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La fabrique et l'art du livre

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Les imprimés

L’invention de l’imprimerie au début de la seconde moitié du XVe siècle aurait pu marquer la fin du manuscrit et des arts dont il dépend. Les choses ne furent pourtant pas si évidentes et l’engouement pour le manuscrit dépassa de loin les limites du XVe siècle. Rappelons que, dans les derniers siècles du Moyen Âge, outre ses fonctions usuelles, le livre manuscrit enluminé était devenu pour une part un objet de luxe, un marqueur social et, pour les plus aisés de ses commanditaires, une pièce de collection. On conserve de nombreux exemples de manuscrits enluminés du XVIe siècle et nombre d’entre eux témoignent même des soucis esthétiques propres non plus au Moyen Âge mais bien aux recherches de la Renaissance.
Par ailleurs, les premiers imprimés (incunables) conservent la présentation du manuscrit, seule forme alors concevable. Ils se veulent aussi parfois hybrides. Les enlumineurs se voient alors réservés le soin d’y exécuter les initiales et la décoration marginale. Le parchemin, plus adapté à recevoir la peinture, continue ainsi d’être employé dans les imprimés jusque dans les années 1530. En outre, les caractères typographiques utilisés au cours de cette première période imitent ceux employés à la même époque par les scribes : la gothique de forme est réservée aux textes sacrés et aux ouvrages liturgiques, tandis que les textes en langue vernaculaire et les ouvrages usuels se voient attribués la gothique bâtarde. Ainsi, nombre d’incunables peuvent être confondus, à première vue, avec des manuscrits.
Mais, à l’inverse, une part des imprimés présente, dès le XVe siècle, un aspect très moderne. Les deux incunables des Œuvres d’Ausone de 1472 et 1499, conservés à Bordeaux (inc. 16, 194), témoignent de cette distance prise parfois très tôt avec le livre manuscrit. Ils illustrent aussi la faveur accordée alors par les humanistes aux auteurs classiques. On y remarque l’emploi des caractères romains, qui avaient ressuscité la minuscule caroline, redécouverte justement par les humanistes. Les deux exemplaires offrent des choix de mise en page particuliers, qui rendent l’imprimé de 1472 plus lisible que celui de 1499 : bien que dense, le texte y est plus aéré et clairement structuré par la justification à gauche, par l’emploi de la ponctuation et par l’usage des capitales pour les initiales et pour les têtes de chapitre. On note que l’exemplaire de 1499 présente un titre en caractères gothiques.
On peut chercher à comprendre le déclin du manuscrit enluminé pour diverses raisons dont certaines sont toutefois liées à l’avènement de la typographie. La raison la plus évidente semble venir de ce que l’imprimé répond plus efficacement aux besoins qui ont donné naissance au manuscrit enluminé. La régularité des caractères typographiques assure une meilleure et plus régulière lisibilité, tandis que la multiplication des tirages permet une diffusion plus large des exemplaires donc une transmission accrue de la connaissance et par là même l’assurance de sa conservation en des lieux multiples. La démocratisation de l’usage des livres imprimés s’est accrue avec la réduction du coût de fabrication inhérente à l’emploi systématique du papier. Enfin l’effort de fabrication s’est vu, lui aussi, réduit. Désormais, le labeur du copiste, long, pénible et donnant naissance à un ouvrage unique, laisse place à une fabrication rapide et multiple.

Pourtant, les enjeux techniques et économiques ne sont certainement pas les seuls responsables de la décadence du manuscrit enluminé. L’expansion de l’imprimerie s’accompagna d’autres progrès majeurs pour les arts et leur diffusion, au premier rang desquels ceux liés à la gravure. Ayant connu son premier développement en Allemagne et aux Pays-Bas, elle gagna rapidement l’ensemble de l’Occident et participa largement la diffusion des formes artistiques nouvelles.

Notices

Opera Ausonii 1499 Oeuvres d'Ausone (1499)
Notice manuscrit
Ausone (0310?-0395?)
Marcadé 71 - Pentecôte et dons de l'Esprit Saint
Notice iconographique
Fonds Marcadé

Albums

ms0509_Pau
inc0016_Bordeaux
inc0194_Bordeaux

Bibliographie

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