Manuscrits Médiévaux d’Aquitaine

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Quelques repères stylistiques / Le texte

La graphie latine

Le texte est présent sous toutes ses espèces dans les manuscrits médiévaux. Dans les plus prestigieux, il se dispose régulièrement selon la réglure et dans une graphie dite « livresque », régulière. Ailleurs, dans les actes, les chartes, les lettres, etc. il file en cursive. Hormis ces différenciations, liées à la typologie des manuscrits, il est possible de suivre l’évolution chronologique des écritures en se fondant sur la typologie de leur graphie, sur leurs formes. Ainsi, la minuscule caroline du VIIIe siècle diffère-t-elle clairement de la gothique du XIIIe siècle ou de l’humanistique du XVe siècle.
À ces graphies et à leurs nombreuses variantes s’ajoutent celles des manuscrits rédigés en langues arabes, grecques, hébraïques, dont les alphabets portent leurs propres esthétiques, leurs propres graphies.


Le haut Moyen Âge et l’époque romane

Des écritures en usage dans l’Antiquité et dans les premiers siècles du Moyen Âge, seules la capitale et l’onciale ont survécu dans les manuscrits postérieurs à la Renaissance carolingienne ; ces écritures ont alors occupé une place restreinte mais de premier ordre dans les textes. Ainsi, dans les manuscrit carolingiens et postérieurs, l’emploi de la capitale carrée, de la capitale rustique, au module allongé verticalement, et de l’onciale, à la flexibilité curviligne, est réservé aux titres.
La cursive, écriture rapide, est réservée à la rédaction courante encore au VIIe siècle. Très appréciée, elle finit par gagner l’ensemble de la production écrite, avant d’être balayée par la minuscule caroline, qui marque l’entrée dans les écritures médiévales proprement dites. Elle apparaît vers 800 et est vouée rapidement à une grande fortune. Nette, régulière et souple, elle bénéficie de l’essor de la copie de manuscrits impulsée par la Renaissance carolingienne pour gagner l’ensemble de la production.
La caroline devient en quelque sorte l’écriture officielle de l’empire franc, supplantant ainsi dans un premier temps toutes les autres écritures en usage sur le territoire, puis, dans le courant des XIIe et XIIIe siècles, l’ensemble des écritures à travers l’Europe. Elle est caractérisée par un corps prolongé, selon les lettres, en haut par des hastes (b, d, h…), en bas par des queues (g, p, q…).

L’époque gothique

Le format très stable de la caroline, évolue à partir du XIe siècle, pour donner lentement naissance à la gothique, qui la supplante et atteint sa maturité dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Elle perdure jusqu’à l’invention de l’imprimerie et même au-delà. La gothique comprend deux grands types : la gothique brisée (caractérisée par une rigidité anguleuse et des excroissances) et la gothique ronde (plus ample et arrondie).

Mais, ces deux formes canoniques, que l’on désigne aussi sous le terme de textura, concernent essentiellement les manuscrits religieux. Pour le reste, le foisonnement et la diversité de la production de manuscrits à l’époque gothique engendrent une prolifération de variétés d’écritures gothiques plus ou moins simplifiées et destinées à une rédaction rapide, pour les actes juridique, la chancellerie, les lettres...

 Il convient mieux dès lors d’employer le pluriel pour évoquer la calligraphique gothique. Les extrémités des jambages et les hastes sont en général simplifiées, tandis que la hampe des F et des S se prolonge au dessous de la ligne d’écriture. La queue du D et les hastes des B, H, L ont tendance à former une boucle. On observe également un penchant pour l’inclinaison. Finalement, ces modulations aboutissent à la formation d’un nouveau canon calligraphique, lui-même abâtardi en de nombreux sous-types, etc. Certaines formes raffinées sont élaborées pour les ouvrages profanes des princes, à l’image de la bâtarde bourguignonne. Ainsi, la gothique, dans l’ensemble de ses variantes, règne sur la majeure partie de l’écrit (manuscrits liturgiques, textes universitaires, littératures vulgaires).

Puis, à Florence (Italie), au début du XVe siècle, naît une nouvelle écriture dite humanistique, inspirée aux humanistes italiens par la lisibilité de la graphie des manuscrits des XIIe et XIIIe siècles. L’humanistique devient l’écriture privilégiée des copies de textes antiques et des textes contemporains qui s’en inspirent. Ces manuscrits rompent rapidement avec la tradition gothique. Ce modèle se diffuse depuis Florence et Rome et va jusqu’à servir de modèle au caractère romain de l’imprimerie. L’humanistique cursive, apparue en Italie dans le second quart du XVe siècle pour un sage courant, donne naissance, quant à elle, à l’italique des imprimeurs.

Notices

Cartularium comitatus Bigorrae Cartulaire de Bigorre
Notice manuscrit
Silvae Majoris abbatiae Chartularium majus Cartulaire de l'abbaye Notre-Dame de la Sauve-Majeure, volume II
Notice manuscrit
Tractatus de perspectiva pingendi Traité de la perspective en peinture
Notice manuscrit
Francesca, Piero della (1416?-1492)
Instruction de M. de Caumont à ses enfants
Notice manuscrit
Caumont, Samazan, Gontaud, Castelnau, Berbiguères et de Montpouillan, Guilhem-Raymond II Seigneur de (1385-1426)
Libelli de ordine judiciorum et jure civili Traité de droit civil
Notice manuscrit
Beneventanus, Roffredus (1170?-1243?)
Ms 0003 Périgueux - F°3r : Lettrine
Notice iconographique
Caumont, Samazan, Gontaud, Castelnau, Berbiguères et de Montpouillan, Guilhem-Raymond II Seigneur de (1385-1426)
Ms 0006 Périgueux - F° 178 : Mise à feu retardée d'un canon
Notice iconographique
Constantynois, Alain (....-....)
Ms 0055 Bordeaux - F°54v et 55 : Lettrines
Notice iconographique
Ms 0270 Bordeaux - F°11v et 12 : Lettrine
Notice iconographique
Lauzière, Armand de (....-....)
Ms 301 Bordeaux - F°1 : Lettrine ; Décor végétal
Notice iconographique
Voragine, Jacques de (1228?-1298)
Ms 0352 Bordeaux - F°25v et 26 : Motifs arabisants
Notice iconographique
Ms 1001 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Cyzique, Gélase de (....-....) / Athanase (saint ; 0295?-0373)
Ms G3229 Bordeaux : Lettrines bleues et rouges
Notice iconographique

Albums

ms0042_Agen
msAA01_Libourne
ms1AA1_Oloron-Sainte-Marie
G3229_AD33
G902_AD33
inc0194_Bordeaux
ms0001-1_Bordeaux
ms0001-2_Bordeaux
ms0355-1_Bordeaux
ms0355-2_Bordeaux
ms0355-3_Bordeaux
ms0616_Bordeaux
ms1130_Bordeaux
ms0003_Périgueux

Les lettres ornées

Sur les territoires de l’actuelle France, l’enluminure subit un déclin entre la fin du IXe siècle et la fin du Xe siècle, en comparaison de la somptuosité des manuscrits qui y avaient été produits à l’époque carolingienne. Avec la fin du Xe siècle, s’amorce une période plus favorable et propice à la création, qui s’accompagne d’une généralisation de la pratique de l’enluminure au sein des monastères. Nombreux et dispersés, ils favorisent l’apparition d’une grande diversité de styles locaux, qui s’inspirent des modèles anciens et contemporains.


Les enluminures carolingiennes et anglo-saxonnes inspirent les ateliers des régions du Nord et de Normandie notamment, celles du Saint-Empire les régions de l’Est et la Bourgogne, celles de la Péninsule ibérique inspirent les scriptoria du Sud-Ouest, influence dont témoigne le Beatus de Saint-Sever, conservé à la BnF. L’influence italo-byzantine marque, quant à elle, de façon profonde l’enluminure bourguignonne, dès la fin du XIe siècle à Cluny. Le temps passant, ces styles locaux se consolident, prennent leur autonomie vis-à-vis de leurs sources d’inspiration, pour aboutir à des formules bien caractérisées, qui se diffusent à leur tour comme modèles d’inspiration en France et outre-Manche, à la faveur de la conquête normande, puis de l’expansion du royaume Plantagenêt au XIIe siècle.

La période romane est l’âge d’or de la lettre ornée, un des phénomènes les plus caractéristiques de l’enluminure de ce temps, résidant dans la confrontation de l’écriture, de la décoration et de l’image. L’initiale est née de cette confrontation dès l’Antiquité, mais c’est au Moyen Âge qu’elle s’épanouit pour devenir un thème fécond, un domaine autonome entre l’écriture et l’image. Elle devient alors un des lieux privilégiés où s’exprime l’imagination médiévale.

Des considérations pratiques…

L’habitude graphique dans l’Antiquité classique était de présenter les textes de façon continue, sans ponctuation et structurés visuellement par des césures relativement discrètes. Au cours de l’Antiquité tardive, les subdivisions du texte commencèrent à être mises en évidence, avec le rejet en marge de la première lettre de la ligne et bientôt sa distinction vis-à-vis des autres lettres par un format plus grand et des ornementations. Quant à lui, le titre était placé à la fin du texte, en explicit.

 

Puis, rapidement, l’usage changea au profit de la valorisation du début du texte (incipit) : le titre fut alors placé en tête. C’est alors que les premières initiales zoomorphes apparurent, combinaisons de lettres et de formes inspirées du monde naturel (poissons et oiseaux). Désormais, le motif de l’initiale autonome, inventé pour accroître la lisibilité du texte, se retournait contre sa raison d’être, ouvrant la voie à une infinité de métamorphoses de la lettre, compliquant son identification donc sa lecture. Dès lors, tout l’art de l’enlumineur résida dans la maîtrise de cette union contre-nature d’un signe graphique et d’un ou de plusieurs motifs du monde sensible.


… Aux considérations esthétiques

L’enluminure carolingienne, s’inspirant de la norme classique, donne une part prépondérante aux feuillages d’acanthe, qui habitent dès lors les espaces laissés libres dans les jambages, les articulations et les extrémités d’initiales redevenues sages, claires et géométriques.
À l’époque romane, les enlumineurs reprennent à profit les recherches conduites à l’époque précarolingienne ainsi que les apports végétaux de l’enluminure carolingienne. Ce double emprunt conduit à la création et à la profusion d’une production d’initiales combinant animaux, végétaux et humains, dans des imbrications extrêmement harmonieuses, qui mêlent dans un juste équilibre naturalisme et effets décoratifs.
Au tournant du XIe et du XIIe siècle, les enlumineurs développent des initiales anthropomorphes, dans lesquelles les parties constituantes de la lettre jouent de véritables scénettes. Les formes des lettres sont animées en allant parfois jusqu’à se muer en un paysage. Alors renaît le goût des entrelacs de figures animales et humaines qui s’entredévorent, mêlés avec densité dans un espace réduit. L’étroitesse des jambages devient le prétexte à un enchevêtrement animé de corps, occupant tout espace disponible. Dans cette lutte, chaque être vivant est à la fois vainqueur et vaincu. L’initiale figurée fantastique de l’époque romane a rapidement disparu pour renaître dans les documents officiels à partir du XIVe siècle, avec certainement la volonté de souligner le caractère solennel du texte en recourant à des initiales archaïsantes.

D’autres formes d’initiales ornées apparaissent à l’époque romane, sur un substrat carolingien. On les identifie d’abord au XIe siècle dans les scriptoria normands et anglo-saxons, avant qu’elles ne s’imposent et triomphent, dès la première moitié du XIIe siècle, dans tous les centres de production de manuscrits en Occident. Il s’agit des initiales historiées et des initiales habitées.

 

Les lettres dont le corps comporte des espaces libres (O, P, Q…), qui peuvent accueillir des personnages ou des scènes entières, sont plus adaptées à ces compositions. Dans le cas des initiales historiées, le corps des lettres, généralement enserré de rinceaux végétaux grimpants, sert de cadre à des représentations figurées autonomes.
Dans les initiales habitées, le corps des lettres lui-même est fait d’un assemblage de rinceaux dont l’enchevêtrement et les enroulements labyrinthiques participent à la composition des scènes qu’ils abritent.

Au cours du temps, les enlumineurs favorisent les initiales historiées aux dépens des initiales habitées. En dépit d’un certain assèchement, en regard de la végétation luxuriante qui animait les initiales habitées au début de la période romane, les initiales historiées offrent une plus grande clarté des scènes auxquelles elles servent de cadres. La végétation regagne le corps même des lettres (entrelacs en ruban aux articulations, têtes d’animaux aux extrémités et aux jonctions) et déserte les espaces libres à l’intérieur de l’initiale. Le XIIIe siècle marque un tournant de ce point de vue. La décoration prend alors son indépendance vis-à-vis de la lettrine à laquelle elle reste attachée par des ligatures et des antennes pour une part. Elle gagne alors les marges, où elle s’épanouit dans les drôleries, ou les cadres des miniatures de toutes dimensions, tandis que les initiales se font plus sobres et stéréotypées.

 

L’emploi des initiales simplement ornées, en usage depuis le haut Moyen Âge, se perpétue jusqu’au XVIe siècle. On parle alors davantage de lettrines. Elles contribuent à structurer le texte et favorisent ainsi sa lisibilité.

 

Le XVe siècle marque un renouveau de l’activité créatrice autour des lettrines ornées. Certaines, nues, évidées ou émanchées, restent sobres ; simplement tracées à la plume, peintes, voire rehaussées d’or ou filigranées, elles se contiennent dans leur module. Mais, d’autres s’agrémentent au contraire de fioritures souvent extravagantes qui les font s’épanouir sur une part considérable des marges laissées libres. Les filigranes tentent de timides expansions, tandis que les cadeaux forment de luxuriants panaches. Les plus exubérants s’épanouissent jusqu’à donner aux initiales qui les portent des allures animales ou de grotesques (masques).

Notices

Livre de la Chasse
Notice manuscrit
Gaston III (comte de Foix ; 1331-1391)
Ms 0060 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Odonis, Gérald (1285?-1348)
Ms 0417 Bordeaux - F°1 : Lettrines
Notice iconographique
Ms 0695 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Caviceo, Giacomo (1443-1511)
Ms 0991 Bordeaux - F°1 : Lettrine ; Décors végétal
Notice iconographique
Cicéron (0106-0043 av. J.-C.)
Ms AA01 Oloron-Sainte-Marie : Lettrines à grotesques
Notice iconographique
Ms AA01 Oloron-Sainte-Marie : Lettrine nue
Notice iconographique
Ms AA01 Libourne : Lettrines à cadeaux
Notice iconographique
Ms AA01 Libourne : Lettrines filigranées
Notice iconographique
Ms AA01 Libourne : Lettrines émanchées
Notice iconographique
Ms 0001-1 Bordeaux - F°88v : Lettrine
Notice iconographique
Ms 0001-2 Bordeaux - F°244 : Lettrine ; Aggée
Notice iconographique
Ms 0094 Bordeaux - F°19 : Décor végétal, animalier et fantastique ; Lettrine
Notice iconographique

Albums

ms0042_Agen
msAA01_Libourne
ms1AA1_Oloron-Sainte-Marie
ms6529_Pau
ms0001-1_Bordeaux
ms0001-2_Bordeaux
ms0094_Bordeaux
ms0095_Bordeaux
ms0730_Bordeaux
ms1780_Bordeaux