt à la proie, tandis que le chien est, au contraire, plus emblématique de la dame. L’analogie est reprise par les clercs pour stigmatiser les débordements de la sexualité masculine ; dans leurs textes, l’homme y figure sous les traits du vautour ou du cochon, dérivés abâtardis du faucon et du sanglier. Selon un principe similaire, les clercs s’assimilent au coq, éveilleur des consciences.

La colombe

C’est une colombe qui annonça à Noé la fin du Déluge et c’est elle qui accompagne certains grands épisodes du Nouveau Testament et de la tradition chrétienne, à l’instar de l’Annonciation, du Baptême du Christ et de la Pentecôte. D’abord symbole de la paix, au Moyen Âge la colombe incarne le Saint-Esprit dans les images correspondant à ces épisodes. Tenant le même rôle, elle figure auprès du Père et du Fils dans les représentations de la Trinité.
Elle matérialise aussi la parole divine, inspiratrice des empereurs, des Pères de l’Eglise, des Evangélistes, etc., ainsi que l’action plus générale de Dieu auprès des hommes. Enfin, sa blancheur immaculée lui confère une réputation de pureté, la désignant ainsi comme animal privilégié du sacrifice, mais aussi comme l’incarnation de l’âme humaine : impérissable et légère, elle s’élève vers Dieu.

L’abeille

Aristote vante leur sens de l’économie, elles qui consomment le miel avec parcimonie, insiste sur le fait qu’elles ne goûtent pas la viande et qu’elles sont des créatures propres et laborieuses au sein d’une société organisée. Pline souligne leur discipline admirable et leur sens du bien commun.
Parées de telles vertus, les abeilles servent de modèles d’édification aux auteurs chrétiens. Elles sont données en exemple aux moines et aux laïcs pour leur sens communautaire. Le monastère est comparable à la ruche, où règnent l’ordre, la propreté, le silence, le travail, l’obéissance et la sobriété. Elles incarnent aussi la chasteté, se nourrissant de rosée et composant son miel plutôt que de se livrer à l’accouplement. Enfin, une tradition héritée de l’Antiquité et reprise dans l’Ancien Testament faisait naître l’abeille des cadavres d’animaux en putréfaction ; cette particularité fut alors considérée au Moyen Âge comme symbolisant la victoire de l’amour sur les pulsions funestes : il faut avoir anéanti en soi ces pulsions pour trouver la douceur de l’amour.
D’autres y voient toutefois un animal pourvu d’une nature dont il faut se méfier. Saint Grégoire le Grand la considère ainsi comme aussi perverse que le scorpion, « du miel à la bouche et du venin dans la queue ».

Le cheval

Dans le Roman de Fauvel, satire sociale du monde courtisan du XIVe siècle, le cheval est un animal antipathique, dont le nom signifie « Fausseté voilée » ; sorti de son étable, il se rend à la cour où tout le monde le caresse et devient un personnage important. Pourtant, le cheval est aussi un animal utile et important au quotidien, l’apanage des hommes de haut rang. Nombre d’enluminures le montrent en contexte militaire.
Depuis l’Antiquité, il est un symbole guerrier. Le cheval de bataille porte ainsi son cavalier vers la victoire. Maintenu au pas, il peut exprimer l’obéissance, la force contenue, maîtrisée. Mais, le cheval n’en reste pas moins orgueilleux, ombrageux, pourvu d’une puissante nature émotive. Cabré ou au galop, il exprime le déchaînement des passions indomptées, le chaos, l’affolement.

L’âne

L’âne occupe une place prépondérante dans deux épisodes majeurs de l’iconographie chrétienne. En effet, il sert de monture à la Vierge lors de la Fuite de la Sainte Famille en Egypte et à Jésus lors de son entrée triomphale à Jérusalem le jour des Rameaux. En cela il s’oppose au cheval comme la monture des humbles. Les Pères de l’Eglise voyaient en l’onagre (âne sauvage) l’image des moines vivant au désert et l’animal, réputé patient, était donné en modèle aux hommes maltraités ; injuriés et frappés, ils doivent, comme l’âne, ne pas répondre et poursuivre leur chemin.
Dans le même temps, le Moyen Âge voyait en l’âne un animal peu vertueux. Symbole de l’indécision, l’âne de Buridan meurt de faim et de soif ne sachant se déterminer entre un seau d’eau et une botte de foin. Lâche, l’âne est violent à l’encontre du vieux lion. Enfin, il est un attribut d’un des péchés capitaux, servant de monture au paysan dans l’allégorie de la Paresse.

Le taureau et le bœuf

Dans l’Antiquité, le taureau était l’objet de nombreux récits, jeux, cultes et sacrifices, au sein desquels il était tantôt l’animal divin par excellence, tantôt une bête indomptable. Le christianisme, au contraire, en fit un animal néfaste, associé au diable. Ses cornes, sa queue et ses pattes en devinrent les attributs principaux.
Alors, lui fut substituée la figure vertueuse du bœuf, dont la vision d’Ezéchiel faisait le symbole de l’Evangéliste Luc. D’autres textes de l’Ancien Testament le citent comme l’animal privilégié du sacrifice rituel. Les récits apocryphes de la Nativité le placèrent auprès de l’âne dans les représentations de la crèche.
Bête de somme, affectée aux labours et aux transports, le bœuf est paisible et patient. Il est tout à la fois l’image de l’obéissance, de la fertilité, de la richesse, de la force et du sacrifice. Autant de qualités qui en font, au Moyen Âge, un animal vertueux, une figure christologique : à l’image du Christ, il creuse un sillon fertile pour les hommes.
D’un point de vue strictement pratique, le bœuf est un animal précieux au Moyen Âge. Docile et fort, il est employé tant aux labours que pour le transport. Sa viande, bien que jugée de peu de noblesse en comparaison de celle du veau, est la plus consommée à la fin du Moyen Âge. On la mange alors généralement bouillie.

Agneau, mouton et brebis

Leur élevage intense au Moyen Âge répond à un triple besoin. Il sont à la fois utiles pour leur viande et les produits dérivés de leur lait (alimentaire), pour leur laine (vestimentaire) et pour leur peau (vestimentaire, parchemins). Le lait se consomme essentiellement sous forme de fromage et de beurre ; les laitages sont théoriquement réservés aux jours gras de l’année. Les viandes dures étaient légèrement bouillies avant d’être rôties ; celle de l’agneau ne nécessitait pas ce traitement et était souvent servie farcie.
Depuis ses origines, le christianisme associe le Christ à l’agneau. En tant que « Bon pasteur » il veille sur son troupeau, autrement dit sur ses fidèles. Plus largement, le Christ est identifié à l’agneau, animal du sacrifice fait à Dieu pour apaiser sa colère, également animal de la Pâque. Il s’agit là non plus du Christ Bon pasteur, mais du Sauveur.

Dans son Evangile, Jean rapporte que Jean-Baptiste, après l’avoir baptisé, désigna le Christ comme « l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde ». Par là même, l’agneau est aussi l’attribut de saint Jean-Baptiste. C’est encore l’agneau qui, dans la vision de l’Apocalypse, brise les sceaux libérant les quatre cavaliers et est acclamé par les anges et la cour céleste. Cette forte symbolique a pour conséquence de faire figurer l’agneau sous les formes les plus variées, tant dans les églises que dans les enluminures, par exemple dans les représentations de la Nativité.

Notices

Ms 0730 Bordeaux - F°267 : Victoire des Carthaginois sur les Romains
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°347v : Défaite d'Hannibal
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 1130 Bordeaux : Zoologie
Notice iconographique
Qazwīnī, Zakariyyā ibn Muḥammad ibn Maḥmūd al- (1203-1283)

Albums

ms0509_Pau
ms0171_Périgueux
ms0095_Bordeaux
ms0730_Bordeaux
ms1130_Bordeaux

Bibliographie

Exposition BnF « Bestiaire » : http://expositions.bnf.fr/bestiaire/index.htm

BALTRUSAITIS Jurgis, Le Moyen Âge fantastique, Paris, 1955

BALTRUSAITIS Jurgis, Réveils et prodiges, Paris, 1960

BEAUVAIS Pierre de et BAKER Craig (dir.), Le Bestiaire, Paris, H. Champion, Classiques français du Moyen Âge, 163, 2010

ALEXANDRE-BIDON Danièle, L'animal au Moyen Âge, Paris, Association des Amis de la tour Jean sans Peur, 2005

CHARBONNEAU-LASSAY Louis, Le Bestiaire du Christ, Paris, A. Michel, 2006

DELORT Robert, Les animaux ont une histoire, Le Seuil, Points/Histoire, H174, 1984

PASTOUREAU Michel, Les animaux célèbres, Paris, Arléa, Arléa-Poche, 131, 2008

PASTOUREAU Michel, L’ours : histoire d’un roi déchu, Paris, Le Seuil, La Librairie du XXIe siècle, 2007

TESNIERE Marie-Hélène, Bestiaire médiéval : enluminures, Paris, BnF, 2005

VOISENET Jacques, Bêtes et Hommes dans le monde médiéval : Le bestiaire des clercs du Ve au XIIe siècle, Turnhout, Brepols, 2000