Manuscrits Médiévaux d’Aquitaine

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La société / L'héraldique

Les armoiries, du champ de bataille à la vie quotidienne

Apparition des armoiries (XIIe siècle)

La naissance des armoiries s’inscrit dans le contexte militaire des années 1125-1175. L’évolution de l’équipement des combattants les avait alors rendus méconnaissables, derrière leur hauberts et leurs heaumes. Ainsi on inventa de nouveaux signes de reconnaissance, propres à chacun d’eux et codifiés qu’il firent peindre sur leur bouclier.

Principales règles du blason

Pour composer les armoiries, il fallait un répertoire de formes et de couleurs, mais aussi des règles de construction. Pour les décrire, il fallait un vocabulaire technique. Enfin, pour en régir le bon usage, il fallait un code, une grammaire. Ces fonctions furent remplies par ce que l’on nomme le blason.
Une armoirie se compose d’un écu sur lequel sont juxtaposées ou superposées des couleurs et des figures. Elle se lit du fond vers la figure la plus proche : un écu rouge portant un lion jaune se lira de gueules au lion d’or. Divers éléments extérieurs, facultatifs, peuvent enrichir ce modèle.

L’écu désigne la surface géométrique des armoiries qui accueille les couleurs et les figures. Sa forme est dépourvue de tout rôle symbolique, emblématique ou de toute signification sociale ; son évolution formelle a suivi celle des boucliers ainsi que la fantaisie de chaque époque. En France, au XIIIe- XIVe siècle, se diffusa la forme, qui allait devenir classique, de l’écu en triangle isocèle représenté la pointe en bas, aux côtés droits et légèrement incurvés vers la pointe. Puis, à partir du XVe siècle, l’écu scutiforme, avec ses côtés droits et sa pointe en accolade, le remplaça dans tout l’Occident.

Les couleurs employées portent le nom d’émaux et sont au nombre de sept. Elles ne présentent aucune nuance et se répartissent en deux grandes familles : métaux (or (jaune) et argent (blanc)) et couleurs proprement dites (gueules (rouge), azur (bleu), sable (noir), sinople (vert) et pourpre (violet)). Pour une meilleure visibilité, il est interdit de superposer ou de juxtaposer deux émaux du même groupe, par exemple or et argent ou gueules et azur.

Les figures présentent un répertoire ouvert dont l’usage est facultatif. Elles sont divisées en deux groupes : les pièces et partitions (obtenues par divisions géométriques de l’écu) et les meubles (objets, animaux, végétaux…).
La règle d’usage des armoiries ne fixe pas de limites sociales à la capacité héraldique. Fondée sur le principe de libre adoption et du libre port des armoiries, cette dernière appartient depuis l’origine à l’ensemble de la société. La seule limite réside dans l’interdiction d’employer des armoiries appartenant à autrui.

Extension d’usage des armoiries (XIIe-XIVe siècles)

À partir des années 1180 et jusqu’au premier quart du XIVe siècle, dans toute l’Europe occidentale, l’emploi des armoiries gagna l’ensemble de la société médiévale. Cette extension d’usage gagna d’abord les dynastes et les grands personnages pour ensuite, dans le deuxième quart du XIIIe siècle, s’étendre à toute la société. Les bourgeois et les gens de métier composèrent parfois leurs armoiries en fonction de leur activité, choisissant comme meubles leurs outils de travail.
Au cours de cette période, le répertoire des formes s’enrichit donc, tandis que le statut des armoiries évolua ; ces signatures individuelles, devinrent transmissibles et de plus en plus attachées aux familles. Les fils et les filles eurent la possibilité de prendre, outre leurs propres armoiries, celles de leurs pères, les femmes celles de leur père ou de leur mari. Partant, plusieurs membres d’une même famille auraient pu porter les mêmes armoiries, rompant ainsi avec la règle fondamentale du blason et avec la raison même de leur existence. Afin de garder le caractère individuel des armoiries, il fallut donc créer des aménagements au blason. L’emploi d’armoiries familiales poussa, par exemple, à la création de brisures, figures venant en surcharge des armoiries familiales et permettant de déterminer le rang du propriétaire d’un écu armorié dans une fratrie ou plus largement dans une famille. Généralement, elles se complexifient à mesure que l’on s’éloigne de la première place dans cette hiérarchie. Ainsi, l’aîné, en tant que chef d’armes, hérite des armes pleines de la famille quand ses cadets, par ordre de primogéniture, brisent celles-ci de manière de plus en plus significative.

Toujours au cours du XIIIe siècle, les armoiries commencèrent à porter la trace des alliances familiales et professionnelles. Les couples firent ainsi figurer les armoiries des deux familles sur un même écu. Les membres du clergé associèrent leurs armoiries familiales aux emblèmes de leurs charges. Les vassaux prirent parfois celles de leur suzerain. Les communautés religieuses ou civiles (corporations, villes) créèrent leurs armoiries. Les paysans utilisèrent les leurs comme marques de propriété. Désormais, les armoiries étaient employées à la fois comme signes d’identité, signatures, marques de possession et ornements décoratifs. Les écus armoriés firent ainsi partie intégrante du décor des édifices, qu’il soit peint ou sculpté et se retrouvèrent également employées sur les objets du quotidien, dans l’orfèvrerie, sur les costumes, les livres.

Notices

Ms 0171 Périgueux - F°10 : Décor végétal ; Lettrines, demande de noviciat
Notice iconographique

Albums

ms0171_Périgueux
ms0730_Bordeaux

Les armoiries dans les manuscrits

Marque de possession

Les armoiries sont avant tout des images qui témoignent d’une identité. En ce sens, apposées au sein d’un manuscrit, elles peuvent jouer le rôle de signatures ou de marques de propriété. On les trouve ainsi employées sur divers supports et objets, éléments de mobilier, etc. Elles peuvent alors désigner le commanditaire de l’œuvre, son récipiendaire, voire certains de ses possesseurs successifs. Dans ce dernier cas, on observe deux pratiques : juxtaposition et superposition des armoiries. La juxtaposition consiste à intégrer les armoiries du nouveau propriétaire au sein de la mise en page de sorte que celles des anciens propriétaires restent visibles. La superposition consiste à remplacer les armoiries d’un propriétaire antérieur par celles d’un nouveau. Dans ce dernier cas, la volonté de s’attacher la propriété d’un manuscrit est plus évidente. C’est ce que l’on observe au bas du F°1 du Pontifical à l’usage de Périgueux (Ms 0171 Pe´rigueux) présent dans le catalogue ; les premières armoiries ont été remplacées par surcharge, mais restent visibles par transparence au verso du feuillet. Dans la miniature, on retrouve les anciennes armoiries, sur la draperie du prie-Dieu.
Ces armoiries figurent alors de préférence dans des feuillets qui souligneront la qualité du possesseur ou qui rendront plus particulièrement visible son image. On les trouvera ainsi par exemple au début d’un texte majeur ou au sein d’un calendrier, le mois de la fête du saint patron du possesseur. Elles figurent, pour l’essentiel, dans les marges, sur des écus intégrés au décor feuillagé, isolés dans des médaillons ou portés par des personnages. Ailleurs, les écus armoriés permettant d’identifier un possesseur du manuscrit figurent parfois au sein même des miniatures. On les trouve alors sur des éléments du mobilier, comme des draperies, ou sur le costume.

Elément de l’iconographie

Mais, en tant que marques d’identité, les armoiries peuvent aussi servir à désigner tel ou tel autre personnage au sein de l’iconographie, participant ainsi à éclairer le lecteur sur le sens de la miniature et éventuellement du texte qui lui est associé. Alors, elles ne se juxtaposent pas simplement au contenu du récit relaté dans le manuscrit, mais s’y inscrivent pleinement. Dans ce cas, elles figurent au sein des miniatures, plus rarement en marge, où elles permettent par exemple de distinguer deux camps dans une scène de bataille, renouant ainsi avec leur fonction originelle. Les armoiries figurent alors sur les écus, les tabards, les étendards... On les trouve aussi sur les besaces des messagers. Ailleurs, elles figurent sur le costume de certains protagonistes, laïcs ou religieux.

Les armoriaux

Certains manuscrits du catalogue appartiennent à une catégorie particulière, qui traite spécifiquement des armoiries. Il s’agit des « armoriaux ». L’héraldique occidentale étant alors organisée, à partir des années 1320 et jusqu’aux environs du milieu du XVIe siècle, de nouveaux acteurs, les hérauts d’armes, entrèrent en scène pour veiller au respect de ses règles. Spécialistes avérés du blason, ils en enrichirent la langue selon les besoins et compilèrent ces armoriaux. La fabrique et l’usage de ces manuscrits s’amplifièrent à la fin du Moyen Âge et à l’époque moderne, avec la création des ordres de chevalerie et les nouveaux enjeux liés aux armoiries. Ces véritables aides mémoire sont des compilations d’armoiries d’une province, d’un ordre de chevalerie, des royaumes... Ils associent systématiquement l’image de l’armoirie avec le nom de son propriétaire et éventuellement des éléments le concernant.
L’époque moderne modifia considérablement le rapport de la société aux armoiries. Le nouvel ordre politique imposa à l’héraldique des codifications et stylisations qui modifièrent ce langage. Cimiers, devises et autres supports, désormais investis de valeurs sensées traduire la hiérarchie sociale, s’accumulèrent autour des écus, eux-mêmes surchargés au gré des alliances et rendus de fait rapidement illisibles. La fonction première des écus armoriés, qui était de permettre à leur propriétaire de se faire connaître ou reconnaître, semble avoir ainsi disparu lentement au profit d’une esthétisation des formes, elle-même soumise aux besoins d’une société aristocratique de cour, sensible à la représentation de la hiérarchie sociale et à celle de son ancienneté dans cet ordre. Les armoriaux ont alors permis de recenser et de classer une part de la société. Ils servirent alors et servent encore aux historiens, aux archéologues, aux historiens de l’art, aux généalogistes, etc. comme sources privilégiées de leurs recherches.

Notices

Pontifical à l'usage de Périgueux
Notice manuscrit
Ms 0423 Bordeaux - F° 115v et 116 : Lettrine ; Armoirie
Notice iconographique
Rome, Gilles de (1247?-1316)
Ms 0730 Bordeaux - F°129 : Duel entre Torquatus et un chef Gaulois
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°142 : Bataille contre les Privenates
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0730 Bordeaux - F°372v : Réponse du préteur des Achéens
Notice iconographique
Bersuire, Pierre (1290?-1362)
Ms 0819-1 Bordeaux - F°1 : Héraldique et symbole de l'ordre des chevaliers du Saint-Esprit
Notice iconographique
Ms 0819-2 Bordeaux - F° 41 : Armoiries d'Urbain de Laval Bois-Dauphin
Notice iconographique
Ms 0819-3 Bordeaux - F° 115 : Armoiries de Gabriel de Rochechouart de Mortemart
Notice iconographique

Albums

ms0100_Périgueux
ms0171_Périgueux
ms0094_Bordeaux
ms0730_Bordeaux