Manuscrits Médiévaux d’Aquitaine

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La société / Se vêtir

Des vêtements stéréotypés

Les manuscrits médiévaux fourmillent de miniatures qui permettent de découvrir l’univers vestimentaire des hommes, des femmes et des enfants de cette époque. Toutefois, nombre d’entre elles ne témoignent pas de la réalité des costumes du Moyen Âge, mais font appel à des modèles stéréotypés, quand il s’agit, par exemple, de représenter « l’étranger ». C’est ainsi que « l’africain » figurant au F°40v du livre III des Devoirs de Cicéron (Ms 0991 Bordeaux, XVe siècle), est représenté barbu, coiffé d’un turban et portant une cape par dessus une longue tunique, qui laisse entrevoir la garde d’un sabre. Cette même iconographie empreinte d’exotisme est largement employée pour représenter les Mages de l’Adoration ou saint Joseph et plus généralement « l’oriental », c’est-à-dire l’homme de l’Afrique ou du Proche-Orient.

D’autres miniatures font preuve d’anachronismes, mêlant des personnages vêtus à l’antique et d’autres vêtus à la mode du temps. C’est le cas par exemple lorsque le commanditaire d’un manuscrit est représenté au sein d’un épisode biblique, à l’instar de Philippe de Lévis qui figure en orant au pied de la Croix au F°5 d’un Pontifical à son usage, daté du XVIe siècle (Ms 1859 Bordeaux). Dans cette illustration, l’ancien évêque de Bayonne arbore un habit d’apparat richement orné (mitre et chape aux ornements d’or), caractéristique de ceux de son temps, tandis que la Vierge et saint Jean, de façon traditionnelle, sont vêtus à l’antique (tunique et manteau). On les trouve également représentés ainsi, par exemple, au troisième quart du XIIIe siècle dans des Concordances de la Bible (Ms 0013 Bordeaux F°1r).
Ces habits « à l’antique » sont inspirés de ceux portés dans l’Antiquité gréco-romaine et dont l’image plus ou moins stéréotypée s’était transmise jusqu’au Moyen Âge et par lui à la Renaissance, qui en fit grand usage dans ses œuvres ; on en trouve un bel exemple dans la représentation de Dieu créant Eve, qui figure au F°31 d’un manuscrit du troisième quart du XIIe siècle (Ms 0112 Bordeaux). Mais, si la tunique ou la robe portées sous un large manteau sont caractéristiques du monde gréco-romain, d’autres formules inspirées de la tradition byzantine se sont diffusées à partir du XIe siècle en Occident. La tenue d’Esther, au F°322 de la Bible de la Sauve-Majeure (Ms 0001-2 Bordeaux), manuscrit normand du dernier quart du XIe siècle, illustre cette filiation. Le galon inférieur du manteau et la couronne sont ornés des mêmes perles et ornements que ceux connus dans les images italo-byzantines.

 

Notices

Ms 0013 Bordeaux - F° 1r : Religieux devant la Vierge à l'Enfant ; Crucifixion
Notice iconographique
Le Mangeur, Pierre (1100?-1179?)
Ms 0991 Bordeaux - F°40v et 41 : Lettrine ; Décors végétal ; Africain
Notice iconographique
Cicéron (0106-0043 av. J.-C.)

Albums

ms0001-1_Bordeaux
ms0001-2_Bordeaux

Composition et évolution du costume religieux

Tradition et règlementation

Au F°260 de la Bible de la Sauve-Majeure (Ms 0001-2 Bordeaux, dernier quart du XIe siècle), l’image de saint Jérôme témoigne de la réalité du costume sacerdotal en Occident jusqu’à cette époque. Le Père de l’Eglise est ici vêtu d’une aube, d’une dalmatique, d’une étole et d’une chasuble ovale. Vêtement de dessus porté à l’origine par les laïcs, la chasuble avait intégré le costume religieux dès le VIe siècle. La dalmatique est une sorte de longue tunique ; initialement commune aux deux sexes et appartenant aux habits civils, elle était devenue depuis le VIIe siècle le vêtement réservé aux diacres et sous-diacres, avant de devenir également une pièce de l’habillement des évêques.
Du moins, cette image nous montre-t-elle ce que l’Eglise reconnaît alors comme étant le vêtement sacerdotal, mais on sait qu’au XIIe siècle les vêtements du clergé ne diffèrent guère des habits longs que portent les laïcs de condition comparable. Il semble fréquent, par ailleurs, que des clercs se comportent et s’habillent alors comme des laïcs. Ces abus vestimentaires sont connus par les règlements et les réprobations qui se multiplient à l’époque contre les clercs ; on leur reproche de se conduire et de se vêtir comme des guerriers et de développer et mettre en œuvre un goût du luxe prononcé.
Le phénomène est suffisamment important pour justifier une réaction de l’Eglise. Fondant son argumentation sur la tradition et la morale, elle développe au cours du XIIe siècle une législation visant à réduire les excentricités vestimentaires de ses membres, en stigmatisant principalement l’usage de riches étoffes et l’emploi de couleurs voyantes. Ces mesures réglementaires touchant au costume permettent aussi à l’Eglise de renforcer la visibilité de sa hiérarchie interne et l’expression du pouvoir en son sein.
Des moines aux évêques, nul n’est épargné par les vigoureuses remontrances de saint Bernard (1090 ?-1153) et les références de Gratien (11 ?-1160 ?) au droit canonique (Ms 0171 Bordeaux, Ms 0397 Bordeaux, fragment Ms 0037, Bordeaux). Mais, malgré l’instauration de sanctions contre les contrevenants, les mauvaises pratiques persistent.

Motivés par la décrétale du pape Grégoire VIII, à partir de 1187 et jusqu’en 1220, se multiplient synodes, conciles et de nombreuses prescriptions visant à préciser les règles générales de la discipline vestimentaire des clercs. Désormais, de façon générale, ces derniers doivent porter des habits fermés et longs et leur sont interdites les étoffes rouges ou vertes, alors jugées luxueuses du fait du coût de leur teinture. Ces caractéristiques générales n’évolueront guère jusqu’à la Renaissance. Mais, au-delà de ces règles et de leur relatif respect dans le cadre strict de la liturgie, il semble que dès le XIIIe siècle le souci de l’apparence et du raffinement ait continué de guider la confection de nombre d’habits cléricaux, par l’emploi de riches étoffes et la multiplication des ornements.


Composition du costume liturgique

Fixé dans ses formes et ses fonctions, le costume liturgique comprend l’aube (long vêtement blanc de dessous), la dalmatique (vêtement long, orné de bandes verticales et d’un galon brodé et dont les manches s’allongent au XIVe siècle) et la chasuble de forme ovale. La chape (manteau), généralement richement ornée, complète le costume des dignitaires (Ms 1859 Bordeaux, F°5, XVIe siècle). Divers accessoires (gants, chaussures, anneau, crosse, tau, manipule, coiffes, etc.) accompagnent ces habits (Marcadé 102). Certains participent à la liturgie tandis que d’autres sont les attributs de certaines fonctions, d’un pouvoir particulier, d’une place précise au sein de la hiérarchie de l’Eglise. Il est difficile de suivre l’évolution précise des innombrables sophistications des accessoires du costume liturgique et ces éléments sont trop nombreux pour être détaillés ici, mais de nombreuses initiales du Pontifical à l’usage de Périgueux (Ms 0171 Périgueux) illustrent parfaitement cette variété ainsi que les usages vestimentaires pendant la seconde moitié du XVe siècle.

Evolution de la mitre

Toutefois, par certains détails, de couleur ou de forme par exemple, ces accessoires témoignent d’une évolution générale du costume du clergé séculier. À ce titre la mitre est particulièrement intéressante. En effet, cette coiffe se transforme totalement au cours du temps, tant dans sa forme que dans la façon de s’en coiffer. Tout d’abord portée indifféremment par les abbés et les évêques, mais aussi par le pape et les cardinaux jusqu’au début du XIIIe siècle, elle devient ensuite plus spécifiquement l’insigne de la dignité épiscopale. Elle n’est pas un accessoire liturgique mais uniquement un symbole de pouvoir, qu’évêques et archevêques portent au cours de leurs interventions, essentiellement dans le monde laïc.
Les mitres à pointes latérales apparaissent vers 1140 et sont attestées jusqu’à la fin du siècle, même si leur emploi semble diminuer à partir de 1175. Encore employées dans les premières années du XIIIe siècle, surtout dans le Midi de la France, elles sont remplacées vers 1225 par la mitre triangulaire classique, dont les pointes (faces) sont placées au-dessus du front et de la nuque. Plusieurs types de mitres triangulaires voient alors le jour et leur emploi varie selon les images qui y sont brodées. Au XIIIe siècle, les faces sont encore relativement droites, peu hautes et triangulaires (Ms 0025 Bordeaux, F°1r, premier quart du XIVe siècle). Au XIVe siècle, les faces ont tendance à devenir plus hautes et à se bomber en s’écartant l’une de l’autre (Ms 0730 Bordeaux, F°192, dernier quart du XIVe siècle). Au XVe et au début du siècle suivant, hautes et bombées, elles prennent une forme pentagonale et leurs sommets ont tendance à se réunir, joints par un bouton d’orfèvrerie (Imp 0509 Pau, F22v, XVIe siècle ; Marcadé 102, XVIe siècle).
Au début du XVe siècle, dans certaines cours, le luxe des vêtements civils s’étend aux ornements liturgiques et particulièrement aux mitres. Dans une richesse extraordinaire, perles et pierres précieuses sont employées à profusion pour l’ornement, mais aussi pour rehausser l’iconographie des mitres historiées.

Le costume monastique

Les nombreux ordres monastiques créés à mesure de la propagation du christianisme ont adopté des règles différentes, imposant à leurs membres une vie et des habits propres à leur ordre. Les bénédictins portent à même la peau une tunique à longues manches (la gonelle), sous une longue robe fendue sur le côté (le froc ou scapulaire) et enfin la chape (Marcadé 83, deuxième quart du XVe siècle). Les cisterciens portent, quant à eux, une robe blanche à larges manches et capuchon (la coule) et le froc pour les travaux ; leurs vêtements ne sont pas teints.
Parmi les ordres mendiants, les franciscains (frères mineurs, cordeliers) se reconnaissent à leur cotte brune ou grise à capuchon, serrée à la taille par une corde (Ms 0025 Bordeaux, F°1r, premier quart du XIVe siècle), tandis que, sous leur chape noire, les dominicains (frères prêcheurs) superposent deux robes de laine blanche.
Les couleurs de l’habit des religieuses rejoignent celles des hommes du même ordre. L’habit féminin se compose de deux tuniques longues et d’une chape. La coiffure est dissimulée sous un voile ou sous un couvre-chef enroulé autour de la tête et retombant sur le cou et la poitrine (la guimpe) (Marcadé 94b, vers 1500).

Notices

Ms 0730 Bordeaux - F°409 : Antiochus épouse la fille d'un citoyen de Calcide
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0171 Périgueux - F°14 : Décor végétal ; Lettrine, la tonsure
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°18v : Décor végétal ; Lettrine, étape du portier
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°21 : Décor végétal ; Lettrine, étape du lecteur
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°23 : Décor végétal ; Lettrine, étape de l'exorciste
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°25 : Décor végétal ; Lettrines, étape de l'acolytat
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°28v : Décor végétal ; Lettrine, étape du sous-diaconat
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°30v : Décor végétal ; Lettrine, étape du diaconat
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°31 : Décor végétal ; Lettrine, étape du presbytérat
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°38v : Décor végétal ; Lettrine, don de l'étole
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°45v : Décor végétal ; Lettrine, prêtres devant un évêque
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°56v : Décor végétal ; Lettrine, célébration de l'Eucharistie
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°61 : Décor végétal ; Lettrine, bénédiction
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°62v : Décor végétal ; Lettrine, célébration
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°68 : Décor végétal ; Lettrine, bénédiction de la Vierge
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°72 : Décor végétal ; Lettrines, bénédiction de l'ostensoir et bénédiction de reliquaires
Notice iconographique
Ms 0171 Périgueux - F°81 : Décor végétal ; Lettrine, bénédiction de l'huile des malades
Notice iconographique

Albums

ms0171_Périgueux
ms0730_Bordeaux

Composition et évolution du costume civil

Jusque vers 1140

Le costume civil du personnage accompagnant saint Jérôme au F°260 de la Bible de la Sauve-Majeure (Ms 0001-2 Bordeaux, dernier quart du XIe siècle), est caractéristique du costume civil masculin depuis l’époque mérovingienne et jusque vers 1140. Il s’agit d’une tunique mi longue à jupe ample (le bliaud), portée sur un caleçon long (les braies) et complétée par un manteau.

Du milieu du XIIe siècle à celui du XIVe siècle

Puis, à partir du milieu du XIIe siècle, les habits longs, jusqu’ici réservés à la cour royale et aux personnes aisées, s’étendirent à l’ensemble de la population laïque. Le Livre des statuts et des coutumes de la ville d’Agen (Ms 0042 Agen, troisième quart du XIIIe siècle) illustre parfaitement ce phénomène mais aussi la simplicité et la sobriété, malgré des couleurs souvent vives, qui caractérisent le costume au XIIIe siècle.
La différenciation entre les sexes est peu flagrante, seulement signalée par la longueur de l’habit féminin, plus importante que chez l’homme. Hommes et femmes portent la cotte, longue tunique aux manches très étroites, passée sur la chemise de dessus. Le surcot, plus ample, se porte sur la cotte. Ses larges emmanchures laissent apparaître les manches étroites de la cotte ; ses manches pendantes soulignent l’importance du personnage par leur amplitude et leurs ornements. Dans cette fin du XIIIe siècle, les manteaux à capuchon (housses) viennent enrichir la garde-robe tant masculine que féminine. On retrouve ces pièces vestimentaires au F°110 de la Glose des Décrets de Gratien (Ms 0397 Bordeaux, XIIIe siècle), où un enfant porte une tenue comparable à celle de l’adulte qui l’accompagne. Cette miniature est aussi l’occasion d’observer la coiffure masculine si particulière aux images des XIIIe et XIVe siècles : une frange bouclée et des cheveux roulés et tombant sur les oreilles encadrent un visage imberbe et délicat.

Le milieu du XIVe siècle : l’habit court

Peu après 1340, cette coupe presque unisexe du costume laisse place à une nouvelle, plus genrée, qui montre et individualise davantage le corps et ainsi la personne. La silhouette est désormais élancée et composée de courbes mises en valeur, comme on peut le voir dans les Décades de Tite-Live, traduites par Pierre Bersuire et abondamment illustrées dans le dernier quart du XIVe siècle (Ms 0730 Bordeaux).
Les femmes portent une robe cousue sur elles, très ajustée sur le buste et au large décolleté. La longue jupe s’évase vers le bas tandis que les manches très étroites s’achèvent par des manchettes débordantes. Par dessus la chemise, les hommes portent désormais un vêtement de dessus, le pourpoint, tombant au niveau des hanches, boutonné sur toute la hauteur et ouvert sur un col haut qui oblige au port d’une coiffure plus courte. Il est cintré à la taille par une lourde et large ceinture. Les chausses, semblables à nos collants actuels, laissent les jambes entièrement visibles. Les chaussures sont très pointues.

Pour autant, le costume long du XIIIe siècle continue d’être porté jusqu’à la fin du XIVe siècle par les hommes d’âge mur de la noblesse et de la bourgeoisie. Mais, au-delà, son usage et son image se perpétuent aussi hors de la norme vestimentaire, par exemple dans les représentations du pouvoir royal. Chacune de ces illustrations inscrit la figure du roi dans une tradition, dans un temps long, et fige en quelque sorte son image, participant ainsi chaque fois à actualiser sa légitimité.
L’habit long est également attaché à certaines professions (gens de « robe »), liées au pouvoir et à son administration ou plus largement à l’autorité (administrative, juridique, professionnelle ou intellectuelle). Les uniformes distinctifs de chacune de ces professions ne se démarquent pas toujours clairement les uns des autres. Certains attributs ou compléments à la garde-robe, tels que des coiffes ou des couleurs particulières, complètent un habit parfois commun à plusieurs professions. C’est ce que permet de voir la miniature du F°79 d’un code Justinien (Ms 0355-3 Bordeaux), où figurent un greffier, un juge et un avocat. Ailleurs dans ce même manuscrit, on aperçoit également des cols et des manteaux doublés d’une fourrure d’écureuil, le vair, représentée par de petits écus blancs et d’usage fréquent dans ce type de costume, à côté de l’hermine.
Un autre type de costume échappe plus largement à la mode, pour d’autres raisons : celui des classes moyennes et pauvres. Il va de soi que le costume populaire, celui du travailleur, qu’il soit masculin ou féminin, répond avant tout à des préoccupations d’ordre pratique. Il doit être solide, permettre une grande aisance de mouvements et doit pouvoir s’adapter à la variété des tâches et des activités, tant au cours d’une même journée qu’au cours des saisons. L’habit court resta donc de mise pour les hommes qui, au-dessus de chausses retenues aux braies et par dessus leur chemise, portaient une cotte serrée à la taille par une ceinture à laquelle pendaient leurs outils. Les femmes portaient une cotte longue, protégée par un tablier en toile.

De la fin du XIVe siècle à celle du XVe siècle

Passée cette véritable révolution de la coupe vestimentaire, c’est le faste, la somptuosité des couleurs, des formes et des matières qui l’emportent dès la fin du XIVe siècle et tout au long du siècle suivant. L’introduction de la houppelande constitue la transformation principale de l’habit du premier tiers du XVe siècle et marque la réapparition d’un vêtement de dessus ample, porté long puis court par les hommes. Trois longueurs de robes se démarquent nettement : longue ou au-dessus du genou (pour l’ensemble de la gente masculine) et courte (réservée aux jeunes hommes) (Marcadé 16). L’actualisation constante et la sophistication des détails font naître des formes diversifiées et extravagantes (manches traînantes, galons crénelés, couvre-chefs, etc.).
À partir des années 1430-1440, le vêtement de dessus, long et ample, est remplacé par la robe, que des plis « en tuyaux d’orgue » participent à rendre proche du corps. Sa longueur allant en diminuant au cours du siècle, les jambes des hommes réapparaissent, gainées de chausses moulantes et les pieds chaussés de poulaines. Les épaules sont élargies par des manches bouffantes, tandis que la coiffe (haut bonnet de feutre ou chaperon) accentue la verticalité de la silhouette. Pour les femmes, la robe est très serrante sur le buste et les bras. Le décolleté en V est barré horizontalement par une pièce de tissu (le tassel). La jupe très ample est prolongée par une traîne, tandis que le hennin (haute coiffe agrémentée de voiles fins), porté au-dessus d’un front dégagé, prolonge vers le haut cette silhouette déjà marquée par la verticalité.
Au cours de la dernière décennie du XVe siècle, les coiffes féminines perdent en hauteur, les manches de la robe s’élargissent. Il en va de même des bonnets masculins qui, en revanche, s’agrémentent d’un spectaculaire panache. Les chaussures s’épaississent, plus larges et arrondies. Ces transformations ainsi que l’apparition des manteaux courts à col large et plat pour les hommes et les robes à décolleté carré pour les deux sexes contribuent à élargir et raccourcir la silhouette.

Notices

Opuscula Choix de textes
Notice manuscrit
Hilaire (saint ; 0315?-0367?)
Justinianus, Institutes ; Digesta, cum gloss. Institutes, Digesta cum glossa tome I
Notice manuscrit
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0094 Bordeaux - F°68 : Décor végétal, animalier, humain et fantastique ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 0355-1 Bordeaux - F°77 : Tribunal de l'Empereur ; Hommes et femme ; Lettrine
Notice iconographique
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0355-1 Bordeaux - F°205 : Empereur présidant la redevance des impôts ; Arbres et rochers ; Lettrine
Notice iconographique
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0355-1 Bordeaux - F°275 : Scène de jugement
Notice iconographique
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0355-3 Bordeaux - F°79 : Un greffier, un juge et un avocat ; Décor ornemental ; Lettrine
Notice iconographique
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0730 Bordeaux - F°18v : Arrivée de Lucumas à Rome
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°26 : Viol de Lucrèce
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°34v : Séparation entre la plèbe et les patriciens
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°192 : Décor végétal et animal ; Lettrines ; Couronnement d'un chef par les évêques ; Ambassade de trois évêques ; Prise d'une ville ; Message remis à un chef
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°257 : Lettre écrite de Sicile par les soldats vaincus à la bataille de Cannes
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°258 : Reddition de Tarente à Hannibal
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°378 : Discours de Caton sur la loi
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°435v : Le consul Fulvius fait miner Ambracie
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0042 Agen - F°22 : Interpellation ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 0042 Agen - F°27 : Prud'hommes d'Agen ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 0042 Agen - F°33v : Lettrine, Mesure de l'huile
Notice iconographique
Ms 0042 Agen - F°50v : Lettrine ; Location des maisons
Notice iconographique
Marcadé 78 - Semeur
Notice iconographique
Fonds Marcadé
Marcadé s.n. - Couronnement de la Vierge
Notice iconographique
Fonds Marcadé

Albums

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ms0355-1_Bordeaux
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ms0355-3_Bordeaux
ms0730_Bordeaux

Composition et évolution de l’équipement militaire

De la fin du XIe au milieu du XIIIe siècle

L’évolution de l’équipement militaire entre la fin du XIe siècle et le milieu du XIIIe siècle avait rendu les combattants méconnaissables, sous le capuchon de maille de leur haubert (cotte de maille) ou derrière le nasal de leur casque. Malheureusement, aucune image du catalogue ne témoigne de cette réalité, qui avait conduit au développement de l’héraldique. Les combattants avaient pris, en effet, l’habitude de faire peindre sur leur bouclier des figures géométriques, animales ou florales de couleurs vives, qui leur serviraient de signes de reconnaissance au cœur de la mêlée.

La seconde moitié du XIIIe siècle

Les F°15v et 82v du Livre des statuts et des coutumes de la ville d'Agen (Ms 0042 Agen) illustrent parfaitement l’état de l’équipement militaire à la fin du XIIIe siècle. Pour le départ pour l’host comme dans le duel ici représentés, tous les combattants portent le haubert, accompagné du collet, de gantelets et de chausses de mailles. Leur corps est ainsi entièrement protégé, mais aussi préservé du frottement des mailles par une doublure d’étoffe ou le port d’une cotte sous le haubert. Nombreux sont coiffés d’un simple casque sans visière ni couvre-nuque (la cervelière) et quelques uns, les chefs militaires, le sont d’un heaume dont le timbre est plat. Très efficace du point de vue défensif, le heaume présente l’inconvénient d’être lourd et incommode de sorte qu’au XIIIe siècle il est abandonné pour les combats, son usage se limitant aux tournois et aux cérémonies, comme ici au F°15v. Dans cette même image, plusieurs soldats ont passé une cotte d’armes (sorte de surcot sans manches) en toile de couleur vive, ceinte à la taille. La tête de la monture d’un des cavaliers est équipée également d’une sorte de cotte de maille.

Armés de lances et d’épées, ils sont pourvus d’un écu (bouclier) portant leurs armoiries ; ces derniers leurs servent à la fois à parer les coups de l’ennemi et à se faire reconnaître des leurs, au cœur de la bataille. L’écu a la forme d’un triangle allongé, de grandes dimensions, parfois légèrement courbé le long de l’axe vertical afin de mieux couvrir le corps.

Ces images traduisent une part seulement de la réalité de l’équipement des hommes d’armes. Coûteux, celui-ci variait en fonction des moyens du combattant d’une part, mais aussi selon sa fonction au sein de la troupe. Cavaliers et hommes de pied ne pouvaient être armés de la même façon, qui plus est au sein de formations composées tant de professionnels de la guerre que de simples recrues levées à l’occasion d’un conflit. Ainsi, les gens de pied, portaient plus souvent comme casque un chapel de fer ou de cuir bouilli et, couvrant leur torse, un gambison (vêtement rembourré d’étoupe ou de filasse) ou une cotte de cuir.

Le XIVe siècle

Les Décades de Tite-Live, traduites par Pierre Bersuire (Ms 0730 Bordeaux), qui relatent les hauts faits de l’histoire de Rome et parmi eux nombre d’épisodes guerriers, témoignent des vêtements défensifs en usage dans le dernier quart du XIVe siècle. Les événements du passé antique y sont transposés dans des costumes, des équipements et des paysages du XIVe siècle.
Désormais, bien que toujours utilisée, la cervelière laisse la place à des casques plus complets. Le chapel de fer se généralise, mais plus encore les protections se multiplient, à l’image de ce que l’on observe aux F°79 et 84 par exemple, où une visière mobile est fixée sur le bacinet (casque) de plusieurs combattants.
Au F°427v, le harnois (armure de la monture) est bien visible. Sous le long caparaçon du destrier de chacun des deux cavaliers se lançant dans la bataille, apparaît une housse, sorte de cotte de maille. Les cavaliers, deux princes, identifiables comme tels à la couronne au cimier de leur bacinet, sont efficacement équipés. Sous une longue et ample cotte d’armes, ils sont protégés par un haubert complété par des plates d’armures, pièces de défense métalliques, façonnées pour s’adapter aux différentes parties du corps et former une carapace pour celles les plus exposées. Ces éléments sont apparus à la fin du XIIIe siècle et, petit à petit, par accumulation, ont fini par recouvrir l’ensemble du corps et aboutir ainsi aux armures complètes du XVe siècle. La majorité des combattants figurés dans ce manuscrit sont équipés de ces plates ; les termes les désignant correspondent à leur emplacement sur le corps : coudières, genouillères, cuissots, collet, gantelets, etc. Les ailettes protègent les épaules, les sollerets les pieds.

Le XVe siècle

Avec la naissance de l’artillerie à poudre au XIVe siècle et la généralisation de son emploi au siècle suivant, l’équipement individuel du combattant devint moins efficace. Pourtant, l’armure continua à se perfectionner, par l’adjonction de pièces défensives et d’articulations qui finirent de lui donner l’aspect d’une carapace d’acier, comme en témoignent le personnage de la marge du F°58v d’un livre d’heures de la fin du XVe siècle (Ms 0094 Bordeaux) ou les anges au F°1 du pontifical à l’usage de Périgueux (Ms 0171 Pe´rigueux, seconde moitié du XVe siècle). Les plastrons bombés protègent désormais le buste. La salade, équipée ou non d’une visière amovible, protège efficacement la nuque et complète la protection de la tête. L’usage du chapel perdure, combiné au gorgerin, pièce métallique protégeant la gorge. Mais une fois encore, les panoplies les plus complètes reviennent aux hommes du commandement, à une époque où les grandes troupes se composent pour l’essentiel d’hommes de pied.

Notices

Ms 0730 Bordeaux - F°15 : Bataille entre les Horaces et les Curiaces
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°30v : Horatius Coclès
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°31 : Caius Mucius Scaevola
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°79 : L'armée de Cornelius Cossus et le roi Tolomnius
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°84 : Combat entre les Romains et les Volsques
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°99 : Prise de Véies
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°107v : Le Capitole sauvé par les oies
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°120v : Le siège de Rome
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°134v : Duel entre Maximus Valerius et un Gaulois
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°427v : Défaite d'Antiochus
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0042 Agen - F°82v : Lettrine ; Duel
Notice iconographique

Albums

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