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La société

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La mort, les morts

Les représentations de la mort au cours du haut Moyen Âge semblent traduire une perception sereine de ce long sommeil préparant à la résurrection. C’est à partir du XIIe siècle que se dessine une vision plus dramatique, plus individuelle et plus immédiate du trépas et du jugement. Cette tendance va s’accentuant à la fin du Moyen Âge, dans la multiplication des thèmes macabres et des cérémonies funéraires, dans les images de corps affligés ou décharnés, dans celles de la mort personnifiée…
Ainsi, on ne s’étonnera pas de trouver l’essentiel des miniatures se rapportant à la mort, dans les manuscrits du catalogue postérieurs au XIIe siècle. Certains épisodes du Nouveau Testament fournissent une première catégorie d’images canoniques, la Crucifixion et la Dormition, qui illustrent la mort du Christ et celle de la Vierge, et le Jugement dernier. À bien y regarder, dans le premier cas il s’agit plus précisément de l’image du sacrifice, de la réalité de la mort et des souffrances du corps qui précèdent le trépas. Le Christ meurt sur la croix pour racheter les péchés de l’humanité, en prévision du Jugement dernier. Dans le second cas, il s’agit de l’illustration du moment qui succède au trépas ainsi que de la commémoration du défunt. Le Jugement Dernier, quant à lui, annonce la fin des temps et la résurrection des morts ainsi que leur jugement par Dieu lors de la Parousie. Il induit une mort conçue comme un long sommeil et promeut le culte des défunts en préparation du Jugement.

Mais, on s’aperçoit qu’au delà de la mort elle-même et des souffrances du trépas, nombre de ces images évoquent les morts. Par effet miroir, elles témoignent donc surtout des vivants et de la vie. Le culte des morts, leur commémoration revient à constituer un échange constant entre les vivants et les morts, à tisser des liens entre le monde d’ici-bas et l’au-delà.
À partir du XIIIe siècle, à côté des représentations sans complaisance de la réalité de la mort, l’enluminure illustre certains thèmes littéraires et moraux tels que le Dit des trois morts et des trois vifs ou les danses macabres. Sur le mode du Memento mori, cette imagerie moralisante encourage les lecteurs à se souvenir de la vanité de leur existence terrestre, quelle que soit leur condition, au regard du jugement divin. On y trouve représentés des vivants confrontés à la fréquentation de la mort ; une mort personnifiée, qui paraît sous forme de squelettes ou sous les traits de transis (cadavres montrant les premiers signes de la putréfaction). Cette iconographie, très présente dans les manuscrits de dévotion privée, prépare les vivants à la mort et traduit les préoccupations individuelles d’une société de la fin du Moyen Âge soucieuse de son salut.
La confrontation avec la mort passe aussi par la préparation matérielle de sa propre mort et la mise en ordre de ses affaires au profit de ses héritiers. C’est ce sur quoi insistent deux miniatures des Coutumes d’Agen. Ici, c’est la réalité quotidienne de la mort qui est donnée à voir au lecteur. Dans un cas, le mourant est allongé dans son lit où il rédige son testament. Dans l’autre cas, un homme moins avisé ou pris par surprise par la mort gît sur son lit sans avoir testé, plaçant sa veuve dans l’embarras.
La fréquentation des morts passe aussi par leur culte. Le rite funèbre tout d’abord se déroule en plusieurs étapes. À sa mort, le défunt bénéficie de rites funéraires domestiques. Cousu dans son linceul (drap de son lit), il est ensuite transporté sur un brancard dans une procession qui le conduit de sa demeure à l’église, où se déroule la célébration funèbre. Puis, à la suite de l’Office des morts, le cortège funéraire gagne le cimetière où une dernière bénédiction, l’absoute (prières récitées par le clergé autour du cercueil), est donnée au défunt.
Le corps du défunt est inhumé à même la terre ou dans un cercueil, couché sur le dos, face tournée vers le ciel, la tête posée sur un oreiller. Son costume dépend de son statut. On distingue les inhumations habillées (gens d’Eglise, nobles ayant pris l’habit avant de mourir, princes rois, gens riches), des inhumations de l’homme ordinaire qui reposait nu sous son linceul. En pratique, encore au XIIIe siècle, le simple laïc emporte parfois dans sa tombe quelques objets profanes.
La commémoration des morts, à travers leur dépouille, est ensuite assurée par les familles elles-mêmes et par les communautés religieuses à la demande des familles aisées. La date de la mort, tient lieu de date anniversaire ; elle figure dans l’obituaire, livre d’enregistrement des morts.

Notices

Ms 0095 Bordeaux - F° 21v : Christ en croix ; Lettrine ; Décor végétal
Notice iconographique
Ms 0730 Bordeaux - F°157 : Les Samnites apportent à Rome le corps de Brutalus Papius
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)

Albums

ms0042_Agen
msAA01_Libourne
ms0509_Pau
G903_AD33
H641_AD33
ms0094_Bordeaux
ms0095_Bordeaux
ms0730_Bordeaux
ms1780_Bordeaux

Bibliographie

ARIES Philippe, Essais sur l’histoire de la mort en Occident du Moyen Âge à nos jours, Paris, Le Seuil, Points Histoire, 1975

ALEXANDRE-BIDON Danièle, La mort au Moyen Âge (XIIIe-XVIe siècles), Paris, Hachette Littératures, La vie quotidienne, 1998

ALEXANDRE-BIDON Danièle et TREFFORT Cécile (Dir.), À réveiller les morts : La mort au quotidien dans l’Occident médiéval, Lyon, Presses Universitaires de Lyon / Association des amis des bibliothèques de Lyon, 1993

SCHMITT Jean-Claude, Les revenants : les vivants et les morts dans la société médiévale, Paris, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1994

TREFFORT Cécile, « Les lanternes des morts : une lumière protectrice ? », Cahiers de recherches médiévales, 2001. En ligne : http://crm.revues.org/393