Écla Aquitaine
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La fabrique et l'art du livre

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La chaîne opératoire

Le codex est un recueil de cahiers reliés, eux-mêmes formés par la pliure d’une ou de plusieurs feuilles, cousus les uns aux autres de façon à obtenir des pages individuelles de même format. La plupart de ces pages reçoivent du texte et des enluminures. L’élément essentiel du codex est donc le support, parchemin ou papier.

Le parchemin provient d’une peau d’animal (porc, veau, mouton, chèvre, âne, cheval). Il reçoit une dénomination spécifique selon l’espèce animale dont il est issu, suivant l’âge de la bête ou encore en fonction du traitement que la peau a subi ; on parle ainsi de vélin pour un parchemin obtenu par le traitement de la peau d’un veau mort-né ou abattu peu après sa naissance.
Une fois la peau choisie, elle est épilée. Pour faciliter l’arrachement du pelage, la peau est préalablement plongée dans le pelain (bain de lait de chaux). Puis, la peau est écharnée, c’est-à-dire raclée du côté chair, afin de la débarrasser des résidus carnés, souvent graisseux. Vient ensuite le ponçage, plus énergique du côté poil que du côté chair. Dans les derniers siècles du Moyen Âge, la technique du ponçage a atteint un tel degré de qualité qu’une peau de mouton (matière un peu grossière et assez bon marché) présente toutes les apparences d’une peau de veau. Enfin vient le séchage de la peau, tendue à cet effet sur des cadres dénommés herses ou châssis.

Quant à lui, le papier est un produit manufacturé, entièrement dû à l’industrie de l’homme. Au Moyen Âge, la pâte à papier est obtenue par le battage de vieilles étoffes. Après dilution à l’eau, elle est répandue sur un moule (forme) laissant s’écouler l’eau tout en retenant la cellulose, substance organique constitutive du papier. Une fois cette opération effectuée, on retire la feuille de papier de la forme et on la dispose sur une pièce d’étoffe (feutre). La feuille présente alors une face lisse (endroit ou côté feutre) et une face plus rugueuse (envers, côté trame ou côté forme). Pour atténuer cette différence et rendre la surface plus apte à recevoir de l’encre ou de la couleur, intervient ensuite le glaçage : lissage au moyen d’un polissoir ou d’une pierre d’agate.
A partir de la fin du XIIIe siècle, les papiers fabriqués en Occident comportent une marque de manufacture (le filigrane), constituée par l’empreinte pratiquée dans le papier par un fil métallique attaché aux fils de la forme. Le filigrane représente une figure quelconque, dont les sujets sont très variés : objet familier (un cor, une clef, une balance, etc.), tantôt une figure symbolique (fleur de lis, agneau, tour, croix, etc.), tantôt une lettre ou les initiales de nom de famille. Souvent il combine plusieurs de ces systèmes.
Habituellement, un manuscrit médiéval est entièrement constitué de parchemin ou de papier. Cependant, on rencontre des cas de manuscrits hybrides, qui s’expliquent par l’union de feuillets d’origines différentes, le renforcement de certaines parties des cahiers, la mise en valeur de certaines parties du codex…

Quel que soit le support choisi, vient ensuite l’opération du pliage. Les feuillets sont alors pliés une ou plusieurs fois afin d’obtenir le format souhaité pour le manuscrit. C’est à ce stade de la confection du manuscrit qu’interviennent les scribes et autres enlumineurs, au sujet desquels sont consacrés les dossiers suivants.

À la suite du travail d’écriture et d’ornementation des feuillets, ceux-ci sont enchâssés, cousus conjointement et simultanément au nerf par le relieur pour former des cahiers, unités de construction de tout ouvrage relié. Afin que ne se produisent, au moment de la reliure, des interversions dans l’ordre des cahiers, différents procédés de contrôle et d’agencement ont été développés. Le plus connu est celui de la réclame : groupe de mots ou de lettres que le copiste trace au bas de la face verso du dernier feuillet d’un cahier et qui constitue les premiers mots ou premières lettres du cahier suivant. Mais, le moyen le plus ancien, utilisé depuis l’Antiquité, consiste en la numérotation de chaque cahier.

Pour pallier toute éventuelle interversion des feuillets dans un même cahier, ce procédé est couplé à un système de numérotation double, semble-t-il à partir du XIIIe siècle, au moment où, le nombre d’intervenants se multipliant (copistes, rubricateurs, dessinateurs de lettres, enlumineurs), croissaient également les risques de désordres dans les feuillets. La modalité de numérotation la plus répandue consiste à combiner une lettre, qui numérote le cahier, et un chiffre romain minuscule, qui renvoie à la position du feuillet dans le cahier.

La dernière opération participant à la préparation du manuscrit médiéval est la reliure, c’est-à-dire l’assemblage des différents cahiers du codex et leur protection par des plats et un dos. Au cours du temps, le manuscrit a souvent perdu sa reliure originelle, celle-ci ayant rempli son office protecteur. Endommagée par les transports, les modes de conservation parfois indélicats et la simple consultation de l’ouvrage, elle a perdu le plus clair du temps toute efficacité et tout aspect esthétique. C’est ainsi qu’elle fut souvent remplacée par une nouvelle reliure, efficiente et mise au goût du jour.

L’habillage du livre était ordinairement réalisé au moyen de peaux de suidés, voire d’autres genres de cuirs (bœuf, daim, chèvre). Le fondement du plat est constitué de plaques (ais) en bois, sur lesquelles sont clouées lesdites peaux (couvrures) au moyen de clous à grosse tête (bouillons) destinés à protéger la couvrure des frottements. Ce dispositif de protection est complété par les coins, pièces métalliques fixées aux angles extérieurs des plats. Des fermoirs permettent de maintenir le codex fermé en attachant l’un à l’autre les bords des plats. Les cadres en laiton accueillent le titre de l’ouvrage, protégé par un morceau de corne translucide.

Certaines reliures médiévales ne comportent, en guise de couvrure, qu’une souple enveloppe de parchemin, doublée de toile, quand, à l’inverse, les ais de certains manuscrits particulièrement riches peuvent comporter des plaques d’ivoire travaillé ou de métal gravé, émaillé et rehaussé de cabochons en pierre semi-précieuse ou précieuse.
La qualité artistique de certaines couvrures laisse penser qu’elles n’étaient pas forcément réalisées dans le même atelier que le reste du manuscrit. Certains plats pouvaient également provenir de remplois de diptyques en ivoire antiques ou de manuscrits médiévaux plus anciens.

Notices

Processus contra omnes fugitivos civitatis Barbastri Procès contre les contumax de Barbastro
Notice manuscrit
Opera 1472 Oeuvres (1472)
Notice manuscrit
Ausone (0310?-0395?)
Ceremoniale Carmelitarum excalceatorum conventus Visitationis Burdigalensis Cérémonial à l'usage des Carmes déchaussés du couvent de la Visitation de Bordeaux
Notice manuscrit
Rousselet, Jean-Pierre (1677-1736)
Cartulaire et statuts de la ville de Libourne, dit "Livre velu"
Notice manuscrit
Ms 0616 Bordeaux : Perspective, mesures
Notice iconographique
Francesca, Piero della (1416?-1492)
Ms G903 Bordeaux : Lettrines bleues et rouges
Notice iconographique

Albums

msAA01_Libourne
G903_AD33
inc0016_Bordeaux
ms0001-1_Bordeaux
ms0001-2_Bordeaux
ms0094_Bordeaux
ms0095_Bordeaux
ms0616_Bordeaux
ms1130_Bordeaux
ms1780_Bordeaux

Bibliographie

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FEBVRE Lucien et MARTIN Henri-Jean, L’apparition du livre, Paris, Albin Michel, L’évolution de l’humanité, 1958 

GEHIN Paul (Dir.), Lire le manuscrit médiéval : observer et décrire, Paris, A. Colin, Collection U, 2005 

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MORTET Charles, Le format des livres. Notions pratiques suivies de Recherches historiques, Paris, Edouard Champion, 1925 

MUZERELLE Denis, Vocabulaire codicologique : répertoire méthodique des termes français relatifs aux manuscrits, Paris, Editions CEMI, Rubricae, 1, 1985 

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ZERDOUN BAT-YEHOUDA Monique, Les encres noires au Moyen Âge (jusqu’à 1600), Paris, C. N. R. S., 1983