Écla Aquitaine
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La société

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Le mariage

Rites et sacrement

Aux XIIe et XIIIe siècles, les quatre premiers conciles de Latran précisent les règles de congruité du mariage et définissent le statut matrimonial. Ils précisent les règles concernant les liens de parenté, prohibant le mariage jusqu’au quatrième degré (arrière-arrière grand-père commun). Ils interdisent le mariage aux clercs ordonnés. Enfin, ils font du mariage un sacrement.
C’est à cette époque que se forme l’essentiel du droit matrimonial. Vers 1140, Gratien consacre une part de son Décret (somme du droit canonique médiéval) au mariage, valorisant notamment l’union charnelle, sans laquelle le mariage ne peut être « parfait ». Il y pose également diverses questions concernant l’âge, la liberté de choix du conjoint, la monogamie, le mariage avec des non-chrétiens, la fidélité conjugale, la procréation, etc.

La cérémonie

Désormais, le mariage nécessite la bénédiction de l’Eglise. La cérémonie du mariage proprement dite est bien connue, notamment à partir du XIIIe siècle, grâce aux illustrations des manuscrits. Ces images témoignent toutefois du quotidien d’une portion aisée de la société et ne donnent ainsi qu’une idée partielle de la réalité.
Les fiancés se rendent à l’église, accompagnés de leurs parents et proches et de musiciens. Chacun est vêtu selon son rang et sa fortune. Il n’y a pas de tenue spécifique ni de couleur prescrite aux mariés, mais certaines régions méridionales manifestent une préférence pour le rouge, réminiscence d’un passé romain.
Au seuil de l’église, le cortège nuptial est accueilli par le curé qui y préside alors la cérémonie. Elle se déroule en général à l’extérieur, sous le porche. De part et d’autre de l’officiant, les époux échangent leur consentement ; chacun leur tour, à la formule Ego, do corpus meum (« Je te donne mon corps. »), l’autre répond Recipio (« Je le reçois. »). L’époux se place traditionnellement à la droite du prêtre, mais le Mariage de la Vierge des Heures à l’usage d’Evreux présente la particularité de situer Marie à la droite de l’officiant ; il faut certainement voir ici une adaptation contextuelle du thème due à la présence de la Vierge, à qui est donnée la place d’honneur.
Après quoi, le prêtre bénit les nouveaux époux, étendant sur eux son étole. Il bénit aussi l’alliance, qu’il remet ensuite à l’époux. Ce dernier passe alors l’anneau nuptial successivement au pouce, à l’index et au majeur de son épouse en disant solennellement Au non du Père, du Fils et du Saint-Esprit, puis il le passe définitivement à son annulaire en concluant par Amen. C’est ce dernier moment de la remise de l’anneau qui est le plus souvent utilisé pour représenter le mariage. Réservé à l’épouse, l’anneau est le symbole de l’union des époux.
Mais, un autre rite peut aussi être employé, qui se retrouve également dans l’iconographie et notamment dans deux enluminures de notre catalogue. Il s’agit de la jonction des mains. Le père de l’épouse puis l’officiant maintiennent les mains des deux époux fortement jointes. Ce rite ancien représente symboliquement le don par un père de sa fille à son époux. Le geste était originellement accompli par le père de la mariée avant que le prêtre ne le remplace, une fois le mariage devenu sacrement.

À partir du XIIe siècle, on trouve trace d’un rituel nuptial complémentaire se déroulant à l’intérieur de l’église et prenant place à la fin de la messe. À proximité d’un autel, l’officiant bénit les mariés agenouillés en récitant un texte de la Bible ouverte sur l’autel, tandis que deux assistants tendent une étoffe blanche au-dessus du couple. Cette habitude semble être tombée en désuétude à la fin du Moyen Âge dans les milieux princiers mais être restée en usage ailleurs.

Punir l’adultère

Le mariage n’est pas que chose privée, mais aussi sacrement de l’Eglise et institution sociale. Les entraves à ses règles constituent donc aussi des outrages condamnés par la société, qui prend en charge les châtiments consécutifs. Il en va ainsi de l’adultère, qui doit être connu de tous. C’est ce dont témoigne une miniature des Coutumes d’Agen (F°39v), dans laquelle le couple adultère est exhibé nu, défilant dans les rues de la ville, soumis aux invectives et aux dérisions de la foule.

Albums

ms0042_Agen
ms0171_Périgueux
ms0730_Bordeaux
ms1780_Bordeaux

Bibliographie

DUBY Georges, Le chevalier, la femme et le prêtre : le mariage dans la France féodale, Paris, Hachette, La force des idées, 1981

GRATIEN, Jean WERCKMEISTER (Trad.), Décret de Gratien, causes 27 à 36 : le mariage, Paris, éd. Du Cerf, Sources canoniques 3, 2011

LE BRAS Gabriel, « Le mariage dans la théologie et le droit de l'Église du XIe au XIIIe siècle », in Cahiers de Civilisation Médiévale, 11e année (n°42), Avril-juin 1968, pp. 191-202 : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ccmed_0007-9731_1968_num_11_42_1444

MOLIN Jean-Baptiste, Le rituel du mariage en France du XIIe au XVIe siècle, Paris, Beauchesne, Théologie historique, 26, 1974

TEYSSOT Josiane (Dir.), Le mariage au Moyen Âge (XIe – XVe siècles). Actes du Colloque de Montferrand du 3 mai 1997, Clermont-Ferrand, Université Blaise-Pascal, 1997