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La fabrique et l'art du livre

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Le travail du scribe


Selon les époques, religieux ou laïc, le scribe peut être moine, secrétaire ou employé d’un libraire universitaire.

Le scribe : copiste et éditeur

Les textes des manuscrits sont rarement autographes. Le plus souvent, ils sont issus d’un travail de copie, destiné à enregistrer sur un support pérenne la pensée d’un autre, un texte souvent ancien, issu d’un ou de plusieurs manuscrits, pour mieux le conserver et le transmettre. À première vue, le travail du scribe relève donc davantage de la copie et de la médiation que de la création. On emploie d’ailleurs souvent le terme « copiste » pour l’évoquer. Pourtant, il fournit un véritable travail d’édition, puisqu’il s’agit pour lui de mettre à disposition de ses lecteurs un texte qui soit à la fois lisible par eux et pourtant conforme dans son contenu au texte original.

Concrètement, on observe souvent d’évidentes amputations, améliorations, augmentations du contenu exact du texte d’origine. Cela peut s’expliquer aussi bien par un manque d’attention de la part du copiste que par des modifications volontaires dans son travail de transcription. La façon dont le texte s’inscrit dans la page est constamment renouvelée et adaptée à chaque nouveau manuscrit. Elle est soumise à de multiples contraintes : matérielles (imposées par le volume et par la pratique et les outils de la transcription), économiques, esthétiques (canons, qualités du copiste et goûts du commanditaire), voire liées au texte lui-même (rythme, langues, etc.). Pour répondre à la finalité de lisibilité et au confort de lecture, le copiste doit veiller tout autant à rendre déchiffrable son écriture (signes graphiques) qu’à en permettre une lecture continue, qui n’entrave pas le lecteur dans sa tentative de compréhension du texte.


La réglure et le texte

Afin de bien comprendre la difficulté du travail de transcription, il suffit de partir du support sur lequel travaille le scribe. [lien vers le texte sur la fabrication du livre : division du codex en cahiers composés de bi-feuillets]. Le cahier composé de bi-feuillets induit un travail d’écriture discontinue ; le copiste ne peut écrire comme on rédige une lettre. Avant de poser le texte sur la page, il doit donc avoir déjà conscience du positionnement de ce texte dans la page. Pour y parvenir, il compose la page au préalable au moyen de la réglure, c’est-à-dire en marquant visuellement les frontières de son texte : lignes d’écriture (lignes horizontales) et cadre d’écriture (lignes verticales). Ces limites définissent également les marges et situent les espaces dédiés à l’enluminure.
A partir du XIIe siècle, les lignes de réglures sont tirées à l’aide d’une mine de plomb ou d’argent ; jusque-là, elles l’étaient à l’aide d’une pointe sèche, qui ne laissait aucune marque de couleur sur les feuillets et présentait l’avantage de marquer d’un même geste le recto et le verso du support. En comparaison, l’emploi de la mine de plomb ou d’argent oblige à exécuter un travail double.
A l’époque gothique, dès la fin du XIIe siècle, le mode de tracé des réglures évolue encore. Désormais, les lignes sont souvent réalisées au moyen d’une encre diluée ou à l’aide d’une couleur. Dès lors, les guides de l’écriture ressortent davantage sur le support et apparaissent comme un modeste décor.

Le copiste peut ensuite transcrire son texte qu’il tente de justifier, c’est-à-dire d’adapter le plus régulièrement au cadre défini par la réglure. Pour y parvenir, il est conduit à adapter la forme du texte en intégrant des abréviations, en jouant sur les espaces blancs ou en faisant varier la régularité du tracé des lettres par compression ou dilatation. La gestion du dernier mot de la ligne joue un rôle important dans la double préoccupation d’une régularité formelle du texte et de sa lisibilité ; ce mot peut dépasser dans la marge (inscrit en entier ou complété dans la marge et rejeté au-dessus ou en dessous de la ligne), être reporté en entier à la ligne suivante, coupé au niveau de la ligne de justification et repris au début de la ligne d’écriture suivante ou être abrégé.

 

Les outils du scribe

Malgré les nombreuses miniatures conservées représentant le scribe au travail, notre connaissance précise de ses gestes et de son attitude au moment de la transcription reste imprécise. Il semble que, jusqu’au XIVe siècle, le document à copier soit placé sur un plan incliné (un lutrin par exemple) ou sur une table horizontale. L’usage d’un mobilier incliné suppose que le traçage des lettres soit réalisé à main levée, particulièrement adapté au tracé des écritures ornées de pleins et de déliés. D’après les miniatures du XVe siècle, les scribes écrivent alors plus fréquemment sur une surface horizontale, la main posée.

Comme instrument d’écriture, les scribes disposent du stylet, de la mine de plomb ou d’argent, du calame et de la plume. Le stylet est réservé à l’écriture sur des tablettes de cire, qui sont utilisées comme supports pour les brouillons. La mine s’emploie surtout pour tirer des lignes de réglure, voire pour noter des indications pratiques ou pour transcrire des textes. Les deux ustensiles servant ordinairement à la transcription sont le calame et la plume. Le calame est un roseau taillé ; connu depuis l’Antiquité, il est encore en usage au XVe siècle. La plume est d’ordinaire une plume d’oie, dont le tuyau subit un ébarbage et dont la pointe est fendue en deux pour faciliter sa course sur le support. A l’époque gothique, cette partie pointue est biseautée à gauche, de manière à faciliter le traçage des lettres.

En raison de la taille précise de la plume ou du calame pour une bonne écriture, il arrive que les copistes fassent des essais sur les feuillets même des manuscrits. Nombreux témoignent encore de ces essais : répétitions de même lettres, de mêmes syllabes ou de mots identiques, production d’arabesques, transcription du mot probatio (essai) ou d’une citation, d’un adage, voire d’une courte prière. On les trouve le plus souvent sur le bord du feuillet ou sur des espaces appelés à disparaître une fois le codex réalisé.
L’encre présente généralement une teinte noire ou brune. Elle est fabriquée à partir de noix de galle ou de sulfate de fer délayé dans un liquide acide (vinaigre, etc.). Quand elle contient de la gomme arabique (liant), elle doit être réchauffée au moment de son utilisation dans la corne où elle est versée. Une encre rouge composée à base de minium sert également dans l’élaboration du manuscrit médiéval. Elle est utilisée pour mettre en évidence certains éléments du texte (rubriques, citations, etc.), mais a parfois servi également au traçage de la réglure.

Notices

Ms 0021 Bordeaux : F°165 : Judith et Holopherne
Notice iconographique
Ms 0022 Bordeaux - F°39v et 40 : Lettrines
Notice iconographique
Ms 0023 Bordeaux - F°41v : Lettrine
Notice iconographique
Grégoire I (pape ; 0540?-0604)
Ms 0049 Bordeaux - F°101v et 102 : Lettrines
Notice iconographique
Ms 0050 Bordeaux - F°96 : Lettrine
Notice iconographique
Ms 0812 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Ms 0730 Bordeaux - F°10v : Prise de la tour de Rome par les Sabins
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0171 Périgueux - F°77v : Décor végétal ; Lettrine, bénédiction du font baptismal
Notice iconographique
Ms 0709 Bordeaux - F°92 : Lettrine
Notice iconographique
Séville, Isidore de (saint ; 0560?-0636)

Albums

ms0171_Périgueux
ms0094_Bordeaux
ms0730_Bordeaux

Bibliographie

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FEBVRE Lucien et MARTIN Henri-Jean, L’apparition du livre, Paris, Albin Michel, L’évolution de l’humanité, 1958 

GEHIN Paul (Dir.), Lire le manuscrit médiéval : observer et décrire, Paris, A. Colin, Collection U, 2005 

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MORTET Charles, Le format des livres. Notions pratiques suivies de Recherches historiques, Paris, Edouard Champion, 1925 

MUZERELLE Denis, Vocabulaire codicologique : répertoire méthodique des termes français relatifs aux manuscrits, Paris, Editions CEMI, Rubricae, 1, 1985 

PALAZZO Eric, Histoire des livres liturgiques : Le Moyen Âge. Des origines au XIIIe siècle, Paris, Beauchesne, 1993 

ZERDOUN BAT-YEHOUDA Monique, Les encres noires au Moyen Âge (jusqu’à 1600), Paris, C. N. R. S., 1983