Manuscrits Médiévaux d’Aquitaine

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Les œuvres de l'esprit / Les domaines de la connaissance

La philosophie

Les sources gréco-latines

La philosophique médiévale a d’abord reposé sur l’étude des textes des autorités de l’Antiquité classique et des auteurs paléochrétiens. Ces œuvres étaient parvenues dans des traductions gréco-latines et arabo-latines. Outre l’étude stricte de ces sources de la tradition gréco-latine et leur transmission par l’enseignement, la philosophie médiévale se constitua aussi par l’établissement de commentaires de cette pensée.
L’œuvre d’Aristote constitue le cœur du corpus de la philosophie grecque transmise au Moyen Âge. La connaissance de son intégralité fut tardive ; jusqu’au milieu du XIIe siècle, on ne connaissait qu’une partie infime de l’œuvre logique (logica vetus : Catégories, De interpretatione, Isagoge de Porphyre, des parties de l’Organon). A la fin du XIIe siècle, de nouveaux éléments furent connus des philosophes occidentaux, qui vinrent compléter l’œuvre logique (logica nova). Rapidement, dès le début du XIIIe siècle, d’autres pans fondamentaux de la pensée aristotélicienne (la Physica, De anima, De Caelo, la Metaphysica, l’Ethique à Nicomaque) se firent jour dans des versions plus ou moins complètes et souvent discordantes. Ces textes parvinrent dans des traductions gréco-latines et arabo-latines. Aux textes anciens, s’ajoutait un corpus important d’écrits apocryphes.
Hormis Aristote, la philosophie antique est largement méconnue au Moyen Âge. Elle est, en outre, accessible essentiellement qu’au travers de sources intermédiaires. Le néoplatonisme n’est accessible qu’à partir du XIIIe siècle, dans des traductions latines de Proclus. Les trois grandes figures qui dominent le néoplatonisme chrétien sont saint Augustin, Boèce et Denys le pseudo-Aréopagite. La christianisation de la pensée gréco-latine passe également par l’intégration et la transmission de sa littérature didactique. Dans cette production qui vise à instruire, les arts libéraux tiennent une place primordiale et font autorité jusqu’à la fin du XIIe siècle. Il s’agit d’un groupe rassemblant les disciplines intellectuelles réputées fondamentales et réparties en deux sous-groupes : le trivium, qui regroupe les disciplines associées à l’art oratoire (grammaire, dialectique et rhétorique), le quadrivium, qui associe les disciplines mathématiques (arithmétique, musique, géométrie, astronomie). Ce programme avait survécu par l’intermédiaire du rhéteur Martianus Capella, au Ve siècle, dans ses Noces de Mercure et de la Philologie.


Les sources arabes et juives

La philosophie médiévale doit probablement autant aux pensées arabe et juive qu’à la tradition gréco-latine. Jusqu’au XIIIe siècle, elles fournirent à la philosophie occidentale des matériaux, des thèmes et des doctrines qui la renouvelèrent et la firent progresser.

La philosophie médiévale juive a rayonné sur le monde latin. Mais, les savants juifs ont aussi assuré, à travers l’Espagne, la première transition de la science aristotélicienne du monde islamique au monde chrétien. La tradition des écrits d’Aristote s’était perpétuée en Syrie et en Irak jusqu’au XIIe siècle, leur conservation ayant été assurée par le passage à l’arabe. Les grands penseurs médiévaux de l’Islam étaient ainsi devenus les mentors des chrétiens d’Occident. Avicenne (980-1037), Algazel (1058-1111) et Averroès (1126-1198) comptent parmi les principaux d’entre eux.
Averroès est ainsi réputé dès le Moyen Âge comme étant le grand interprète d’Aristote, son commentaire essentiel. Le corpus aristotélicien est, en effet, parvenu à l’Occident chrétien par le biais de sources transcrites en arabe et plus largement par des commentaires de ces sources. Des Commentaires (Petits, Moyens et Grands) rédigés par Averroès, tous n’ont pas été traduits en latin, mais l’essentiel en est parvenu. Les Grands Commentaires comptent parmi les textes les plus importants du Moyen Âge, qui furent les fondements de l’aristotélisme scolastique. Ils concernent les œuvres de logique, la Physique, De Caelo, De anima, la Métaphysique.


Les encyclopédies

Les principaux témoins de la christianisation de la didactique romaine sont les Institutiones saecularium litterarum de Cassiodore (v. 490-583) et les Etymologies d’Isidore de Séville (v. 560-636). Les premières constituent une encyclopédie du savoir profane, destinées à l’éducation monastique. Les secondes forment une somme du savoir antique qui servit de modèle à une abondante littérature encyclopédique jusqu’au XIIIe siècle, notamment le De Proprietatibus Rerum de Barthélemy l’Anglais et les Descriptions du monde d’Honorius d’Autun. Ces nouvelles sommes des connaissances humaines constituent essentiellement des compilations dérivant, en plus ou moins grandes proportions, des encyclopédies antérieures.

Notices

Opuscula Choix de textes
Notice manuscrit
Augustin (saint ; 0354-0430)
Compilatio de libris naturalibus Aristotelis, anon. Commentaire sur les Petits traités d'histoire naturelle d'Aristote
Notice manuscrit
Aristotelis opuscula, etc. Choix de textes d'Aristote ; etc.
Notice manuscrit
Conches, Guillaume de (1080?-1154?)
Ms 0113 Bordeaux - F°111 : Lettrine
Notice iconographique
Augustin (saint ; 0354-0430)
Ms 0115 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Augustin (saint ; 0354-0430)
Ms 0414 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
L'Anglais, Barthélémy (12..-1272)
Ms 0418 Bordeaux - F°114v et 115 : Lettrine
Notice iconographique
Aristote (0384-0322 av. J.-C.)
Ms 0419 Bordeaux - F°22v et 23 : Dessins ; Lettrine
Notice iconographique
Pecham, Jean (1220?-1292) / Séville, Jean de (1090?-1150?) / Augustodunensis, Honorius (1080 ?-1154 ?)
Ms 0426 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Averroès (1126-1198)
Ms 0709 Bordeaux - F°1 : Lettrines
Notice iconographique
Séville, Isidore de (saint ; 0560?-0636)
Ms 0421 Bordeaux - F°58v et 59 : Figures mathématiques
Notice iconographique
Aristote (0384-0322 av. J.-C.) / Crémone, Gérard de (1114-1187)

L'enseignement

L’histoire de la pensée médiévale est intimement liée à celle des institutions scolaires. Jusqu’au XIe siècle, le lieu privilégié de l’épanouissement de la vie intellectuelle avait été l’école monastique. Puis, au XIIe siècle, l’essor urbain s’accompagna de la création des écoles capitulaires et épiscopales, ouvertes à de nouvelles classes de clercs et centrées plus particulièrement sur les arts du langage, héritiers du trivium romain (dialectique, grammaire, rhétorique). L’université naquit du regroupement de cet auditoire urbain autour de grands maîtres.

L’université

L’université médiévale est organisée en « nations », regroupées en quatre facultés : les arts, la médecine, le droit et la théologie. La faculté des arts est l’héritière des écoles de dialectique du XIIe siècle. On y enseigne le trivium et plus particulièrement la logique. À mesure que le corpus aristotélicien complet pénètre en Occident, on l’intègre à l’enseignement. À Paris, la faculté des arts est subordonnée à celle de théologie. Dans les deux, le principe éducatif est similaire, faisant passer l’étudiant de l’état d’auditeur à celui de participant : écoute du maître, étude des textes et des commentaires, écoute des disputes et participation aux actes solennels de l’université, participation aux disputes, participation à l’enseignement.

Le développement des écoles et des universités dans les villes, aux XIIe et surtout à partir du XIIIe siècle, ont incité les libraires à produire des instruments de travail adaptés aux besoins des maîtres et de leurs étudiants, à savoir des manuscrits peu coûteux, maniables, transportables et traitant de sujets et d’auteurs variés, selon les facultés à proximité (arts, médecine, droit, théologie). Les bibliothèques des monastères avaient conservé et transmis nombre de textes classiques, écrits par des auteurs de l’Antiquité, philosophes, rhéteurs, historiens, savants de tous ordres (Aristote, Cicéron, Virgile, Horace…).
Certains textes font autorité selon les disciplines enseignées dans les facultés. Les étudiants des facultés d’arts se consacrent à Aristote, ceux de médecine à Hippocrate et à Galien. Les ouvrages fondamentaux des étudiants de théologie sont la Bible et les Sentences de Pierre Lombard pour l’essentiel. Les étudiants se destinant à l’exercice du droit canon doivent étudier notamment le Décret de Gratien, tandis que ceux travaillant sur le droit civil doivent se pencher sur le Code de Justinien, entre autres choses.


Les outils d’étude

L’enseignement médiéval est fondé sur l’étude des autorités et sur leur commentaire. Jusqu’au milieu du XIIe siècle, la lecture d’un texte est, pour l’essentiel, une glose, autrement dit un commentaire littéral qui suit un programme de lecture imposé au texte. Dans la seconde moitié du XIIe siècle et jusque vers 1230, inspirée d’Avicenne, la forme dominante du commentaire est la paraphrase, dans laquelle le texte source se fond dans son exposé suivi. Puis, dans la tradition d’Averroès, les commentaires littéraux supplantent la paraphrase, avant de laisser la place eux-mêmes au commentaire questionné (recueil de questions librement développées à partir du texte), au cours de la seconde moitié du XIIIe siècle. Ainsi, on perçoit une prise de liberté progressive des penseurs du Moyen Âge vis-à-vis des autorités antiques, une autonomie croissante de la pensée médiévale par rapport aux sources.
 Les Sentences de Pierre Lombard, rédigées probablement au milieu du XIIe siècle, témoignent de ce questionnement des sources. Compilation de textes patristiques, parmi lesquels ceux d’Augustin tiennent une place privilégiée, ces quatre livres mettent en scène, les tensions, les différences de point de vue apparentes entre ces autorités, avant de les réconcilier. Les Sentences connurent une grande popularité. Dès les années 1160, elles furent même glosées à leur tour, puis soumises au questionnement qui fit leur succès.

Notices

Commentarium in Sententiis, pars Commentaire sur le livre II des Sentences
Notice manuscrit
Rimini, Grégoire de (1300?-1358) / Strasbourg, Thomas de (....-....)
Comment. in libros I-III Sententiarum Commentaire sur les livres I et III des Sentences
Notice manuscrit
Commentarium in primum Sententiarum librum Commentaire sur le livre I des Sentences
Notice manuscrit
Aquila, Pierre d' (....-1350?)
Decretum Décret
Notice manuscrit
Gratien (11..?-1160?)
Codex Justinianus, cum glossa Code justinien accompagné de sa glose
Notice manuscrit
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565) / Accurse, François (1182?-1260?)
Ms 0126 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Strasbourg, Thomas de (....-....)
Ms 0127-1 Bordeaux - F°1 : Scène d'enseignement ; Décor végétal
Notice iconographique
Strasbourg, Thomas de (....-....)
Ms 127-2 Bordeaux - F°1 : Lettrine ; Décor végétal
Notice iconographique
Strasbourg, Thomas de (....-....)
Ms 0128 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Strasbourg, Thomas de (....-....)
Ms 0130 Bordeaux - F°139 : Lettrines
Notice iconographique
Aquin, Thomas d' (saint; 1225?-1274)
Ms 0136 Bordeaux - F°4v et 5 : Lettrine
Notice iconographique
Bonaventure (saint ; 1221?-1274)
Ms 0139 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Rome, Gilles de (1247?-1316)
Ms 0147 Bordeaux - F°6 : Lettrine
Notice iconographique
Nédellec, Hervé de (1260?-1323)
Ms 0149 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Lombard, Pierre (1095?-1160?)
Ms 0150 Bordeaux - F°12 : Lettrine
Notice iconographique
Lombard, Pierre (1095?-1160?)
Ms 0151 Bordeaux - F°3 : Lettrine
Notice iconographique
Lombard, Pierre (1095?-1160?)
Ms 0152 Bordeaux - F°4v et 5 : Lettrine
Notice iconographique
Lombard, Pierre (1095?-1160?)
Ms 0156 Bordeaux - F°1 : Lettrines
Notice iconographique
Mediavilla, Richard de (12..-130.)
Ms 0158 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Rimini, Grégoire de (1300?-1358)
Ms 0159 Bordeaux - F°129v et 130 : Lettrines
Notice iconographique
Ebrach, Conrad d' (1330?-1399)
Ms 0160 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Ms 0163 Bordeaux - F°87v et 88 : Lettrine
Notice iconographique
Ware, Guillaume de (....-1305?)
Ms 0164 Bordeaux - F°1 : Lettrines
Notice iconographique
Orvieto, Hugolin d' (13..?-1373)
Ms 0165 Bordeaux - F°2v et 3 : Lettrines
Notice iconographique
Lombard, Pierre (1095?-1160?)
Ms 0267 Bordeaux - F°6v et 7 : Lettrines
Notice iconographique
Massa, Michel de (1298?-1337) / Gerson, Jean (1363-1429) / Saint-Victor, Hugues de (1096?-1141) / Bonaventure (saint ; 1221?-1274)  / Rampegollo, Antonio (1360?-1423?) / Lechelade, Henri de (....-....) / Anselme (saint ; 1033-1109) / Thomas, Pierre (saint ; 1305-1366) / Holkot, Robertus (1290?-1349)
Ms 0354 Bordeaux - F°75v et 76 : Lettrines
Notice iconographique
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0397 Bordeaux - F°110 : Hommes et enfant ; Lettrines
Notice iconographique
Gratien (11..?-1160?)  / Brescia, Barthélémy de (....-....)
Ms 0415 Bordeaux - F°2 : Lettrines
Notice iconographique
Rome, Gilles de (1247?-1316)
Ms 0420 Bordeaux - F°1 : Lettrine ; Décor végétal et animal
Notice iconographique
Rome, Gilles de (1247?-1316)
Ms 0568 Bordeaux - F°1 : Lettrines
Notice iconographique
Hippocrate (0460-0377 av. J.-C.)
Ms 0355-1 Bordeaux - F°1 : Tribunal de l'Empereur ; Arbres et rochers ; Buste de l'Empereur
Notice iconographique
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0355-2 Bordeaux - F°1 : Scène de jugement
Notice iconographique
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0355-3 Bordeaux - F°1 : Hommes et bâtiment ; Décor ornemental ; Lettrine
Notice iconographique
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)

Albums

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L'alchimie

L’alchimie est la discipline qui recouvre l’ensemble des questions liées aux mutations des corps naturels. L’alliage des métaux et la transmutation des métaux vils en métaux précieux sont certainement les plus célèbres de ces questions, mais l’alchimie traite également par exemple de la fabrication des remèdes. À la fin du XIIIe siècle, le médecin Arnaud de Villeneuve unit dans un même ouvrage (le Rosaire) la médecine et l’alchimie, l’étude des corps vivants et celle des matières inertes. À côté d’autres pratiques, l’alchimie est perçue comme une étude fondamentale de l’univers, comme une science purement philosophique, propre à enrichir chacun sur les réflexions de son art.

C’est ainsi que, depuis le XIIe siècle, les philosophes eux-mêmes comptent parmi les alchimistes, dans le sens où ils étudient les structures profondes de la nature. La théorie d’Aristote des quatre éléments influence elle-même profondément l’alchimie : si tout corps est composé de terre, d’eau, d’air et de feu, alors il n’est que de modifier leu combinaison pour changer la nature des corps.

Les théologiens aussi s’intéressent à l’alchimie. Albert le Grand estime que l’on doit pouvoir produire des métaux artificiels presque semblables aux métaux naturels. Thomas d’Aquin tient l’alchimie pour un art raisonnable et difficile.
Les alchimistes de la fin du Moyen Âge ont compilé les travaux de leurs prédécesseurs qui constituent les fondements de leurs réflexions. C’est alors qu’ils se sont souvent focalisés sur la recherche de la pierre philosophale et ont introduit la pratique de formules cabalistiques et d’un vocabulaire crypté. Le but recherché semble avoir été d’exclure les non initiés de la pratique de cette science. La recherche de la pierre philosophale et plus largement de la transmutation des métaux vils en métaux précieux, est déjà connue au VIIIe siècle à Bagdad. Mais, les démonstrations d’Avicenne qui en expliquaient l’impossibilité n’ont pas découragé les alchimistes de la fin du Moyen Âge. Le contexte économique les encourageait au contraire à pousser plus avant leurs investigations, alors même que les ressources disponibles en métaux précieux en Europe semblaient insuffisantes pour répondre aux besoins de l’économie.

Notices

Traité d'alchimie, de médecine et d'astronomie
Notice manuscrit
Roquetaillade, Jean de (1310?-1366?) / Paganica, Nicolas de (....-....) / Villeneuve, Arnaud de (1238-1311?)
Recueil de recettes d'alchimie, de pharmacopée et de médecine
Notice manuscrit
Ms 0530 Bordeaux - F°3v et 4 : Lettrine
Notice iconographique
Lulle, Raymond (1233?-1315)

Les mathématiques

Les mathématiques constituent la science de l’ordre du monde, un moyen d’en proposer des explications. Jusqu’au milieu du XIIe siècle, leur enseignement passe par le quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie, musique) et la référence à certaines autorités : les traités de Boèce (VIe s.), les Institutions de Cassiodore (VIe s.), les Etymologies d’Isidore de Séville (VIIe s.). Dans la seconde moitié du XIIe siècle, la découverte de l’essentiel de la tradition scientifique antique grecque bouleverse cette situation. Désormais, la pensée d’Aristote constitue un véritable moteur influençant une nouvelle appréhension du monde. Elle s’établit sur la logique, la théorie scientifique, la pratique et la mécanique, aux dépens de la tradition du trivium romain.
Une science profane se constitue dès lors, qui ne se contente plus désormais de commenter les autorités mais confère de l’importance à l’observation et à l’expérience. Au sein de cette science mathématique, l’astronomie tient une place importante, mais d’autres disciplines se développent profitant d’un essor économique et commercial autant que des apports théoriques de l’Orient. L’introduction de la numération arabe en Europe, dont il faut attribuer la diffusion à Gerbert d’Aurillac (940-1003), et l’utilisation du zéro ont été des apports capitaux dans l’histoire du calcul. Mais, par ailleurs, les échanges commerciaux avec l’Orient ont facilité la familiarisation de l’Occident avec les applications techniques, les enjeux pratiques des mathématiques.

Les mathématiques occupent une place prépondérante dans les universités italiennes, en comparaison de ce que l’on peut observer dans les universités françaises. Depuis le XIIIe siècle, les savants s’y préoccupent plus spécifiquement de la résolution des équations. S’inspirant d’Euclide et d’Héron d’Alexandrie notamment, Fibonacci, dans son Liber abaci (1202), traite de la résolution d’équations du second degré, d’équations indéterminées, de calculs avec des radicaux… Il y traite aussi de problèmes pratiques, d’applications financières et commerciales des mathématiques. Au cours du temps, ces visées pratiques de la maîtrise des mathématiques s’accroissent et dominent, aux dépens des vues théoriques du quadrivium. Les marchands italiens se forment ainsi à l’arithmétique et à la géométrie.
Cependant, la diffusion de la culture mathématique trouvera, à terme, d’autres applications pratiques, aux résonnances plus humanistes. En témoigne, dans notre catalogue, le Traité de la perspective en peinture de Piero della Francesca, l’un des nombreux traités faisant état des réflexions de la Renaissance sur une nouvelle appréhension du monde, au centre duquel figure l’homme.

Notices

Ms 0006 Périgueux - F° 197 : Fortification militaire
Notice iconographique
Constantynois, Alain (....-....)
Ms 0616 Bordeaux : Perspective liée à la représentation architecturale
Notice iconographique
Francesca, Piero della (1416?-1492)
Ms 0616 Bordeaux : Perspective liée à la représentation d'une tête humaine
Notice iconographique
Francesca, Piero della (1416?-1492)

Albums

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L'astrologie et l'astronomie

L’astrologie

L’astrologie tient une part essentielle dans la vie et le comportement des hommes du Moyen Âge. Née en Mésopotamie vers le XVIIIe siècle avant notre ère, elle fut transmise au Moyen Âge par des traités hérités de l’Antiquité gréco-latine, puis par de nombreux ouvrages arabes et juifs à partir du XIIe siècle. Ces sources sont à l’origine des interprétations du ciel et des relations établies entre les astres et les membres et organes du corps humain.
L’astrologie triomphe au XIVe siècle. À partir de Charles V, tous les princes s’entourent d’astrologues. Des échoppes d’astrologues s’établissent dans les villes. L’influence des astres prend une part primordiale dans la prise de décision quotidienne d’actes importants (négociations, interventions médicales et chirurgicales, etc.).

L’astronomie

Les travaux des astronomes grecs et arabes sont connus des savants occidentaux dès le Xe siècle, en grande partie grâce à traductions procurées par les milieux juifs et judéo-chrétiens d’Espagne. Pourtant, en France, l’astronomie médiévale prend son réel essor au XIVe siècle seulement.
Les instruments des astronomes permettent alors de préciser les mesures d’angles et de consigner es mouvements des planètes. Ainsi, les astronomes parisiens établissent alors les tables « alphonsines », qui précisent le mouvement et la position des étoiles et des planètes. Vers 1315, ils proposent des corrections au calendrier Julien et une détermination plus précise des lunaisons de printemps (essentielles pour déterminer la date de Pâques).
Le Moyen Âge associe souvent, sous le terme de « cosmographie » ou sous l’appellation « d’image du monde », l’astronomie et la géographie. Beaucoup d’ouvrages de vulgarisation et de manuels sont inspirés de traités et de descriptions géographiques, telles celles d’Honorius d’Autun.

Notices

Adjâ’ib al-makhlûqât wa gharâ’ib al mawdjûdât Les merveilles de la création et les curiosités des choses existantes. Traité de cosmographie et d'histoire naturelle de Qazwînî
Notice manuscrit
Qazwīnī, Zakariyyā ibn Muḥammad ibn Maḥmūd al- (1203-1283)
Ms 0428 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Lenius; Réginald de (....-....)
Ms 0609 Bordeaux - F°25 : Lettrine
Notice iconographique
Séville, Isidore de (saint ; 0560?-0636)
Ms 1130 Bordeaux : Astrologie
Notice iconographique
Qazwīnī, Zakariyyā ibn Muḥammad ibn Maḥmūd al- (1203-1283)
Ms 1130 Bordeaux : Cosmographie, lune et soleil
Notice iconographique
Qazwīnī, Zakariyyā ibn Muḥammad ibn Maḥmūd al- (1203-1283)
Ms 1130 Bordeaux : Cosmographie, constellations
Notice iconographique
Qazwīnī, Zakariyyā ibn Muḥammad ibn Maḥmūd al- (1203-1283)
Ms 1130 Bordeaux : Météorologie
Notice iconographique
Qazwīnī, Zakariyyā ibn Muḥammad ibn Maḥmūd al- (1203-1283)

Albums

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La chirurgie et la médecine

La chirurgie

Le chirurgien médiéval est un barbier plus ou moins spécialisé dans les interventions manuelles que le médecin n’a pas le droit de pratiquer : pansements, saignées, incisions, ablations. On a recours à lui quotidiennement pour le traitement des plaies, tumeurs et autres ulcères, des luxations et des fractures. Il opère avec la lancette, le fer rouge, la canule et le drain.

Technicien de la médecine, le chirurgien est un praticien populaire, qui parvient à soulager efficacement et à moindre coût. Cette situation favorable lui vaut d’être ostracisé par le corps médical, pour qui cet art inférieur ne peut intégrer l’Université.

À partir du XIIIe siècle, la spécialisation des chirurgiens vis-à-vis des simples barbiers se fait plus marquante. Au XIVe siècle, ils sont en capacité d’enlever les polypes des fosses nasales, ils savent suturer les tendons, opérer les fistules et trépaner. Tant et si bien qu’à partir de 1436, l’accès à l’université leur est concédé.
Plusieurs traités portent strictement sur la chirurgie. La production manuscrite comprend également quelques ouvrages pratiques et d’autres portant sur l’hygiène et sur des recettes pharmaceutiques.


La médecine

Son enseignement est particulièrement réputé Salerne et à Montpellier, dès le XIIe siècle. Arnaud de Villeneuve, médecin des papes Boniface VIII, Benoît XI et Clément V, y enseigne à la fin du XIIIe siècle ; il y compose son Miroir des introductions médicinales, qui emprunte beaucoup aux médecines grecque et arabe. L’enseignement de la médecine repose sur l’autorité d’Hippocrate et de Galien (anatomie). Beaucoup de traités en constituent le commentaire ou l’adaptation. Avicenne est également commenté.
Bien que l’exercice de la médecine repose sur l’obtention préalable de diplômes universitaires dans la discipline, beaucoup de médecins exercent après quelques années d’études seulement. Considéré comme clerc, le médecin est astreint au célibat, jusqu’au XVe siècle. Dans la pratique, il consulte, examine les urines, juge de l’état des humeurs (sang, mucosités et bile). Il s’assure couramment de l’état du ciel, de la lune et du zodiaque, chaque signe étant lié à une partie du corps (Lion au cœur, Bélier à la tête…). Il touche seulement le malade pour lui prendre le pouls. Partant, il prescrit soins (essentiellement à caractère diététique) et médicaments, qu’il procure aux malades, se fournissant lui-même chez l’apothicaire. La médecine médiévale ignore tout du rôle du cœur et de la circulation sanguine.
Les malades appartenant aux couches supérieures de la société font plus souvent appel aux médecins, dont ils apprécient les compétences en astrologie. Les malades du peuple, quant à eux, vont plus volontiers consulter le chirurgien que le médecin, pour être soulagé immédiatement par une saignée ou une purge. Ils se rendent chez l’épicier et l’apothicaire pour se fournir en remèdes et drogues usuelles ; les médicaments sont généralement composés de plantes et leur administration repose, contrairement au régime alimentaire prescrit pour une personne saine, sur une opposition du médicament avec l’humeur.

L’alimentation quotidienne recommandée aux individus sains vise à maintenir équilibré leur tempérament, leurs humeurs (sanguin, colérique, mélancolique, flegmatique). Aux sanguins conviennent les aliments chauds et humides (pain de froment, volaille, vin pur…), aux mélancoliques les fèves et la viande de porc. Les saisons influent sur ce système de correspondances : les épices très vivement échauffantes sont à proscrire en été. L’âge du patient est un autre facteur à prendre en compte, la chaleur vitale déclinant au fil de la vieillesse, de même que la préparation des aliments : le gibier d’eau, humide et froid comme l’eau où il vit, est asséché si on le fait rôtir et qu’on l’accompagne d’épices chaudes et sèches.

Notices

Dialogus inter Pyladem et Orestem ; etc. Dialogue entre Pylade et Oreste ; etc.
Notice manuscrit