Écla Aquitaine
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La société

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Les armoiries dans les manuscrits

Marque de possession

Les armoiries sont avant tout des images qui témoignent d’une identité. En ce sens, apposées au sein d’un manuscrit, elles peuvent jouer le rôle de signatures ou de marques de propriété. On les trouve ainsi employées sur divers supports et objets, éléments de mobilier, etc. Elles peuvent alors désigner le commanditaire de l’œuvre, son récipiendaire, voire certains de ses possesseurs successifs. Dans ce dernier cas, on observe deux pratiques : juxtaposition et superposition des armoiries. La juxtaposition consiste à intégrer les armoiries du nouveau propriétaire au sein de la mise en page de sorte que celles des anciens propriétaires restent visibles. La superposition consiste à remplacer les armoiries d’un propriétaire antérieur par celles d’un nouveau. Dans ce dernier cas, la volonté de s’attacher la propriété d’un manuscrit est plus évidente. C’est ce que l’on observe au bas du F°1 du Pontifical à l’usage de Périgueux (Ms 0171 Pe´rigueux) présent dans le catalogue ; les premières armoiries ont été remplacées par surcharge, mais restent visibles par transparence au verso du feuillet. Dans la miniature, on retrouve les anciennes armoiries, sur la draperie du prie-Dieu.
Ces armoiries figurent alors de préférence dans des feuillets qui souligneront la qualité du possesseur ou qui rendront plus particulièrement visible son image. On les trouvera ainsi par exemple au début d’un texte majeur ou au sein d’un calendrier, le mois de la fête du saint patron du possesseur. Elles figurent, pour l’essentiel, dans les marges, sur des écus intégrés au décor feuillagé, isolés dans des médaillons ou portés par des personnages. Ailleurs, les écus armoriés permettant d’identifier un possesseur du manuscrit figurent parfois au sein même des miniatures. On les trouve alors sur des éléments du mobilier, comme des draperies, ou sur le costume.

Elément de l’iconographie

Mais, en tant que marques d’identité, les armoiries peuvent aussi servir à désigner tel ou tel autre personnage au sein de l’iconographie, participant ainsi à éclairer le lecteur sur le sens de la miniature et éventuellement du texte qui lui est associé. Alors, elles ne se juxtaposent pas simplement au contenu du récit relaté dans le manuscrit, mais s’y inscrivent pleinement. Dans ce cas, elles figurent au sein des miniatures, plus rarement en marge, où elles permettent par exemple de distinguer deux camps dans une scène de bataille, renouant ainsi avec leur fonction originelle. Les armoiries figurent alors sur les écus, les tabards, les étendards... On les trouve aussi sur les besaces des messagers. Ailleurs, elles figurent sur le costume de certains protagonistes, laïcs ou religieux.

Les armoriaux

Certains manuscrits du catalogue appartiennent à une catégorie particulière, qui traite spécifiquement des armoiries. Il s’agit des « armoriaux ». L’héraldique occidentale étant alors organisée, à partir des années 1320 et jusqu’aux environs du milieu du XVIe siècle, de nouveaux acteurs, les hérauts d’armes, entrèrent en scène pour veiller au respect de ses règles. Spécialistes avérés du blason, ils en enrichirent la langue selon les besoins et compilèrent ces armoriaux. La fabrique et l’usage de ces manuscrits s’amplifièrent à la fin du Moyen Âge et à l’époque moderne, avec la création des ordres de chevalerie et les nouveaux enjeux liés aux armoiries. Ces véritables aides mémoire sont des compilations d’armoiries d’une province, d’un ordre de chevalerie, des royaumes... Ils associent systématiquement l’image de l’armoirie avec le nom de son propriétaire et éventuellement des éléments le concernant.
L’époque moderne modifia considérablement le rapport de la société aux armoiries. Le nouvel ordre politique imposa à l’héraldique des codifications et stylisations qui modifièrent ce langage. Cimiers, devises et autres supports, désormais investis de valeurs sensées traduire la hiérarchie sociale, s’accumulèrent autour des écus, eux-mêmes surchargés au gré des alliances et rendus de fait rapidement illisibles. La fonction première des écus armoriés, qui était de permettre à leur propriétaire de se faire connaître ou reconnaître, semble avoir ainsi disparu lentement au profit d’une esthétisation des formes, elle-même soumise aux besoins d’une société aristocratique de cour, sensible à la représentation de la hiérarchie sociale et à celle de son ancienneté dans cet ordre. Les armoriaux ont alors permis de recenser et de classer une part de la société. Ils servirent alors et servent encore aux historiens, aux archéologues, aux historiens de l’art, aux généalogistes, etc. comme sources privilégiées de leurs recherches.

Notices

Pontifical à l'usage de Périgueux
Notice manuscrit
Ms 0423 Bordeaux - F° 115v et 116 : Lettrine ; Armoirie
Notice iconographique
Rome, Gilles de (1247?-1316)
Ms 0730 Bordeaux - F°129 : Duel entre Torquatus et un chef Gaulois
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°142 : Bataille contre les Privenates
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°372v : Réponse du préteur des Achéens
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0819-1 Bordeaux - F°1 : Héraldique et symbole de l'ordre des chevaliers du Saint-Esprit
Notice iconographique
Ms 0819-2 Bordeaux - F° 41 : Armoiries d'Urbain de Laval Bois-Dauphin
Notice iconographique
Ms 0819-3 Bordeaux - F° 115 : Armoiries de Gabriel de Rochechouart de Mortemart
Notice iconographique

Albums

ms0100_Périgueux
ms0171_Périgueux
ms0094_Bordeaux
ms0730_Bordeaux

Bibliographie

PASTOUREAU Michel, Traité d’héraldique, Paris, Picard, grands manuels Picard, Bibliothèque de la Sauvegarde de l'Art Français, 1997

PASTOUREAU Michel, Figures de l’héraldique, Paris, Gallimard, Découvertes Gallimard, 1996

PASTOUREAU Michel, L’art héraldique au Moyen Âge, Paris, Le Seuil, 2009