Écla Aquitaine
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La société

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Les divertissements

Parmi les divertissements de la société médiévale, deux d’entre eux sont illustrés par les manuscrits du catalogue : le jeu de trictrac et la chasse. Tous deux relèvent de pratiques propres aux élites aristocratiques puis bourgeoises, mais ils ne doivent pas minimiser la part croissante des occupations ludiques dans l’ensemble de la société médiévale au cours de la période.

Le jeu

Le jeu par excellence est le jeu d’échecs, mais celui représenté dans cette miniature est le trictrac, ancêtre de l’actuel backgammon, dont la pratique est attestée au Moyen Âge par les sources littéraires, l’iconographie et l’archéologie notamment. Le trictrac est le lointain héritier du jeu romain des douze lignes. Jeu de table, son dispositif matériel se résume à un tablier (plateau) divisé en deux rangées de douze cases, matérialisées par des flèches, quinze pions par joueur et trois dès. L’objectif du joueur est d’introduire ses jetons sur le tablier et de les faire ressortir du jeu le plus rapidement, après leur avoir fait parcourir les vingt-quatre cases.
Comme le jeu d’échecs, le trictrac demeure longtemps pratiqué par les seules élites, avant de gagner d’autres couches de la société. Les tabliers connus par les vestiges archéologiques sont en bois et plaqués en os et en bois de cerf. Les pions découverts en fouilles mesurent entre 2 et 6 cm de diamètre et sont en bois de cerf, en mandibules de bœuf, en défenses d’éléphant ou en canines de morse. Certains portent encore des traces d’une polychromie rouge. Les pions sont souvent sculptés de figures géométriques ou issues de l’iconographie biblique, mythologique ou courtoise.

Comme l’illustre la miniature des Décades de Tite-Live, les deux joueurs sont assis face à face de part et d’autre du tablier, ici posé sur une table. Dans cette image, de façon traditionnelle, chacun des joueurs marque un des deux temps du jeu. L’ambassadeur romain est en train de jouer, sa main déplaçant un pion, tandis que son adversaire l’observe ; cette posture d’observation est accentuée par le geste de la main levée au-dessus du tablier, le doigt tendu. Ici, ce geste d’indication se double d’une signification de commandement : le souverain ordonne l’assassinat des légats romains.

La chasse

Les princes et l’aristocratie médiévale attachent une importance primordiale, une véritable passion à la chasse. Les images illustrant cette activité ne manquent d’ailleurs pas dans les manuscrits, tant dans les miniatures des manuels cynégétiques, que dans les marges à drôleries. Plus précisément, cette iconographie se multiplie à partir du XIIe siècle. Elle consiste alors souvent dans un premier temps en des représentations d’animaux à l’état naturel se faufilant entre les rinceaux des initiales ornées. On trouve également des chasseurs isolés armés d’arcs, dont la présence gagne peu à peu les marges. C’est là et dans les bordures que se répandent ensuite les scénettes dans lesquelles des chiens libres ou tenus par des valets pourchassent gros et petits gibiers (cervidés, lièvres, etc.).
La chasse aristocratique se caractérise par la combinaison de deux composantes complémentaires : la chasse au chien et la chasse à l’oiseau. Dans les deux cas, les chasseurs sont pourvus de montures et sont équipés légèrement, pour se prémunir des intempéries et de la végétation épineuse. Chasseurs, veneurs et valets portent une corne en bandoulière (le cor), dont la pratique et la maîtrise des codes langagiers leur assurent une parfaite communication et la bonne conduite de chacune des phases de la chasse.
La chasse au chien (chasse à courre) consiste en une longue poursuite de la proie dans une zone limitée précisément à la forêt. Depuis le haut Moyen Âge, des étendues étaient réquisitionnées et affectées à la chasse par les princes puis par une plus large aristocratie ; de plus en plus boisées, ces foris (espaces situés « en dehors ») constituèrent un lieu réservé exclusivement à la chasse aristocratique. En principe, la chasse cesse si l’animal sort de cet espace, dans lequel il est coursé par un équipage composé de cavaliers et d’une meute de chiens courants. Fuyant jusqu’à l’épuisement, il finit par interrompre sa course et fait face à ses poursuivants. Il est alors pris par force, c’est-à-dire achevé à l’épée ou à l’épieu.
Les animaux prisés sont par ordre de préférence les cervidés (cerf, chevreuil, daim), le sanglier et l’ours (rare selon les régions). Puis viennent les nuisibles (loup, renard) et le petit gibier (lièvre, lapin), à l’encontre de qui sont employés piégeage et filets.
La chasse à l’oiseau (volerie), ouverte aux femmes, se pratique à découvert, dans des espaces non exclusifs (terres agricoles, bordures de cours d’eau, etc.). Ici, les chiens aident à lever le gibier que les rapaces (faucons dressés) se chargent d’abattre. Les chasseurs sont donc beaucoup plus statiques que dans la chasse aux chiens.

Par analogie avec les préoccupations courtoises, l’objet de la chasse est moins la capture du gibier que sa quête, sa poursuite. La littérature courtoise fait du binôme chien-oiseau un véritable couple et traite du thème de la chasse comme d’une métaphore des rapports homme-femme. L’homme y est associé tantôt au faucon, tantôt à la proie, quand le chien est, au contraire, plus emblématique de la dame.

Notices

Ms 6529 Pau - F°9r : Lapin
Notice iconographique
Gaston III (comte de Foix ; 1331-1391)
Ms 0001-2 Bordeaux - F°236v : Lettrine
Notice iconographique
Ms 0355-1 Bordeaux - F°15 : Scène de jugement ; Arbres ; Lettrine
Notice iconographique
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0730 Bordeaux - F°78 : Assassinat des ambassadeurs Romains par les Fidénates
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)

Albums

ms6529_Pau
ms0001-1_Bordeaux
ms0001-2_Bordeaux
ms0355-1_Bordeaux
ms0355-2_Bordeaux
ms0355-3_Bordeaux
ms0730_Bordeaux

Bibliographie

BORD Lucien-Jean et MUGG Jean-Pierre, Dictionnaire de cynégétique, Paris, Gerfaut/Geuthner, 2004

BORD Lucien-Jean et MUGG Jean-Pierre, La chasse au Moyen Âge : Occident latin, VIe – XVe siècle, Paris, Gerfaut, 2008

BUGNION Jacques, Les chasses médiévales : le brachet, le lévrier, l’épagneul, leur nomenclature, leur métier, leur typologie, Gollion, Infolio, 2005

CHASTEL André (Dir.), Le château, la chasse et la forêt, Bordeaux, Éditions Sud-Ouest, Les cahiers de Commarque, 1990

GRANDET Mathieu et GORET Jean-François (Dir.), Échecs et trictrac : Fabrication et usages des jeux de tables au Moyen Âge. Catalogue de l’exposition présentée du 23 juin au 18 novembre 2012 au musée du château de Mayenne, Paris, Errance, 2012 

TILANDER Gunnar, Gaston-Fébus : Livre de Chasse, Karlsham, 1971

VERDON Jean, Les loisirs en France au Moyen Âge, Paris, Tallandier, Documents d’histoire, 1980 

VERDON Jean, Le plaisir au Moyen Âge, Paris, Perrin, tempus, 314, 1996 

VERDON Jean, S’amuser au Moyen Âge, Paris, Le Seuil, Points Histoire, 381, 2007 

FEBUS Gaston, Le Livre de Chasse de Gaston Phébus, Paris, Bibliothèque de l’Image, 2002