Manuscrits Médiévaux d’Aquitaine

http://manuscrits-drac.bnsa.aquitaine.fr/la-societe/le-regne-animal.aspx

La société / Le règne animal

Des animaux dans les manuscrits

Les représentations animales, qu’il s’agisse d’animaux du quotidien, d’animaux exotiques ou d’animaux fantastiques et d’êtres hybrides, sont très présentes dans les peintures de manuscrits. Selon qu’elles figurent dans la composition d’une miniature, dans une lettrine ou au sein de drôleries, ces images d’animaux revêtent des fonctions bien différentes.

Les miniatures

Ici, elles peuvent participer pleinement au sens d’une scène dont elles ont le premier rôle, à l’instar de la colombe du Saint-Esprit. Ailleurs, elles contribuent à la mise en contexte, au paysage environnant du sujet principal, comme c’est le cas par exemple des animaux de l’Annonce aux bergers. Ailleurs encore, les animaux auront une fonction symbolique, participant au sens de la scène dans laquelle ils figurent en apportant une précision ; c’est le cas par exemple d’un agneau désigné du doigt par un berger dans une Adoration des bergers, qui préfigure le sacrifice à venir de Jésus. C’est le cas également des animaux qui accompagnent les saints et permettent de les identifier (lion de saint Jérôme).

Les lettrines

Dans les lettrines, les représentations animales participent fréquemment, à l’époque romane, à la formation des lettres. Elles les animent en leur donnant corps à proprement parler ; les anatomies félines et celles des oiseaux sont privilégiées et s’étirent pour former les courbes et contrecourbes nécessaires à la formation des différentes parties des signes graphiques. Parfois, au contraire, des têtes animales naissent des entrelacs d’une lettre, qui eux-mêmes avaient été vomis par un masque félin. Les panses, enfin, sont fréquemment le cadre de chasses et de cueillettes, où animaux et hommes se meuvent dans une végétation exubérante.

Les marges

À partir du milieu du XIIIe siècle, les animaux réels et fantastiques se multiplient dans les marges, dans ce que l’on nomme les « drôleries », petites scènes marginales souvent cocasses et qui sont un miroir de l’ordre ou du désordre de la société. Elles divertissent le lecteur et lui enseignent certains préceptes moraux.
On y retrouve les représentations animales au travers de fables et d’histoires populaires, à l’instar de la chasse à la licorne, qui sont aussi l’occasion d’exalter certaines valeurs associées à des pratiques sociales telles que la chasse. Ailleurs, les animaux parodient les travers humains, singeant l’homme (au sens propre) dans son quotidien, dans des scénettes où de petits singes s’illustrent à l’école, au monastère…
Certains travers et l’animalité de l’homme sont aussi abondamment illustrés par les êtres hybrides, composés de formes humaines et animales. Ces mises en garde portant sur les rapports de l’homme avec l’animal sont enrichies par des scènes carnavalesques ou plus largement issues du folklore païen : les hommes y sont vêtus de peaux de bêtes parmi des animaux musiciens.

Notices

Ms AA01 Libourne - F°21 - Lettrine ; Décor animal et végétal
Notice iconographique
Ms 0001-1 Bordeaux - F°36 : Lettrine
Notice iconographique
Ms 0001-1 Bordeaux - F°131 : Lettrine
Notice iconographique

Albums

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La connaissance des animaux

Les connaissances scientifiques du Moyen Âge en matière de sciences naturelles se fondent, pour l’essentiel, sur des textes et catalogues antiques tels que l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien (Ier siècle de notre ère). Il fallut attendre le XIIIe siècle pour que soit redécouverte l’Histoire des animaux d’Aristote (IVe siècle avant notre ère). Néanmoins, déjà au XIIe siècle, une observation scientifique du monde avait initié plusieurs travaux, qui aboutirent par exemple à la rédaction, au XIIIe siècle, du De animalibus d’Albert le Grand et du Livre des propriétés des choses de Barthélemy l’Anglais. Dès lors, les ouvrages se multiplièrent, traitant d’aspects plus particulièrement utilitaires du monde animal : l’élevage, l’agriculture, la chasse.
Le bestiaire, quant à lui, est un type de manuscrit illustré qui présente les natures d’une cinquantaine d’animaux, c’est-à-dire leurs comportements légendaires. Il s’inspire du Physiologus, rédigé à Alexandrie au IIe siècle de notre ère, et se fonde ainsi sur une lecture moralisée des natures des animaux qui y sont présentés : à chaque animal est attribué une valeur symbolique puisée dans des exemples tirés de la Bible. Le bestiaire est donc destiné plus particulièrement à l’édification des chrétiens ; on le trouve parfois associé à des manuels de prédication. Il inspira aussi nombre de faiseurs d’images dont la production couvrait une part importante des ornements architecturaux, du mobilier et des manuscrits. Une portion nous en est parvenue dans la sculpture, les carreaux de pavement, les pièces de mobilier et les arts de la couleur.

Parmi les animaux décrits dans le bestiaire médiéval, figurent en première place les animaux sauvages d’Orient, comme le lion, le tigre, la panthère ou l’éléphant. On y trouve également des animaux mythiques comme la licorne, le phénix ou le dragon, puis des animaux communs, à l’instar du chien ou de l’abeille.

Notices

Ms 0995 Bordeaux - F°76v et 77 : Identification de différents oiseaux
Notice iconographique
Fouilloi, Hugues de (11..-1172?)

Albums

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Les animaux familiers

Les oiseaux

De façon générale, l’oiseau, capable de s’élever dans les cieux, est perçu comme l’animal le plus proche du monde spirituel. Il invite l’homme à la contemplation du monde et, pour cette raison, figure dans nombre de livres d’Heures, dont les marges deviennent parfois de véritables volières.
La littérature courtoise fait du binôme chien-oiseau un véritable couple et traite du thème de la chasse comme d’une métaphore des rapports homme-femme. L’homme y est associé tantôt au faucon, tantôt à la proie, tandis que le chien est, au contraire, plus emblématique de la dame. L’analogie est reprise par les clercs pour stigmatiser les débordements de la sexualité masculine ; dans leurs textes, l’homme y figure sous les traits du vautour ou du cochon, dérivés abâtardis du faucon et du sanglier. Selon un principe similaire, les clercs s’assimilent au coq, éveilleur des consciences.

La colombe

C’est une colombe qui annonça à Noé la fin du Déluge et c’est elle qui accompagne certains grands épisodes du Nouveau Testament et de la tradition chrétienne, à l’instar de l’Annonciation, du Baptême du Christ et de la Pentecôte. D’abord symbole de la paix, au Moyen Âge la colombe incarne le Saint-Esprit dans les images correspondant à ces épisodes. Tenant le même rôle, elle figure auprès du Père et du Fils dans les représentations de la Trinité.
Elle matérialise aussi la parole divine, inspiratrice des empereurs, des Pères de l’Eglise, des Evangélistes, etc., ainsi que l’action plus générale de Dieu auprès des hommes. Enfin, sa blancheur immaculée lui confère une réputation de pureté, la désignant ainsi comme animal privilégié du sacrifice, mais aussi comme l’incarnation de l’âme humaine : impérissable et légère, elle s’élève vers Dieu.

L’abeille

Aristote vante leur sens de l’économie, elles qui consomment le miel avec parcimonie, insiste sur le fait qu’elles ne goûtent pas la viande et qu’elles sont des créatures propres et laborieuses au sein d’une société organisée. Pline souligne leur discipline admirable et leur sens du bien commun.
Parées de telles vertus, les abeilles servent de modèles d’édification aux auteurs chrétiens. Elles sont données en exemple aux moines et aux laïcs pour leur sens communautaire. Le monastère est comparable à la ruche, où règnent l’ordre, la propreté, le silence, le travail, l’obéissance et la sobriété. Elles incarnent aussi la chasteté, se nourrissant de rosée et composant son miel plutôt que de se livrer à l’accouplement. Enfin, une tradition héritée de l’Antiquité et reprise dans l’Ancien Testament faisait naître l’abeille des cadavres d’animaux en putréfaction ; cette particularité fut alors considérée au Moyen Âge comme symbolisant la victoire de l’amour sur les pulsions funestes : il faut avoir anéanti en soi ces pulsions pour trouver la douceur de l’amour.
D’autres y voient toutefois un animal pourvu d’une nature dont il faut se méfier. Saint Grégoire le Grand la considère ainsi comme aussi perverse que le scorpion, « du miel à la bouche et du venin dans la queue ».

Le cheval

Dans le Roman de Fauvel, satire sociale du monde courtisan du XIVe siècle, le cheval est un animal antipathique, dont le nom signifie « Fausseté voilée » ; sorti de son étable, il se rend à la cour où tout le monde le caresse et devient un personnage important. Pourtant, le cheval est aussi un animal utile et important au quotidien, l’apanage des hommes de haut rang. Nombre d’enluminures le montrent en contexte militaire.
Depuis l’Antiquité, il est un symbole guerrier. Le cheval de bataille porte ainsi son cavalier vers la victoire. Maintenu au pas, il peut exprimer l’obéissance, la force contenue, maîtrisée. Mais, le cheval n’en reste pas moins orgueilleux, ombrageux, pourvu d’une puissante nature émotive. Cabré ou au galop, il exprime le déchaînement des passions indomptées, le chaos, l’affolement.

L’âne

L’âne occupe une place prépondérante dans deux épisodes majeurs de l’iconographie chrétienne. En effet, il sert de monture à la Vierge lors de la Fuite de la Sainte Famille en Egypte et à Jésus lors de son entrée triomphale à Jérusalem le jour des Rameaux. En cela il s’oppose au cheval comme la monture des humbles. Les Pères de l’Eglise voyaient en l’onagre (âne sauvage) l’image des moines vivant au désert et l’animal, réputé patient, était donné en modèle aux hommes maltraités ; injuriés et frappés, ils doivent, comme l’âne, ne pas répondre et poursuivre leur chemin.
Dans le même temps, le Moyen Âge voyait en l’âne un animal peu vertueux. Symbole de l’indécision, l’âne de Buridan meurt de faim et de soif ne sachant se déterminer entre un seau d’eau et une botte de foin. Lâche, l’âne est violent à l’encontre du vieux lion. Enfin, il est un attribut d’un des péchés capitaux, servant de monture au paysan dans l’allégorie de la Paresse.

Le taureau et le bœuf

Dans l’Antiquité, le taureau était l’objet de nombreux récits, jeux, cultes et sacrifices, au sein desquels il était tantôt l’animal divin par excellence, tantôt une bête indomptable. Le christianisme, au contraire, en fit un animal néfaste, associé au diable. Ses cornes, sa queue et ses pattes en devinrent les attributs principaux.
Alors, lui fut substituée la figure vertueuse du bœuf, dont la vision d’Ezéchiel faisait le symbole de l’Evangéliste Luc. D’autres textes de l’Ancien Testament le citent comme l’animal privilégié du sacrifice rituel. Les récits apocryphes de la Nativité le placèrent auprès de l’âne dans les représentations de la crèche.
Bête de somme, affectée aux labours et aux transports, le bœuf est paisible et patient. Il est tout à la fois l’image de l’obéissance, de la fertilité, de la richesse, de la force et du sacrifice. Autant de qualités qui en font, au Moyen Âge, un animal vertueux, une figure christologique : à l’image du Christ, il creuse un sillon fertile pour les hommes.
D’un point de vue strictement pratique, le bœuf est un animal précieux au Moyen Âge. Docile et fort, il est employé tant aux labours que pour le transport. Sa viande, bien que jugée de peu de noblesse en comparaison de celle du veau, est la plus consommée à la fin du Moyen Âge. On la mange alors généralement bouillie.

Agneau, mouton et brebis

Leur élevage intense au Moyen Âge répond à un triple besoin. Il sont à la fois utiles pour leur viande et les produits dérivés de leur lait (alimentaire), pour leur laine (vestimentaire) et pour leur peau (vestimentaire, parchemins). Le lait se consomme essentiellement sous forme de fromage et de beurre ; les laitages sont théoriquement réservés aux jours gras de l’année. Les viandes dures étaient légèrement bouillies avant d’être rôties ; celle de l’agneau ne nécessitait pas ce traitement et était souvent servie farcie.
Depuis ses origines, le christianisme associe le Christ à l’agneau. En tant que « Bon pasteur » il veille sur son troupeau, autrement dit sur ses fidèles. Plus largement, le Christ est identifié à l’agneau, animal du sacrifice fait à Dieu pour apaiser sa colère, également animal de la Pâque. Il s’agit là non plus du Christ Bon pasteur, mais du Sauveur.

Dans son Evangile, Jean rapporte que Jean-Baptiste, après l’avoir baptisé, désigna le Christ comme « l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde ». Par là même, l’agneau est aussi l’attribut de saint Jean-Baptiste. C’est encore l’agneau qui, dans la vision de l’Apocalypse, brise les sceaux libérant les quatre cavaliers et est acclamé par les anges et la cour céleste. Cette forte symbolique a pour conséquence de faire figurer l’agneau sous les formes les plus variées, tant dans les églises que dans les enluminures, par exemple dans les représentations de la Nativité.

Notices

Ms 0730 Bordeaux - F°267 : Victoire des Carthaginois sur les Romains
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°347v : Défaite d'Hannibal
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 1130 Bordeaux : Zoologie
Notice iconographique
Qazwīnī, Zakariyyā ibn Muḥammad ibn Maḥmūd al- (1203-1283)

Albums

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Les animaux sauvages

La faune occidentale

Le renard

Le goupil est jugé fourbe depuis l’Antiquité. Au Moyen Âge, il incarne la ruse, la perfidie, l’hypocrisie, comme en témoigne le Roman de Renart, ensemble de récits superposés, dans lequel Renart incarne la ruse dans le monde des hommes. Ce texte donna son nom à l’animal.
Contrairement au cerf, qui appartient à la catégorie des « bêtes rouges » et dont la chasse à courre est noble, le renard est catalogué par les manuels de vènerie parmi les « bêtes noires et puantes », comme le loup et le sanglier.

L’ours

Roi des animaux jusque vers le XIIe siècle, l’ours occupait alors une place prépondérante dans les récits mythologiques et dans le calendrier. L’Eglise fit de cette figure païenne un animal négatif, dont la nature le désignait dès lors comme le symbole même de certains vices et de péchés capitaux : la Lubricité, la Gloutonnerie et la Colère.
Au quotidien, l’ours devient un animal exhibé par les forains. Ainsi muselé et entravé, l’ancien héros détrôné voit sa force et sa bestialité réduites en une ridicule docilité, emprunte de maladresse et entachée de gourmandise. Il reste toutefois une proie appréciée des chasseurs.

Le cerf

Le cerf apparaît dans les récits mythologiques de l’Antiquité gréco-romaine (métamorphose d’Actéon) et des traditions celtes et germaniques. Bien qu’apprécié par la déesse chasseresse Diane, il semble qu’il fut jugé par les veneurs de l’Antiquité trop craintif pour constituer un gibier intéressant. Selon le Physiologus, il est pourtant puissant et dévore les serpents pour reprendre des forces.

Au Moyen Âge, cet animal pur et vertueux devient un symbole christologique, par analogie avec le Christ vainqueur du démon, mais aussi notamment par un jeu de mots entre servus (le Sauveur) et cervus (le cerf). Sa puissance et la régénérescence annuelle de ses bois en font un motif évocateur de résurrection et de fécondité, incarnation du baptême.
De façon plus prosaïque, il est un symbole de virilité, de force sexuelle, de puissance. À la fin du Moyen Âge, il est perçu par les veneurs comme le gibier le plus noble qui puisse être chassé. La thématique de la chasse alimente d’ailleurs bon nombre des récits mettant en scène le cerf, comme celle du cerf blanc dans les romans de la Table ronde. Elle est aussi présente dans les récits hagiographiques (légendes de saint Hubert et de saint Eustache) et figure fréquemment dans les marges de manuscrits. À partir du XVe siècle, le cerf entre dans le catalogue des figures emblématiques des rois de France et d’Angleterre.

L’aigle

Selon une tradition ancienne, l’aigle se régénère périodiquement. En cela, il est le symbole du rajeunissement perpétuel offert au fidèle qui se nourrit de la parole divine. Le bestiaire précise que, devenu vieux, l’aigle cherche une source d’eau pure et vole vers le soleil pour brûler à sa lumière ses vieilles ailes et son aveuglement, avant de fondre vers la source et d’y plonger par trois fois pour se régénérer et devenir jeune. Ainsi, le fidèle, à son imitation, est invité à chercher la source intelligible, le Verbe de Dieu et à voler vers Jésus-Christ, pour se débarrasser de son ancien être, pour renaître.
Les auteurs du Moyen Âge développent la dimension christologique de l’aigle. Tous deux, descendus sur terre par leur vol, peuvent sans clignement contempler le soleil les yeux ouverts. Comme l’aigle qui enlève les êtres depuis un lieu élevé, le Christ est monté sur la Croix pour vaincre le démon et emporter aux cieux les saints qu’il a saisis. Comme lui, il veille sur son nid avec affection. Ainsi, rapide par son vol et haut par sa vue, l’aigle conserve dans les écrits chrétiens la nature supérieure que lui conféraient les mythes antiques. L’oiseau de Jupiter est devenu celui de l’Evangéliste Jean. Maître du ciel, il symbolise la nature divine du Christ.

Les animaux exotiques

Ces animaux, sauf exceptions, ne furent pas représentés d’après nature, mais à partir d’images et de modèles transmis depuis l’Antiquité et actualisés. Le réalisme naturaliste des représentations ne peut que pâtir de cette situation, au contraire toutefois de la réalité culturelle qu’elles traduisent. Cette réalité culturelle était certainement d’autant plus forte d’ailleurs qu’elle reposait sur une longue tradition moralisée et qu’elle n’avait pas à se confronter à la réalité des faits. En d’autres termes, la réalité du tigre reposait sur l’idée que l’on s’en faisait, elle-même fondée sur les images de tigre que l’on pouvait avoir vues, elles-mêmes issues pour beaucoup de l’idée que l’on s’était faite du tigre par le passé…
Ainsi, les qualités tant physiques que comportementales des animaux exotiques étaient-elles fantasmées et, pour les secondes, moralisées, pour l’essentiel.

Le lion

Au Moyen Âge, le moins exotique des animaux exotiques est certainement le lion. Présent dans nombre de ménageries, il l’est aussi dans de très nombreuses images. Il est ainsi, par exemple, fréquemment employé dans les armoiries.
Selon le bestiaire, le lion est de nature bienveillante, qui n’attaque l’homme que par nécessité et craint le coq blanc et le grincement des roues de charrette. C’est vers le XIIe siècle qu’il remplace l’ours comme roi des animaux. Le bestiaire précise que les lionceaux viennent au monde mort-nés et que, passés trois jours, leur père les ranime de son souffle. Ce récit rattache le lion à l’épisode de la Résurrection du Christ, le troisième jour après sa mort.
Selon la Bible et la tradition religieuse, le lion est une figure alternativement positive (les lions du trône de Salomon, le lion de saint Marc, le lion de saint Jérôme) et négative (combats de Samson, David et Daniel contre lui, le lion de l’Orgueil). Il est souvent représenté, dans les lettrines par exemple, en combinaison avec l’aigle. Il s’agit d’un couple contradictoire dans lequel le lion figure la part physique de l’homme, l’aigle sa part spirituelle.

L’éléphant

L’éléphant est source de nombreuses légendes, traduites dans les récits naturalistes antiques et dans les textes des Pères de l’Eglise. Il est calmé par les parfums et la musique. Il aime les fleurs, craint le feu, s’accouple en secret, possède une grande mémoire et vénère les anciens du troupeau. Il exprime de la pitié pour ses morts. Il perd ses forces en buvant du vin…
Nombre de ces comportements et qualités lui ont donné le statut d’animal le plus proche de l’homme. Il a ainsi servi de modèle pour l’édification des chrétiens. Sa probité et sa prudence sont louées, de même que sa fidélité, sa chasteté et sa pudeur. Selon le Physiologus, le mâle n’ayant aucun désir d’union sexuelle, la femelle l’enivre à cet effet en lui faisant goûter le fruit de mandragore. Ce thème, induit des comparaisons avec le Péché originel, faisant du couple d’éléphants, des représentations d’Adam et Eve. Cela d’autant plus, peut-être, que l’éléphant, par la suite, protège la femelle et sa progéniture du serpent, leur ennemi.

Notices

Ms 0094 Bordeaux - F°64 : Décor végétal, animal, humain et être fantastique ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 0730 Bordeaux - F°277 : Couronnement de Scipion l'Africain comme empereur
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)

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Les animaux fantastiques et les êtres hybrides

Moins encore que les animaux exotiques, les animaux fantastiques et les êtres hybrides ne purent être observés dans la nature par ceux qui les ont représentés. Ils ne purent être vus ailleurs que dans les bestiaires ou dans l’imagination de leurs créateurs. Pourtant, il ne faisait alors aucun doute que ces créatures mythiques étaient bien réelles. Leur existence et leur nature avaient été décrites et transmises par les récits des spiritualités occidentale et orientale. Aussi, les considérait-on moins comme des bêtes mythiques que comme des êtres exotiques, appartenant à des peuples ou à des espèces relégués aux confins du monde connu.

À l’instar des animaux communs et exotiques, une part de ces créatures fabuleuses était donc décrite dans le bestiaire hérité de l’Antiquité, mais nombre d’entre elles naquirent au Moyen Âge. Les lettrines bien sûr, mais surtout les marges des manuscrits, à partir du XIIIe siècle, en furent peuplées. La créativité des peintres y trouva des espaces favorables à l’invention et à l’épanouissement d’êtres hybrides, de figures animales et d’anthropomorphes.

Pour les chrétiens, les hybrides mi-homme mi-animal incarnaient la dualité de la nature humaine. Dès lors, ce furent des foules de nouvelles créatures qui prirent forme dans des combinaisons délirantes : des parties animales, végétales et humaines sont jointes dans des assemblages invraisemblables et des mues contre-nature. Les métamorphoses successives finissent par faire s’accorder dans ces chimères des portions d’êtres fabuleux. D’infinis arrangements sont ainsi créés, censés synthétiser des tempéraments et des comportements légendaires, tant est si bien qu’il semble difficile d’en établir le catalogue, la taxinomie et les natures.
Toujours est-il qu’à côté des centaures, basilics, sirènes, harpies, griffons et autres animaux fantastiques « traditionnels », on y retrouve un certain de nombre de grylles sans tronc, formés d’une tête directement fixée sur des pattes ou des jambes. Chasseurs pour une part, les hybrides sont aussi musiciens et, en cela, sont jugés comme des ministri satanae par les moralistes.

La licorne (unicorne)

Originellement, la licorne est un animal violent, seul à oser s’attaquer à l’éléphant. À partir du XIIe siècle, elle acquiert une dimension positive et devient un animal pur, paisible et doux. Pour autant, sa force oblige les veneurs qui souhaitent s’emparer d’elle et de sa corne aux vertus médicinales et aphrodisiaques, à la piéger par la ruse. Ils doivent ainsi profiter de sa propension à s’endormir sur le sein des jeunes vierges.
Partant, la dame accueillant la licorne en son sein est devenu un motif iconographique très apprécié et recouvrant plusieurs sens. Pour la symbolique religieuse, elle est l’Incarnation du Christ accueillant le pécheur. Filant la métaphore, la chasse et la mise à mort de la licorne symbolisent la Passion du Christ. La licorne figure ainsi parmi les animaux du bestiaire, rassemblés pour édifier les chrétiens. Dans la littérature courtoise, la licorne symbolise l’homme endormi dans le sein de la femme, pris ainsi au piège de l’amour. La licorne est également un emblème de la chasteté.

Le dragon

Représentant du Bien tout autant que du Mal, le dragon synthétise les quatre éléments : il vit aussi bien sur terre que dans l’eau et dans les cieux et crache le feu. Selon le bestiaire, natif d’Ethiopie, il est le plus grand des animaux rampants. « Il a la gueule petite, le corps grand et reluisant comme or fin et la queue longue. C’est l’ennemi de l’éléphant ; par les jambes il l’abat ; c’est avec sa queue qu’il triomphe de lui ; là est, en effet, le principe de sa force ; sa gueule ne porte point de venin. ». Les détails de sa physionomie sont fluctuants, mais il présente généralement l’allure d’un reptile ailé et armé de dents tranchantes, d’une carapace et de griffes acérées.
Dans la mythologie héritée de l’Antiquité comme dans la littérature produite au Moyen Âge ainsi que dans les récits hagiographiques, il constitue l’obstacle traditionnel d’une épreuve initiatique : il est la créature emblématique en charge de garder un objet, un lieu ou une personne, que le héros est en charge de libérer. Ici, il incarne le Mal, l’hérésie, Satan, etc. selon le contexte. Dans la quête du Graal, Perceval libère un lionceau de son emprise. Saint Georges comme saint Michel le transpercent de leur lance. Sainte Marguerite, après avoir été avalée par lui, le transperce de sa croix. Dans le récit de l’Apocalypse, il incarne Satan lui-même, vaincu par la cohorte céleste.

Le phénix

Le phénix est un oiseau au plumage pourpre - à l’exception des plumes dorées de son cou et de sa queue blanche - de la taille d’un aigle et coiffé d’une huppe écarlate. Il tire son nom (phénicée) de la couleur de son plumage.
Il trouve son origine dans Benu, oiseau sacré d’Egypte, incarnation du soleil, qui apparaissait seulement tous les 500 ans. Le phénix se nourrissait de rosée. Sentant sa mort approcher, après avoir édifié son nid d’herbes odorantes sur l’autel d’Héliopolis, il s’y installait, s’exposant à la lumière du soleil qui l’embrasait. Trois jours plus tard, il renaissait de ses cendres.

Associé au cycle du soleil, il symbolise ainsi la force à la fois destructrice et féconde du feu qui, tour à tour, consume, purifie et régénère la vie. Cette nature particulière qui en fait l’unique oiseau de son espèce, en fait aussi, tout au long du Moyen Âge, une figure christologique, un symbole de la Résurrection du Christ et de l’immortalité de l’âme.

Le griffon

Le griffon est un être mythologique hérité de la tradition antique. Dans l’Antiquité, il était chargé de protéger les trésors d’Apollon et ce sont des griffons qui portèrent Alexandre le Grand dans son ascension vers le soleil.
Le griffon est une créature hybride mi-aigle (pattes avant, ailes et tête), mi-lion (corps et pattes arrière). Il est ainsi la synthèse de ces deux animaux qui règnent l’un dans le ciel, l’autre sur la terre. Cette particularité lui valut de passer, au Moyen Âge, du statut d’être démoniaque à celui de symbole christologique.

Le centaure

Le centaure est un être hybride composé d’un buste humain sur un corps de cheval. Vivant en horde dans les montagnes de Thessalie (Nord de la Grèce), selon la mythologie antique, il est cruel et brutal et se nourrit de chair crue. On le représente armé de différentes façons mais il est majoritairement identifié à un archer. L’épisode victorieux des Lapithes sur les centaures, de même que celui des Grecs sur eux devant Troie, symbolisent le triomphe de la civilisation sur la barbarie. Cette tradition homérique parvint jusqu’au Moyen Âge, prenant alors forme dans le Roman de Troie.

Parmi ces créatures bestiales, Chiron, sage, accueillant et charitable, fait figure d’exception. Mais, il se différencie aussi des autres centaures par sa nature divine, puisque c’est un Titan, fils de Chronos. Il enseigne ainsi l’art de la médecine à de nombreux héros, parmi lesquels Héraclès, qui le blesse accidentellement d’une flèche empoisonnée. Souhaitant être libéré de la souffrance de cette blessure incurable, Chiron décide de mourir et de céder son immortalité à Prométhée, le délivrant ainsi de son supplice. Zeus place alors Chiron dans le ciel où il forme la constellation du Sagittaire, en référence aux sagittarii (archers de l’armée romaine). C’est sous cette forme qu’il devient une figure familière aux hommes du Moyen Âge, apparaissant comme motif décoratif récurrent dans nombre de marges de manuscrits.
Mais, les bestiaires médiévaux retiennent essentiellement la part sombre du centaure. Pendant masculin de la sirène, il y est présenté abâtardi en créature mi-homme mi-âne, aux prises à la violence des ses instincts bestiaux et incarnant la tentation.

Notices

Justinianus, Institutes ; Digesta, cum gloss. Institutes, Digesta cum glossa tome II
Notice manuscrit
Justinien Ier (empereur de Byzance ; 0482-0565)
Ms 0039 Bordeaux - F°1 : Lettrine ; Dragon
Notice iconographique
Holkot, Robertus (1290?-1349)
Ms 0987 Bordeaux - F°1 : Lettrine
Notice iconographique
Sancto Concordio, Barthélémy de (1260-1347)
Ms 0094 Bordeaux - F°36 : Décor végétal, humain et fantastique ; Lettrine
Notice iconographique
Ms 1130 Bordeaux : Mythologie et croyances
Notice iconographique
Qazwīnī, Zakariyyā ibn Muḥammad ibn Maḥmūd al- (1203-1283)

Albums

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